‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 70 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

// le ferait mettre sous jugement pour qu^il fût puni conformément aux lois, ?nais qu^Il ne pouvait pas P exiler sans le juger ; qu^Il surexciterait plus encore les esprits et qu' Il commettrait une injustice. Et, comme Son Excellence était fort irritée, ajoute -Grâdisteano (Grégoire), — dans ses Mémoires parus sous la signature de Zossima, — le Prince eut l'idée de parler raison et de montrer les dangers qui menaçaient la Patrie, aux professeurs marquants, comme Héliade, P. Poënar, Simon Marcovici et autres, chargés d'éclairer et de diriger la jeunesse. Il les réunit donc à dîner, fit appel à leur sagesse, à leur patriotisme, /cz/r^î/^ le bon ordre, — que certains esprits s'acharnaient à troubler, — fût maintenu par leurs soins. Puis, prenant à part Héliade, Bibesco le confessa et apprit de lui qu'en effet il voulait faire un mouvement pour paralyser celui de Duhamel. Alors Son Altesse rengagea à se retirer du pays, pour quelque te?nps ; et, — afin que son départ ne fût pas pour Duhamel un sujet de triomphe, — // lui conseilla de demander à aller en Italie pour y faire des recherches philologiques, lui promettant de lui fournir les moyens nécessaires pour accomplir cette mission. Héliade fit cette demande par écrit, 7nais au lieu d'aller en Italie il alla de Vautre côté de rOlto, où il s'entendit avec Maghiéro et d'autres, puis passa en Transylvanie, et de là, sous prétexte de maladie grave, revint dans sa famille à Bucarest (i).

A Kisseleff, qui avait aussi conseillé au Prince une démarche auprès de l'empereur Nicolas dans le but d'obtenir quelques régiments de Cosaques, Bibesco avait répondu par une fin de nonrecevoir, en affectant à l'égard de Son vieil ami, une sécurité qu'il n'avait pas et en basant Sa confiance, — pour la faire partager sans doute, — sur ce fait que presque tous les officiers supérieurs placés à la tête des troupes roumaines étaient des instructeurs russes.

(i) Voir Russo Locusteano. Lettres d'exil d'Héliade, p. 730, dans l'appendice intitulé : Errare htmiamim est. Fragment de la lettre H.

Il n'est pas besoin d'insister sur l'intérêt et l'importance que présente ce fait historique; et nous ne manquerions pas, — pour rester fidèle à la règle que nous avons suivie au cours de notre ouvrage, — de placer, en regard de nos affirmations, la correspondance échangée, à ce sujet, entre Kisseleff et le Prince, si elle n'avait disparu, avec d'autres pièces enfermées dans le buvard que Son Altesse avait oublié sur le bureau de Son cabinet de travail, au moment oia, après Son abdication. Elle quitta Bucarest (i). Encore devons-nous nous estimer heureux de pouvoir suppléer à l'absence de ces pièces par la production d'une lettre de l'ancien aide de camp du Prince, qui fut aussi Son gendre, parfois Son secrétaire, — et à ce titre mieux que personne en état de nous renseigner, — notre ami et très regretté général Floresco, mort à Paris, le 21 mai dernier.

(i) Héliade écrit que M. Constantin Rosetti s'empressa d'arracher le portefeuille du Dommt {du Prince) des mains des gardes nationaux qui s'en étaient emparés et de le remettre à Bibesco. S'il contenait, ajoute-t-il, des papiers dont la publicité pouvait être utile au Pays et préjudiciable à la Russie, on en doit la nondivulgation à C. Rosetti. Héliade, Mémoires sur l'histoire de la régénération, p. ICI et 102.

Mais si l'accusation portée par Héliade est vraie, comment expliquer que la correspondance — dont nous venons de parler, — entre Kisseleff et Bibesco, qui était aussi préjudiciable à la Russie qu'elle était à l'honneur de l'Élu de la Nation et de la Nation elle-même, n'ait pas été divulguée ? Toujours est-il que le portefeuille du Prince ne lui a jamais été rendu.

Voici comment Zossima, un des membres de l'insurrection, raconte cet incident dans sa biographie sur Gr. Gradisteano. — Gradisteano — membre du gouvernement laissa la responsabilité de la garde du Palais à M. P. Ciocanelli, qui commandait la compagnie de la Garde Nationale de service chez le Prince. {Biographies politiques, p. 20)... Ciocanelli dit à Gradisteano que Bibesco, à son départ, avait oublié son portefeuille, que ce portefeuille il le prit au corps de garde ; que C. A. Rosetti le prit et le donna à Bibesco. Dans ce portefeuille était toute la correspondance de Bibesco avec le consul russe. De ce fait Ciocanelli a encore témoigné un soir à la confiserie Capsa. (Zossima, p. 63.) Ciocanelli se trompe : le Prince n'a jamais revu son portefeuille; il l'a demandé à Gradisteano par un mot qu'il lui a adressé de la frontière, mais Gradisteano a vainement cherché à retrouver l'objet oublié.

M. Jean Ghica a rapporté, à propos de cette disparition, que Boléac aurait écrit à Héliade : Rosetti ne pourra pas être reçu dans un comité avant de nous expliquer comment le portefeuille est sorti de nos mains. {Souvenir d'exil, p. 822.)

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