‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-LimanChapitre 2 sur 42 · RUE GARANCIÈRE · texte numérisé non relu

RUE GARANCIÈRE

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L'histoire d'une époque se présente rarement dégagée des erreurs de fait ou de dates, des appréciations inexactes ou passionnées, si elle n'a pas subi la maturité que les années, — parfois les siècles , — donnent aux événements , en répandant sur eux la lumière.

Moins heureuse que ces monuments , que la morsure du temps transforme peu à peu, en estompant, en adoucissant les parties défectueuses, en donnant à l'ensemble de l'œuvre une harmonie dans laquelle finissent par se fondre les faiblesses ou les erreurs du maître, — l'Histoire a sans cesse besoin de l'intérêt, des efforts, de la plume de ceux qui sont en état de la servir; jamais elle ne se lasse d'ajouter des richesses nouvelles aux richesses déjà amassées , de tenir son livre grand ouvert aux rayons que la vérité peut y laisser tomber. Or, les mémoires, les pièces diplomatiques, les lettres intimes étant les collaborateurs féconds de la vérité, je pense que tous les détenteurs de pareils documents font œuvre utile en les produisant au grand jour.

Voilà pourquoi je publie, aujourd'hui, la correspondance diplomatique, les documents politiques et administratifs du règne du Prince Georges D. Bibesco. En payant un tribut à l'histoire, je rends, en même temps, un hommage à la mémoire de mon père.

En dehors des lettres (i) politiques échangées entre le prince de Valachie et les cabinets de Vienne, de Saint-Pétersbourg, de

(i) Beaucoup de lettres n'ont pas été retrouvées.

Constantinople , de Paris et de Berlin, — de 1843 à 1848, — et des principaux documents relatifs aux actes de son gouvernement, ce recueil renferme quelques lettres intimes qui ont ici leur place marquée , comme elles ont aussi leur prix , parce qu'elles laissent voir jusqu'au fond de la pensée de celui qui les a écrites.

Les documents réunis dans ce livre feront connaître aux écrivains désireux de raconter les événements des cinquante dernières années vécues par la Roumanie, quel a été le patriotisme du Prince Bibesco, et quelle a été sa sollicitude pour le développement moral, politique, intellectuel et économique de la Valachie. Ils leur diront si le Prince a su gagner les sympathies et la considération de grands États en faveur de son pays ; si sa politique a été pondérée, également déférente et ferme en sa loyauté à l'égard des Puissances protectrices, dont il ne fut pas toujours aisé de concilier les désirs ou les intérêts; ils témoigneront, à maintes reprises , de la sollicitude de la Russie , à laquelle les Principautés danubiennes doivent d'être rentrées, — après tant de siècles de luttes et de souffrances , — dans la vie des peuples libres, et de s'être développées jusqu'à la prospérité, sous l'administration sage et paternelle du général Kisseleff; ils leur diront enfin comment le premier élu de la nation. Prince élu à vie, — qui en montant sur le trône a affranchi les esclaves (i) et préparé la solution de deux questions capitales, l'union des Principautés (2) et l'émancipation des paysans (3) , — a aimé sa Patrie, et comment il l'a servie.

(1) Loi du 13 février 1847, n*» 138. {Bull. off. du 17 février, n" 13.)

(2) Union des douanes entre la Valachie et la Moldavie , premier pas vers l'union définitive des deux pays roumains. {Bull. off. du 18 mars 1847, n" 35.)

(3) Projet de loi du 5 avril 1843, n° 303, — en réponse à celui de la Chambre. — Voir les instructions aux préfets en faveur des paysans, du 23 mai 1847. {Bull, off-, n" 37) et du 6 sept. 1847. {Bull, off., n° 62.)

Une courte page d'histoire sert d'introduction au travail principal de cet ouvrage.

En faisant précéder la correspondance et les documents relatifs au règne du Prince Bibesco des clauses principales des traités de Koutchouk-Kaïnardji (1774), dejassy (1792), de Bucarest (18 12), d'Ackermann (1826), qui font connaître le développement progressif de l'influence russe sur le Danube, marquent les étapes de la Valachie (i) et de la -Moldavie vers la conquête de leurs anciens privilèges, et dont le traité d'Andrinople est comme le couronnement, car il en assure finalement l'exécution; en rappelant, en quelques mots, les événements militaires qui amènent entre la Russie et la Sublime Porte le traité du 24 septembre 1829, — date qui marque pour les Principautés danubiennes une heure de délivrance et d'espoir; — et en jetant un coup d'œil sur l'histoire du pays roumain de 1829 au i*"" janvier 1843, jour où, maître d'user, — pour la première fois (2) depuis cent cinquante ans, — de son droit souverain, le pays élut un Prince indigène, Georges D. Bibesco, nous avons pensé qu'il serait intéressant pour le lecteur d'assister au travail de régénération du peuple roumain, et que le réveil de ces souvenirs lui faciliterait l'étude des documents qui font l'objet de la présente publication.

(1) Tara romàneascà, la Terre roumaine; c'est ainsi que la Valachie a été désignée de tout temps. Voir les traités entre les « Domnitori » (souverains) valaques et la Turquie. Aujourd'hui la Valachie, partie de la Roumaine située en deçà du Milcov, qui la sépare de la Moldavie, est connue sous le nom de Muntenia, emprunté aux Moldaves. — Le mot de Valachie, inconnu en Roumanie, nous vient des Slaves et signifie pays latin [le Welche (latin) opposé au Deutch (allemand).]

(2) Les Princes élus avant l'époque des Fanariotes ne l'étaient que par le haut clergé et les boyards. On peut donc dire que le Prince Bibesco fut le premier Prince roumain élu par le pays, puisque les délégués du commerce et des districts prirent part à son élection.

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