DE 1639 (I
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Amen !
Nous lo Mathieu Bassaraba, par la grâce de Dieu maître et seigneur de toute la Valachie, et de même seigneur des pays d'au delà des montagnes, d'Almasch et de Fàgàrasch, faisons savoir à tous les habitants du pays, pris en masse, comme aussi à chacun pris à part, à tous ceux qui doivent connaître de l'affaire dont il s'agit, ou en être informés, aux habitants de notre terre de Valachie de l'un et l'autre ordre, aux ecclésiastiques aussi bien qu'aux laïques, aux princes très éclairés (2), aux très saints métropolitains, aux évêques aimés de Dieu, aux très honorés archimandrites, aux honorables hégoumènes, aux respectables protopopes, prêtres et diacres, et à toute personne appartenant à la hiérarchie ecclésiastique, et de même à tous les grands boyards de bonne noblesse, aux très prudents et très honorés conseillers du trône, à tout fonctionnaire, à tout juge, à toute personne appartenant à l'administration, quel que soit son rang, à tous les boyards, grands et petits, de notre pays, à tous nos aimés et féaux qui vivez présentement, et à ceux qui viendront dans le cours des temps, faisons, disons-nous, savoir, par cette chrysobulle nôtre, que de même que, par la volonté et l'enseignement de N.-S. Jésus-Christ, dans le monde entier, s'est enracinée l'habitude d'élever de saints monastères, de même depuis les anciens temps, depuis la conquête du pays, cette coutume a pris racine dans notre patrie que les bons chrétiens et aimant Dieu, Princes, métropolitains, évêques, boyards, et tout habitant du pays qui en avait le pouvoir, bâtissent des maisons à Dieu, de saints monastères, au milieu des forêts, des montagnes ou même des villes, pour augmenter la gloire du nom de Dieu, ou à la louange de la très pure Vierge et de tous les saints aimés de Dieu, et dans le but d'offrir une demeure et une nourriture à ceux qui, selon le mot de l'Évangile, ont abandonné le monde et les joies du monde pour suivre les voies de Dieu ; — pour s'assurer éternellement des prières, afin d'obtenir la rémission de leurs péchés , et aussi pour honorer
(1) BoLLEAC, p. 465.
(2) C'est-à-dire : ses successeurs, {Note du traducteur .)
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leur patrie, ils ont assuré ces fondations en terres, en biens meubles et immeubles.
Ces usages ont été observés jusqu'en ces derniers temps et années, lorsqu'il arriva que le pays vit s'élever, comme métropolitains et princes du pays, des hommes qui nous étaient étrangers, non par la sainte loi religieuse, mais par la race et la langue, et ils avaient des accoutumances funestes au pays ; c'étaient des Grecs qui se montrèrent impitoyables, et, dans leur triomphe, ils ne s'adonnèrent point au repos, mais travaillèrent à changer et à renverser les bonnes vieilles coutumes du pays, lesquelles altérées, ils ne tardèrent pas à amener le pays à être entièrement ruiné et désert ; arrivés à ce point, ils n'éprouvèrent ni honte ni craintes, dans leurs tristes accoutumances, à s'en prendre aux saints monastères fondés par les Princes du pays, et ils n'hésitèrent point à violer les us et coutumes des monastères, et les lois décrétées par les anciens Princes fondateurs au sujet des saints monastères; ils n'en tinrent aucun compte, mais, s'attirant par là les malédictions lancées par ces anciens Princes, ils se salirent les mains en recevant des pots-de-vin, qui sont comme un bandeau pour les yeux, et, usant d'intrigues cachées, ils commencèrent à vendre les biens des saints monastères du pays, à en faire commerce, et les saintes maisons fondées par les Princes, ils les dédièrent, en qualité de succursales (metoh) soumises à un véritable impôt, à d'autres monastères de Grèce ou du Mont-Athos (Sainte- Agora). Ils firent des chrysobulles de dédicace, à l'insu du conseil, et sans la participation du concile, ou d'un quelconque des habitants du pays, voulant par là fournir aux Saints Lieux une arme sûre contre les monastères du pays, afin de pouvoir les posséder à jamais. Un tel état de choses nous donne le droit de citer, en les modifiant un peu, les paroles du saint prophète et empereur David : « Seigneur, les étrangers sont venus dans notre pays, et ils ont sali leurs mains de pots-de-vin, et ils ont osé vendre mes saints trésors, et en faire commerce, et chasser les indigènes, et le fruit de leurs efforts et de leurs peines, le donner aux étrangers, et ce fut une fumée qui répandait la honte et la mauvaise odeur jusque chez nos voisins. » Mais, dans sa bonté, Dieu n'a pas permis à de tels étrangers de nous étouffer éternellement, et il prit en compassion les prières, les larmes et les soupirs des Saints Pères chassés par les étrangers de leurs demeures par force et sans nul droit ; la grande charité de Dieu le fit jeter de nouveau un regard sur ce pauvre pays, et se souvenant des antiques bontés qu'il eut pour notre race des Bassaraba, pour les Princes indigènes qui bâtirent et enrichirent maint monastère et mainte église, et voulant instaurer de nouveau ses antiques bontés dans cette même race des Bassaraba, il se souvint de nous plus haut nommé. lo Matei Bassaraba, voulant donc chasser de ce pays les étrangers, et y rassembler de
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nouveau les indigènes, il nous ramena de l'étranger où nous avaient contraint de fuir ces méchants vagabonds venus d'autres contrées, et il fit choix de nous pour régner sur ce pays, nous élevant au trône de nos ancêtres.
Devenant donc, par sa sainte grâce, maître du pays, d'une manière stable, et honoré du drapeau impérial (i), nous avons appelé et réuni en notre présence l'assemblée du pays tout entier, prêtres et laïques ; tous à genoux devant nous, les larmes aux yeux, ils ont crié vers nous, ils nous ont supplié, et se sont plaints à nous des injustices qu'ils ont tous endurées des étrangers, non les laïques seuls, mais les saints monastères eux-mêmes, comme il est dit plus haut.
C'est pourquoi, nous plus haut nommé lo Mathieu Bassaraba, en face de l'assemblée du pays tout entier, d'après le conseil et l'assentiment de cette assemblée tout entière, avons décrété que les saintes maisons princières, que ces Princes et prélats étrangers ont, pour des pots-de-vin, sans que personne le sût ou y donnât son consentement, dédiées et soumises, en qualité de succursales obligées à un véritable impôt, à d'autres monastères de Grèce, du Mont-Athos, ou d'ailleurs, et nommément que les monastères de Tismana, de Cozia, d'Argesch, de Bistritza, de Govora, de Dealul, de Glavacior, de Snagor, de Cotmana, de Valea, de Rimaciovul, de Mislea, de Bonlintin, de Cimpulung, de Caldarusani, de Brincoveni, de Sadova, d'Arnota, de Gura Motrulni, de Potopul, de Ninetul, de Tinganul, que tous ces monastères soient libres du joug de çes moines étrangers, qui ne les avaient obtenus que par des pots-de-vin, et qu'ils continuent à jouir des mêmes immunités que jadis , selon la loi et les dispositions portées par ceux qui les ont fondés et bâtis. Ils ne seront désormais soumis qu'aux autorités du pays, comme ils l'étaient de tout temps. Exception est faite pour les monastères fondés soit par les Princes, soit par des boyards que les fondateurs eux-mêmes auraient dédiés, en qualité de succursale, à un autre monastère choisi par eux. Ces monastères continueront à être soumis aux moines étrangers, selon la lettre et les dispositions des lettres de dédicace délivrées par les fondateurs, et ils ne violeront en rien la loi qui leur est faite. Quant aux monastères usurpés par les moines étrangers grâce à des pots-de-vin, ceux-ci les perdront, et ces monastères devront être habités par des moines roumains , et les étrangers devront rendre toutes lettres de donation, chrysobulles ou autres documents qu'ils auraient de ces Princes ou prélats étrangers ; et s'ils en dissimulent l'existence pour les produire plus tard, à quelque époque que cela arrive, nul ne devra accueillir ces documents, leur prêter confiance ni y faire la moindre attention ; tout au con-
(i) Il ne rompt pas avec la Turquie. {Note du traducteur .)
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traire, on devra les leur retenir, et les annuler comme mesures injustement prises, par l'influence pernicieuse des pots-de-vin, en violation des volontés de l'assemblée du pays. Et quel que soit le Prince choisi par Dieu pour gouverner après notre mort, quels que soient les prélats, évêques, boyards ou puissants du jour qui, gagnés par des pots-de-vin, ou cédant aux prières et obsessions des moines étrangers, ou à la prière de quelque étranger ou indigène, se laisseront jamais induire à accueillir de telles lettres de donation ou chrysobulles que ces moines auraient dissimulées pour les produire plus tard, et oseront violer et mépriser cette chrysobulle nôtre, qui est donnée conformément au conseil et à la volonté de toute l'assemblée du pays, et auront le courage de dédier aux monastères étrangers et de leur soumettre un quelconque de ceux qui ont été de la part des étrangers l'objet de vente et d'un scandaleux commerce, ou de ceux qui y avaient échappé, que de telles gens, fussent-ils Princes ou métropolitains, ou évêques, ou grands boyards, fussent-ils étrangers ou indigènes, qui eux, aussi bien que leurs instigateurs, tombent sous la malédiction de l'assemblée, des prélats, des hégoumènes et de tous les prêtres du pays, lesquels, en notre présence et celle de l'assemblée de tout le pays, revêtus des vêtements sacrés, tenant dans leurs mains les torches allumées, ont prononcé ce terrible et effroyable anathème ; et, après l'avoir prononcé, ont éteint les torches, selon la coutume.
Nous-même, dans cette chrysobulle nôtre, nous rappelons cet anathème, et prions Dieu que quiconque osera rejeter cette loi de l'assemblée, que lui-même, ainsi que ses instigateurs, soit rejeté du Seigneur Dieu, qui le fera tomber dans des pièges dont il ne se doute pas, et qu'on lui donne la chasse comme il a chassé lui-même vilainement, et qu'il tombe dans les pièges par lui-même dressés, que sa cour reste déserte, que sous son toit personne ne demeure, que son nom soit effacé du livre de vie, et ne soit pas passé dans la liste des justes ; que Dieu fasse prédominer sur lui le méchant, que Satan marche à sa droite; que le jour du jugement il soit condamné; que sa prière soit rejetée comme celle d'un réprouvé, que sa vie soit courte, qu'un autre prenne sa fonction ; que ses fils demeurent dans la pauvreté, et sa femme dans le veuvage ; qu'ils soient chassés de leurs maisons; que leurs créanciers recherchent tout ce qui leur appartient, que les étrangers pillent le fruit de ses fatigues ; qu'il soit sans protecteur, sans personne qui lui fasse l'aumône ; que sa descendance périsse; qu'une seule génération soit suffisante pour abolir sa race; que le souvenir des injustices du père soit toujours devant les yeux de Dieu ; que son péché ne soit pas aboli, ni la colère divine, que Dieu les ait toujours présents ; qu'il tombe impuissant sous les coups de ses ennemis ; que l'ennemi le poursuive et triomphe de lui jusque dans son âme, qu'il
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éteigne sa vie sur cette terre, et de son souvenir qu'il en fasse de la poussière ; que sa race soit balayée de la terre, qu'à la mort il soit rangé avec les païens, et qu'au jour de l'effroyable jugement, il ne voie point la gloire de Dieu, mais que sa part soit le feu , le brasier et le vent de la tempête, et que son lot soit celui de Judas et d'Arius. Puisse-t-il lui arriver de rencontrer tous ces maux dans la vallée du feu originaire, et qu'il encoure par trois fois l'anathème des trois cent dix-huit Saints Pères du concile de Nicée.
Tout au contraire, quiconque respectera et observera identiquement cette décision de l'assemblée du pays, rapportée dans cette chrysobulle nôtre, et lui donnera une nouvelle sanction par sa propre chrysobulle, que Dieu accueille sa prière, dans les jours difficiles, et qu'il trouve un appui dans le nom du Dieu de Jacob, que le secours divin lui vienne de Dieu et de Sion, que Dieu lui soit en aide et le bénisse, qu'il n'éprouve que des joies tous les jours de sa vie, que Dieu lui donne à tout jamais des jours longs et bénis; que sa lumière s'allume de bonne heure aux yeux du monde; que sa justice marche devant lui, que la gloire de Dieu l'entoure; que sa gloire brille même dans les ténèbres, et que ces ténèbres soient comme la lumière de midi ; que Dieu soit à jamais avec lui, et soit toujours satisfait de ses pensées ; que le jour de son trépas, après la mort, il entre en la joie de Dieu, son Seigneur, et qu'il prenne éternellement sa part de la suprême bonté, avec celui que l'œil de l'homme n'a point vu, que son oreille n'a point entendu, que son esprit n'a point compris, dans le séjour que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment, dans la lumière infinie où habite Dieu à tout jamais béni. Amen!
Pour donner plus de foi à cette décision de l'assemblée, voici que dans cette chrysobulle nôtre, nous insérons comme témoins les noms des honorés et féaux conseillers de Notre Altesse, et fonctionnaires du pays, ecclésiastiques et laïques : notre saint père l'archi- métropolitain et vladica de Valachie, chir (père) Théophile, chir Ignatie, évêque du saint évêché de Rimnic, cliir Stefan, évêque du saint évêché de Buzau, pan (i) Théodose, grand ban (2), pan Hrizea, grand vornic ; pan Grégoire, grand logothète, pan Radu, grand vistier, pan Preda, grand spatar, pan Buzïnca, grand clucer, pan Socol, grand stolnic, pan Radu, grand comis, pan Vucinà, grand paharnic, pan Constantin, grand de Craiova, capitale de l'Œpénie, Postelnic et Ispravnic, et nous donnons en témoignage la propre parole de Notre Altesse. En outre, pour mieux inspirer la foi, nous avons signé de notre propre main, et avons ordonné qu'on appendît à ce document le grand sceau du pays. Et c'est moi Pir'vul Radiilovicé qui ai écrit cette chrysobulle.
(1) Seigneur, abréviation de y^fj^aw,
(2) Idem,
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Donné dans notre principal palais de la ville forteresse, par Dieu défendue, de Bucarest, le 28 du mois de l'année de la création du monde 7147 (i), ou 1639 de l'ère du salut, et de notre règne la septième.
lo Mathieu Vayvode, prince par la grâce de Dieu. Le sigillé princier étant appendu, s'est conservé dans l'orignal.
(i) Les orthodoxes donnent 5508 comme date de la création du monde.
FAMILLE BASSARABA-BRANCOVAN-BIBESCO