Exe, le général comte Ktsseleff
Le comte prévient le Prince Bibesco qu'il est à la veille d'une épreuve sérieuse; il désire de tout cœur qu'elle lui soit favorable.
Saint-Pétersbourg, 27 octobre 1846.
D'après la lettre ci-jointe vous verrez, mon Prince, que j'ai rempli exactement vos désirs énoncés dans votre lettre du 29 août. Il ne me reste qu'à vous répondre par un autre article de cette même lettre concernant mes sentiments à votre égard. Je le ferai en toute sincérité. — Fâché, n'est point le mot; je n'ai ni le droit ni la prétention de pouvoir l'être; mais peiné, oui. Les mécontents augmentent en nombre et l'amitié que je vous ai vouée s'en alarme ; — je connais assez vos administrés pour faire une large part à l'exagération, qui est une conséquence de leur caractère; mais il n'en est pas moins vrai que les clameurs redoublent et que l'on fait flèche de tout bois. — Vous êtes à la veille d'une épreuve sérieuse, et je désire de tout mon cœur qu'elle vous soit propice. Le général Grabbe vous rend pleine et entière justice sous le rapport de vos bonnes intentions et de la sévère probité que vous cherchez à inculquer à vos subordonnés ; — mais il convient aussi qu'avec quelques ménagements dans les formes vous pourriez, mon Prince, vous faire des amis qui, partout et en toutes choses, sont indispensables. — Ce que je vous dis sans détours ni périphrases vous prouvera mieux que toute chose combien je prends part à tout ce qui vous concerne. Fasse le Ciel que mes vœux s'accomplissent et que vous n'ayez qu'à vous réjouir des peines et des travaux que vous supportez dans l'intérêt de vos concitoyens ! — Cette récompense est la plus douce qu'un administrateur puisse obtenir, et je vous la désire comme à moimême.
Je profite de cette occasion pour vous remercier des preuves d'amitié que vous avez eu l'occasion de me donner, — et bien que ma nature soit peu expansive, je n'en sens pas moins les bons procédés qu'on veut bien parfois me témoigner.
N'étant revenu ici que depuis peu de jours, je suis accablé d'affaires et je vous quitte, mon Prince, en vous priant d'agréer avec amitié l'hommage de tous mes sentiments très dévoués.
Signé : KiSSELEFF.
S, Exe, le général comte Ktsseleff^ à S. A. S. le Prince Bibesco,
Le comte transmet au Prince les remerciements de S. M. l'Empereur, pour l'offrande qu'il a prié la Grande- Duchesse Olga de daigner accepter.
Saint-Pétersbourg, 27 octobre 1846.
Mon Prince,
La lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m 'adresser le 29 août dernier ne m'a été remise, avec l'envoi qui l'accompagnait, qu'à mon retour tout récent d'une tournée dans l'intérieur de l'Empire; vous voudrez bien, mon Prince, excuser le retard involontaire que j'ai mis à y répondre. C'est avec empressement que j'ai présenté votre offrande à Sa Majesté l'Empereur, qui a daigné l'accueillir gracieusement et a donné des ordres pour qu'elle fût transmise, avec votre lettre, à Son Altesse Impériale Madame la Grande- Duchesse Olga, à Stuttgard. Sa Majesté Impériale, en me chargeant de vous en faire part, mon Prince, s'est plu à voir dans cet hommage offert à son auguste fille, un témoignage de dévouement auquel Elle n'a pu qu'être sensible.
C'est avec un véritable plaisir que je m'empresse de vous l'annoncer et que je profite de cette occasion pour vous renouveler l'assurance de la haute considération avec laquelle j'ai
l'honneur d'être, mon Prince, de Votre Altesse le très humble et obéissant serviteur.
Signé : Général comte KiSSELEFF.
M, Stûrtner, ambassadeur d* Autriche à Constanttnople^
Constantinople, 4 novembre 1846.
Mon Prince,
J'espère que Votre Altesse sera plus indulgente que ma conscience et qu'elle me pardonnera d'avoir différé jusqu'à présent de la remercier de la bonté et de la bonne grâce avec laquelle elle a exaucé ma prière relativement à la pauvre veuve d'un sujet autrichien, M. Fischler. Pénétrée de reconnaissance, cette femme bénit votre nom, mon Prince, et la bénédiction des malheureux est entendue du Ciel.
Bien que loin, je ne cesse de porter mes regards vers les lieux où s'exercent, en même temps que votre autorité, mon Prince, vos talents, votre énergie et votre courage à lutter contre des tentatives folles ou coupables. Tout ce qui se passe en Vala-
chie m'intéresse; je souhaiterais, pour votre repos, ce pays plus tranquille, mais
« A vaincre sans péril on triomphe sans gloire. »
Et peut-être aimez-vous mieux qu'il en soit ainsi. Ce que je désire avant tout, mon Prince, c'est que Votre Altesse soit convaincue des sentiments que je lui ai voués et dont je la prie d'agréer ici le bien sincère hommage.
Signé : Sturmer.
5*. A, s. le Prince Btbesco, à M, Philippshorn^ chargé (ï affaires du Gouvernement valaque auprès du Cabinet de Vienne,
Le Prince, en répondant à une lettre de M. Philippsborn, auquel il a donné des instructions, en vue d'une audience que son chargé d'affaires doit obtenir de S. A. le Prince de Metternich, exprime le regret, en parlant du peuple roumain, que l'Autriche ait trop négligé de « s'attacher par des procédés équitables » un peuple qui est à ses portes. Il propose « un rapprochement plus intime à S. A, le Prince de Metternich n.
Bucarest, 1846.
... (i) Il est tout naturel que nous rencontrions des obstacles dans des préjugés surannés. Cependant, je ne doute pas que ces préjugés ne finissent par céder à des considérations d'un ordre plus élevé que celles qui sont consignées dans votre dernière lettre. Comme aussi je n^hésite pas à croire que l'homme éminenl qui dirige la politique autrichienne, habitué qu'il est à voir les choses de haut et à les traiter de même, nous rende pleine justice au fond du cœur.
Il est, en effet, impossible qu'il ne sente pas avec regret, que l'Autriche n'a que trop négligé de s'attacher par des liens d'intérêt un peuple qui se trouve à ses portes, et dont le bien-être et la civilisation, loin de pouvoir lui donner de l'ombrage, ne pourraient avoir que des résultats également avantageux pour deux pays qui se touchent et qu'il dépend du plus fort de rapprocher encore plus au moyen de procédés équitables.
Or, c'est ce rapprochement plus intime que je viens proposer à Son Altesse...
(i) Fragment d*une lettre du Prince emprunté à un travail intitulé : Quelques mots sur la Valachie. (Dentu.) — La lettre du Prince manque à notre recueil.
S. A. le Prince de Metternich^ à M. Timony, consul d'Autriche auprès du Gouvernement valaque (i).
Le Prince partage les idées du Prince Bibesco, et laisse entrevoir le moment prochain où il pourra s'entendre avec lui.
Vienne, 1846.
Monsieur le Consul,
... Je rends justice à l'administration éclairée du Prince Bibesco ; je reconnais que son pays est réellement en progrès, et je trouve justes, en principe, les considérations touchant les rapports entre nos deux pays.
Mais tout le monde ici ne voit pas la chose du même point de vue que moi, et il y a des ménagements à garder, non seulement par égard pour de vieux préjugés qu'on ne saurait brusquer sans inconvénient, mais aussi pour des intérêts locaux que nous aurions l'air de sacrifier gratuitement et par faiblesse, si nous renoncions à les défendre sans y avoir préparé les esprits. J'engage doncle Prince à patienter encore, et j'espère que nous finirons par nous entendre (2)...
(i) Fragment de lettre emprunté au travail intitulé : Quelques rnois sur la Vaîachie.
(2) Quelques mois plus tard, fidèle aux espérances qu'il avait fait concevoir, le Prince de Metternich donnait Perdre à M. Timony de s'entendre avec le Prince Bibesco pour u asseoir sur des bases plus larges n les relations entre les deux pays. — La révolution de 1848 empêcha que ces instructions n'eussent leur effet. Quoi qu'il en soit, le Prince Bibesco avait triomphé auprès de l'Autriche comme auprès de la Russie et de la Porte dans la question des douanes. (Voir le discours de Son Altesse devant l'Assemblée générale de 1846, t. II.)
CORRESPONDANCE GENERALE