‹ Roumanie, dA̓ndrinople a̓ Balta-Liman (1829-1849). Règne de Bibesco (volume 2)Chapitre 8 sur 51 · COUP D'ŒIL SUR LES CAMPAGNES DE 1828 ET · texte numérisé non relu

COUP D'ŒIL SUR LES CAMPAGNES DE 1828 ET

Firman du 20 décembre 1827. — La Russie y répond par une déclaration de guerre. — Le 23 avril 1828 les troupes russes passent le Pruth; elles s'emparent de Braîla et de Varna, elles échouent devant Silistrie. — En 1829 nouveau siège de Silistrie. Après la capitulation de la place, le maréchal Diebitch marche sur Constantinople, remporte la victoire de Slivno, s'empare d'Andrinopleet impose la paix au Sultan. Traité d'Andrinople, 14 septembre 1829(1).

Le firman du 20 décembre 1827, adressé à tous ses agents diplomatiques par la Porte Ottomane irritée , à bon droit , du désastre de sa flotte à Navarin , — acte consommé le 20 octobre par les flottes anglaise, française et russe, — fut comme le coup de canon annonçant à T Europe la guerre qui allait éclater entre la Turquie et la Russie, pour ne se terminer que deux ans plus tard, le 24 septembre 1829, par la paix d'Andrinople.

Dans son hatti-sherif, la Porte représentait la Russie comme l'auteur de tous ses malheurs ; elle déclarait que le but des infidèles était d'anéantir l'islamisme , et elle appelait tous les musulmans à une guerre nationale et religieuse.

Bien que cette pièce ne fût « qu'un acte d'administration inté- « rieure, une sorte de lettre confidentielle de la Sublime Porte à « ses agents », — c'est sous cette forme que le reiss-effendi l'a présentée, — il n'en est pas moins vrai qu'elle était grave dans sa teneur, qu'elle fut ébruitée , et que le Czar y répondit par une déclaration de guerre.

La Porte, qui savait la Russie engagée, pour longtemps peut-

(i) Voir VAnnuaire historique, années 1827 et 1828, par Lbsur.

être, dans une campagne contre la Perse , avait jugé sans doute le moment favorable pour rompre avec elle. Son langage témoignait bien de ses dispositions ; elle avait déclaré n'avoir supporté des injures, n'avoir dissimulé, que dans le but de gagner du temps ; qu'elle préférait succomber plutôt que de reconnaître l'indépendance des Grecs de la Morée et des îles , « attendu que « ce serait encourager les autres raïas à la révolte et réduire « l'islamisme sous la domination des infidèles » .

Mais la Porte n'avait compté ni sur la rapidité avec laquelle le général Paskewitch mena la campagne contre la Perse, ni sur les brillants succès de ce général, ni sur l'effort que s'imposa la Russie pour se mettre en mesure de répondre au défi du Sultan.

A peine le traité de Tournant-chaï fut-il signé avec la Perse (le 22 février 1828) , que, libre de ses mouvements, le Czar se tourna vers la Turquie, lança, le 23 avril 1828, un manifeste accusant cette puissance d'exciter les tribus du Caucase à la révolte, et de fermer arbitrairement le Bosphore aux bâtiments européens et principalement aux provinces méridionales de la Russie.

Le jour même où ce manifeste paraissait, les troupes russes passaient le Pruth, sous le commandement du feld-maréchal comte de Wittgenstein, et les hostilités commençaient.

La première phase de cette campagne fut signalée par la prise de Braïloflf (Braïla), — ville valaque aux mains des Turcs, — par la conquête de la Dobrutcha, par la capitulation de Varna, par la victoire du général Kisseleff sous les murs de Schumla, — 20 juillet, — et par le siège de Silistrie, dont les opérations furent conduites tour à tour, sans succès, par les généraux Roth et Langeron.

Le colonel Schilders, chef du génie de l'armée russe, chargé d'investir Silistrie, s'était établi sur la position d'Arab-Tabîa, comme la meilleure à occuper pour diriger, de là, les attaques contre la place.

Outre que cette position était rapprochée de la flottille concen-

trée à Kalarasch, elle avait encore l'avantage de permettre aux troupes russes de protéger efficacement le pont de bateaux commencé en aval de Silistrie. Toutefois, le résultat de cette occupation fut négatif : le siège de Silistrie, commené le 1 1 juillet 1828, dut être levé quatre mois plus tard, le 10 novembre.

L'année suivante , l'armée russe , commandée par le général Diebitch, mit de nouveau le siège devant Silistrie, dont les premières opérations furent confiées aux généraux Schilders et Rudîger.

De même que l'année précédente , la place se défendit énergiquement; pendant dix-huit jours les Russes bombardèrent Silistrie, sans résultat, et ils commençaient à être inquiets de la résistance des Turcs, quand Iç colonel Berg, devenu plus tard feld-maréchal , reconnut , en repoussant une sortie des assises jusque sur la position dominante de Medjidié-Tabia, tout le parti qu'il y avait à tirer de ce plateau. Il s'y retrancha et y fit monter des batteries. Sous son habile direction, l'attaque partit de ce point, et neuf jours après, la forteresse défendue par Hadji- Achmet-Pacha tombait en son pouvoir. Cet événement important avait lieu le 30 juin, vingt jours après la déroute, à Koulewtcha, de l'armée turque qui devait marcher au secours de Silistrie (i).

(i) n n'est pas sans intérêt de rappeler, en passant, qu'en 1878 le congrès de Berlin, après avoir cédé à la Russie la partie de la Bessarabie appartenant à la Roumanie, avait reconnu à cette dernière, comme compensation, la possession de la Dobmtcha, moins Silistrie et ses positions, c'est-à-dire moips la clef de la Dobrutcha ; que le pont, dont l'emplacement avait été déterminé à cinq cents mètres en avant de Silistrie, pour servir aux communications entre les deux rives du Danube, était inexécutable parce qu'il se serait trouvé sous le canon de Silistrie et de Medjidié-Tabia; qu'Arab-Tabia, accordé à la Roumanie comme une position de premier ordre, n'était pas un fort et se trouvait dominé par Medjidié-Tabia; enfin que Medjidié-Tabia, qui se dresse à l'ouest d'Arab- Tabîa, entre les routes de Schumla et de Rasgrad, est une vraie forteresse en bon état. Cette forteresse a un commandement de 16 mètres par rapport à Arab-Tabia; elle est à une distance de 2,250 mètres de cette position, à 2,680 mètres de l'extrémité du pont projeté rive droite, et à 3,800 mètres de l'extrémité rive gauche. Entre Medjidié-Tabia et le pont, aucun obstacle pour Tartillerie I Bref Medjidié-Tabia est la clef de toutes les positions. Cependant, chose surprenante, son nom n'a jamais été prononcé dans les discussions du coq-

Silistrie conquise, l'armée russe, sous les ordres du général Diebitch, passe les Balkans, prend la route de Constantinople, gagne la bataille de Slivno, le 11 août, et entre dans Andrinople le 20 du même mois. C'est la fin de la guerre. La capitale de l'empire turc se trouvant à découvert, le Sultan demande la paix. Elle lui est accordée.

Pendant ce temps le général Kisseleff, nommé au commandement des troupes russes destinées à rester en Valachie, pour couvrir les derrières du principal corps d'armée qui manœuvrait en Bulgarie, reçoit un renfort de vingt mille hommes et l'ordre de tenir en échec Giurgevo et Roustchouk, places situées toutes deux sur le Danube : l'une sur le territoire valaque, l'autre, presque en face, sur la rive bulgare. Le général s'acquitte avec bonheur de sa mission ; mais à peine a-t-il déjoué les plans d'attaque du pacha de Vidin contre Bucarest, qu'il apprend que Mustapha-Pacha, à la nouvelle de la prise de Silistrie, s'est élancé sur la route d' Andrinople à la tête de vingt-cinq mille hommes. Kisseleff se met à sa poursuite, rejoint à Vratra son arrièregarde composée d'Albanais, et il va livrer bataille lorsqu'il reçoit l'avis officiel de la signature des préliminaires de paix et l'ordre de s'arrêter. Son temps d'arrêt, toutefois, est de courte durée : la présence du pacha de Scutari et d'un corps d'armée turc à quarante lieues d'Andrinople le détermine à prendre possession de Sofia, de Gabrova, et à se tenir prêt à passer les Balkans au premier signal.

La paix d'Andrinople, signée le 14 septembre 1829, met fin aux hostilités.

grès de Berlin, il ne figure dans aucun des articles du traité de 1878. On dirait un parti pris de ne pas connaître, de ne pas voir Medjidié-Tabia. (Voir pages xoo et suivantes de V Histoire d^ une frontière ou la Roumanie sur la rive droite du Danube, par Georges Bibesco. Pion, édit.)

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