APP
Pendant qu'il tentait ainsi de ger, quelle politique M. Jean Brat lui-même, — dans un moment c Chambre qui lui résistait, — les ; laissons la parole :
(« Vous AYEZ vu, MESSIEURS »,
députés, — u auE, malgré les i M les procâs scandaleux, j'ai
« TOUTE la responsabilité, DA] M SERAIT FAITE, CAR C'EST UNE Ql
« Signé : Jear des
(Séance de la Chambre du 8 avril 1 8
U n'entrait pas dans le cadre d( convention commerciale proposée p< de gouverner de ce ministre. Mais légende se substitue si effrontément œuvre utile en rappelant, en que remarquer que ceux qui accusent ^ tiano lui-même, libéral national, M M. Vernesco, libéral conservateur, ( ment dit, les chefs de tous les partis
Le Prince Georges Bù
« Madame,
M Je vous remercie de grand cœu pas, à mes yeux, moins de franchise rend doublement précieuses.
« Mon Histoire d' une frontière pré sans blesser personne. Ai-je résolu le et je suis heureux de vous croire.
« Je viens répondre aujourd'hui au i<> au sujet de la Bessarabie; — 2* i comment expliquer ce fait étrange Galatz, après avoir rejeté l'avant-pro
qui parlait plus haut que la grandeur de la patrie ; c'était un intérêt personnel se résumant en peu de mots : ne pas passer pour avoir cédé la Bessarabie, ne pas compromettre son pouvoir. Le moyen?
M Protester quand même, et faire ainsi effet de patriotisme.
M M. J. Bratiano protesta donc ; la Roumanie ne conserva pas la Bessarabie, mais elle perdit tout ce qu'elle aurait gagné avec un ministère vraiment roumain.
M Tel fut l'efiFet de l'acte lu devant le Congrès, et qui n'a eu d'autre but que de pouvoir être invoqué plus tard par le gouvernement pour sa défense. Excès de précautions qui ne saurait pas plus nous donner le change que les phrases sonores et creuses des organes gouvernementaux, essayant de défendre la conduite du cabinet.
M Si M. Bratiano eût été vraiment pénétré de la gravité de la situation, s'il n'avait eu dans le cœur et sous les yeux que l'image de la patrie, il n'aurait pas pris la précaution de faire sanctionner à l'avance, par un vote des Chambres roumaines, le plan qu'il avait résolu d'examiner à Berlin; il aurait réclamé des pleins pouvoirs pour se diriger, suivant les circonstances, au mieux des intérêts de la Roumanie; et ces pouvoirs, il les aurait obtenus.
« Puis à Berlin, une fois convaincu de l'irrévocable résolution de la Russie et des sentiments de l'Europe, il aurait battu en retraite dignement, habilement, et il aurait fait payer à sa valeur, au cabinet de Saint- Pétersbourg, la Province qui nous était enlevée. Agir ainsi eût été agir en homme qui n'a rien à se reprocher; c'eût été bien servir le pays, car c'eût été lui assurer Silistrie et Medjidié-Tabia, — Medjidié, cette forteresse restée intacte, qui est située à moins de trente minutes de son arsenal et de sa caserne, c'est-à-dire de Silistrie; qui domine, du cdté du nord et de l'est, Silistrie', le Danube et la Dobrutcha; du cdté du midi, toutes les routes venant de l'intérieur; Medjidié, dont le nom ne figure ni dans les discussions du Congrès de Berlin, ni dans le traité, en dépit — d'autres disent à cause — de l'importance que lui donnent sa position et ses remparts. Cela eût été du même coup nous assurer une position stratégique, un pont sur le Danube entre Silistrie et la rive gauche, possible à construire seulement dans ces conditions ; une Dobrutcha défendable, très probablement Widdin ; une forte indemnité de guerre; l'amité de la Russie, la sécurité enfin, au lieu d'une situation pleine de périls, c'est-à-dire tout ce que la Russie était prête à nous concéder et que M. Bratiano a sacrifié à ses calculs. Et si ce ministre, en revenant de Berlin, le front haut, la conscience tranquille, avait tenu à son pays ce langage : u J'ai eu la douleur de ne pouvoir sauver la Bessarabie, mais voici les compensations que j'ai obtenues; l'intérêt de la patrie a été mon seul guide : jugez-moi... », — le pays aurait approuvé
par le Congrès ce paragraphe : un commissaire délégué par la commission européenne veillera à l'exécution de ces règlements, et s'il obtenait que ce commissaire fût austro-hongrois? Ou bien a-t-il eu une arrière-pensée que ses projets d'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine lui ont interdit de laisser voir? Toujours est-il que le traité de Berlin ne contient rien qui justifie cette prétention, émise moins d'un an après par l' Autriche- Hongrie, de constituer une commission mixte dans les conditions que nous allons indiquer.
M C'est ici que les événements prennent une tournure aussi singulière qu'inattendue. Au mois de décembre i8yç, on voit la commission européenne de Galatz, dans sa première séance, remettre aux délégués de l'Allemagne, de l' Autriche-Hongrie et de l'Italie, le soin de constituer la commission chargée d'élaborer le règlement prescrit par l'art. 55 du traité de Berlin.
M Au mois de mai 1880, cette sous-commission présente un projet ainsi conçu :
« 1° Il y aura une commission mixte qui aura les mêmes pouvoirs sur le Danube, des Portes de Fer à Galatz, que ceux que possède la commission européenne, de Galatz à la mer ;
M 2° L'Autriche, quoique non riveraine, fera partie de cette commission ;
« 3° L'Autriche en aura la présidence ;
« 4° En cas de divergence, l'Autriche aura une voix prépondérante.
u Cependant la majorité de la commission européenne repousse, dans la séance du 4 juin 1880, l 'avant-projet de l'Autriche-Hongrie, comme étant en contradiction avec le traité de i8y8,
« C'était là pour le gouvernement roumain un succès inespéré, facilement obtenu, et dont il était aisé de tirer un grand parti. Il fallait, avant tout, se maintenir sur le terrain circonscrit parles grandes puissances, et continuer à mériter leur haute protection. M. J. Bratiano fit tout le contraire.
« L'Autriche-Hongrie, battue dans la séance du 4 juin 1890, ne désespéra pas d'atteindre son but. Elle avait de bonnes raisons pour cela. D'abord cette grande Puissance possède une rare vertu, le « savoir vouloir et savoir attendre » ; puis il faut reconnaître que sa diplomatie compte des hommes très capables, sans cesse préoccupés de l'agrandissement et de la grandeur de leur pays, et sachant mettre à profit les côtés faibles des adversaires qu'ils combattent ou avec lesquels ils traitent.
« Le cabinet de Vienne ne fut pas long à trouver le défaut de la cuirasse de M. J. Bratiano. Il commença par chercher à le convaincre que son projet de commission mixte n'avait rien de menaçant pour la Roumanie, qu'il lui était au contraire favorable; puis, abordant un genre de séduction propre à toucher le ministre roumain, il fit miroiter à ses yeux
l'éclat delà Royauté, que M. J. Bratiano et ses amis pourraient se vanter d'avoir obtenu pour leur Souverain. L'Autriche se faisait forte de la faire reconnaître par l'Europe, et elle s'engageait à la reconnaître la première, u L'hameçon était habilement lancé : M. J. Bratiano y fut pris. La vanité, le parti qu'on pourrait tirer de la proclamation de la Royauté reconnue d'avance par une des Puissances les plus intéressées dans la question; l'espoir d'enchaîner encore davantage le Prince de Roumanie par la reconnaissance, et de s'ancrer au pouvoir, aveuglèrent M. Bratiano et ses amis, au point de leur faire tout oublier. Ils oublièrent, en effet, et la victoire inespérée de la veille, et la prudence imposée au cabinet roumain dans ses rapports avec l'Autriche- Hongrie, et le respect dû aux décisions récentes des grandes Puissances qui venaient de donner à la Roumanie un témoignage éclatant de sollicitude, et... j'allais dire le respect d'elles-mêmes. On se grisa si bien dans le camp gouvernemental, qu'on ne vit pas — je veux le croire — qu'on compromettait, qu'on livrait le vieux Danube, notre artère de vie, ni que l'Europe, mise au courant de la politique à deux faces du cabinet de Bucarest, se désintéressait de la Roumanie. Et cependant, les avertissements n'avaient pas manqué aux ministres roumains.
u Mais le sort en était jeté; le marché fut conclu. En janvier 1881, la même commission européenne qui, le 4 juin 1880, avait rejeté le projet de l'Autriche-Hongrie, l'adopta à la presque unanimité. Le commissaire roumain, qui n'avait pas été mis au courant des spéculations de M. J. Bratiano, continua à défendre les intérêts de son pays, pendant que le représentant de l'Autriche-Hongrie assurait à ses collègues que le gouvernement roumain était parfaitement d'accord avec le cabinet de Vienne !
«< Au mois de février 1881, le ministre des affaires étrangères quit-. tait Bucarest pour se rendre à Vienne.
« Le 14 mars 1881, la Royauté était proclamée en Roumanie, et, le 24 du même mois, l'Autriche-Hongrie était la première à la reconnaître. M II semble qu'on ne puisse rien ajouter à l'éloquence d'un pareil enchaînement de dates et de faits. Voici pourtant deux aveux précieux à enregistrer : l'un émane de M. Rosetti, l'autre de M. Boerescu, ministre des affaires étrangères. A trois mois de là, M. Rosetti écrivait dans le Romanul : « Nous pouvons récapituler comme il suit les concessions faites conditionnellement par le gouvernement roumain à la suite des demandes et sur V insistance de tous les cabinets :
« 10 Formation d'une commission mixte pour la surveillance de la navigation et des règlements de police fluviale entre Galatz et les Portes de Fer; « 2° Admission de l'Autriche-Hongrie dans la commission mixte; «< 3* La présidence de la commission mixte appartiendra au dél^ué austro-hongrois. »
APPEN
« Puis la feuille du parti ajoute : « sions justes et à propos marchent soi que ceux qui font étalage d'une op Cette insinuation était à l'adresse de 1
« Et M. Boeresco d'avouer, plus t; effet le gouvernement roumain avait su tution d'une commission mixte à laqu aurait la présidence ».
« Ne sont-ce pas là les preuves de ce M. Rosetti, pour essayer de sauver la tend que les concessions faites par ceh l'insistance de tous les cabinets, n'est les faits s'inscrivent en faux contre un» manifeste que l'Europe n'a passé, de 1'. l'indifférence, que lorsqu'elle a constat faisait de ses décisions? — Quant au i reste muet sur les avantages exception} voyait imposer de pareils sacrifices. Et manie d'une province? Non; mais d'un lui échoir à bref délai, et qu'elle pouvait
« Les agissements du gouvernement dans le pays une grande agitation. Dev été attaqué avec éclat par MM. Kogalni été celle d'un accusé convaincu de calcul leurs, l'événement important qui allait cIo justifier pleinement les accusations de l'c Puissances se réunissaient bientôt en confé dont on allait débattre les intérêts vitai mais elle dut à la politique sans horizor de Bucarest de rester à la porte de la c sans avoir été entendue.
M En ce qui concerne le traité de Lond nous, comme la confirmation aggravant" let 1878. Je ne crois pas qu'il y en ait diplomatie, pareil à celui qui s'est élaboi 7 mars 1883, au sujet de la navigation du
« La conférence, d'après la lettre offic trois questions à résoudre :
(i) Conférence et traité de Londres, de févrie nistère des affaires étrangères de France dans s tifs à la navigation du Danube.
ment; il protestera encore, il déclarera bien haut que jamais il ne se soumettra; et les mises en scène de M. J. Bratiano et de ses complices sont si bien lettre close pour la plus grande partie de l'Europe, — l'Europe occidentale surtout, — que ces hommes qui ont tout fait pour assurer le succès du projet autrichien naturalisé français — j'ai nommé le projet Barrère, — trouveront encore un public naïf pour les prendre au sérieux.
<€ Quant à l'Autriche- Hongrie, forte de l'arrêt rendu par les Puissances, elle s'en servira comme d'une arme sans cesse menaçante, et elle fera fléchir les velléités de résistance — s'il se permettait d'en avoir — de M, J. Bratiano.
« Voilà, Madame, quelques vérités qui ne sont pas encore sorties de leur puits, — sôus cette forme, du moins, — pour tout le monde. Je ne sais pas si elles satisferont entièrement votre légitime curiosité, mais je puis vous affirmer qu'en ce qui me concerne, j'éprouve comme un soulagement d'avoir pu vous exposer sans réticences, avec la hardiesse de langage que je n'aurais pas employée dans un récit destiné à la publicité, les tristesses dont nous sommes redevables à ce régime.
« Plaignez-nous, et veuillez, Madame, me croire toujours votre ami. »»
Pièce jointe à la dépêche politique n° 17 de M. Hory à M. Bastide, en date du 5 août 1848.