‹ Royalistes & républicainsChapitre 11 sur 86 · MALLET DU PA · texte numérisé non relu

MALLET DU PA

tions aveugles ou d'exaltations béates. L'intérêt de celte lecture est d'autant plus vif et plus poignant que les conseils adressés par Mallet aux partis de cette époque, l'analyse sagace et douloureuse faite par lui du mal social d'alors, semblent s'appliquer à notre temps. Nous nous reconnaissons, hélas! et Ton dirait que ces écrits, vieux de quatre-vingts ans, sont l'œuvre d'un contemporain.

Genevois de naissance, Mallet du Pan était venu en 1783 à Paris; il y rédigeait la partie politique du Mercure. En 1789 et dans les années qui suivent, demeuré journaliste, il combat à côté de ses amis du parti constitutionnel, Mounier, Malouet. Cet étranger, plus dévoué que bien des Français, ne quitte son poste périlleux qu'à la dernière extrémité, la veille du 10 août, et parce que la confiance de Louis XVI Ta chargé d'une mission secrète auprès des cabinets européens. Retiré d'abord en Suisse, pourchassé plus tard par le gouvernement français et ne trouvant d'asile qu'en Angleterre, il travaille et lutte toujours, observant les événements, entretenant une vaste correspondance, publiant des brochures, des journaux, écrivant des notes pour les princes français ou les souverains étrangers, cruellement éprouvé par les échecs de sa cause, plus encore par les contradictions et les fautes de ceux dont il défend les intérêls, mais jamais vaincu par la mauvaise fortune; en 1800, il meurt d'épuisement, ne cessant d'écrire que quand la plume lui tombe des mains.

« Monsieur, qui vous a lu, vous estime w , lui écrivait, sans ravoir jamais vu, M. de Maistre. En effet, la droiture de Mallet éclate dans tous ses écrits, comme dans sa vie entière. On aime à le voir relever le rôle que lui

ont donné les événements par ce haut respect de soimême, celte dignité modeste, mais ferme, cette indépendance si noblement susceptible. Il disait son avis tout haut, sans demander la permission à personne. C'était avec une sorte de fierté, parfois même de brusquerie bourgeoise et démocratique, qu'il servait la cause de l'aristocratie et des princes. « Autant que j'ai pu vous connaître en vous lisant, lui écrivait encore M. de IVIaistre, vous aimez à faire justice. » Se taire sur ce qu'il croyait vrai et utile lui était insupportable; c'est ce qu'il appelait le tourment du silence. Son indépendance était garantie par son désintéressement. Jamais il n'avait reçu de ces pensions dont étaient souvent gratifiés alors les hommes de lettres. « Louis XVI, a-t-ilpu dire, m'honora de sa confiance, sans m'honorer jamais de ses bienfaits. » En France, il passait presque tout son temps dans sa famille, fréquentant peu les salons. Dans l'émigration, il vécut pauvre. Quand il mourut à Londres, ses amis durent se cotiser pour faire face aux frais de ses funérailles, et il fallut que le gouvernement anglais vînt en aide à sa famille qu'il avait laissée, sans ressources.

Mallet n'est pas un philosophe comme il y en avait tant alors, pliant les faits à des théories préconçues; ce n'est pas, à la façon de M. de Maistre, un de ces voyants et de ces prophètes pénétrant dans les desseins providentiels plus avant que dans les faits de ce monde ; il ne se plaît pas, ainsi que Burke, aux malédictions éloquentes; c'est un observateur positif, sincère, clairvoyant et prévoyant : il recueille les faits et les juge au jour le jour. Formé à la vie publique au milieu des agitations de la démocratie genevoise, il joint au bon sens lucide et vaillant qui est dans sa nature, une expérience

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