DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Mai 1874.
L'histoire doit demeurer en dehors et au-dessus de Tesprit de parti. On la rabaisse quand on n'y cherche que des arguments pour nos polémiques quotidiennes. Mais d'autre part, à l'heure où nous sommes, il faudrait avoir le cœur bien hbre, bien dégagé de toutes les angoisses qui nous pressent, pour étudier et raconter le passé sans aucune préoccupation du présent. Tout en faisant œavre d'historien, est-il donc interdit de s'attacher, dans les annales contemporaines, aux événements qui ont quelque analogie avec la crise actuelle, et qui doivent ainsi nous servir d'expérience directe et immédiate? On ne fait pas alors de l'histoire un instrument de parti; on en fait un enseignement de pohtique. Et n'est-ce
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pas le mieux approprié à ce siècle où l'instabilité de toutes choses et les déceptions répétées ont souvent réduit la science du gouvernement à n'être plus guère qu'une sorte d'empirisme?
Telle est l'œuvre tentée dans les trois essais que réunit ce volume. Chacun d'eux est avant tout un récit d'histoire qu'on a voulu faire sincère et impartial. Mais de chacun aussi, qu'il s'ag^isse de la Révolution française ou de la Restauration, ressort une leçon saisissante pour la conduite à suivre dans les plus graves problèmes de la politique actuelle; là est l'unité de ce travail. Quand, dans un premier essai, on verra les esprits modérés cherchant vainement du 9 thermidor au 18 brumaire, tantôt à faire vivre la république purifiée, tantôt à ressusciter la monarchie ^ transformée, puis, — en face d'une république compromise et déshonorée par les républicains, d'une royauté rendue impossible par les ultra- royalistes, — la France acculée au césarisme; quand ensuite on verra, sous la Restauration, l'extrême droite empêchant les royalistes de rien fonder, renversant successivement, de concert avec la gauche, M. de Serre, M. de lillèle et AI. de Martignac, puis laissant tout s'écrouler entre ses mains aussi impuissantes que
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téméraires ; quand on verra enfin le mouvement réformateur de 1789 faussé et perverti par cette journée néfaste entre toutes du 6 octobre, qui a enlevé à la France le roi et l'assemblée pour les livrer à la domination et aux violences de la démagogie parisienne, — le lecteur ne reconnaîtra-t-il pas, dans ces trois épisodes de l'histoire d'hier, des analogies et des avertissements applicables à la crise d'aujourd'hui? Ne reconnaîtra-t-il pas dans les malheurs du passé les menaces du présent? La ressemblance est parfois si frappante, nous pourrions dire si alarmante, qu'on se demande avec anxiété si la France est condamnée à tourner fatalement dans un même cercle, et à se retrouver, à des intervalles périodiques, en face des mêmes problèmes et des mêmes périls. Châtiment ironique infligé à l'orgueil d'un siècle qui prétend innover et ne fait le plus souvent que recommencer.
Par l'infortune des temps, cette histoire nous apportera moins l'exemple consolant des solutions trouvées et des succès obtenus, que la leçon douloureuse des fautes commises et des échecs subis. Elle pourrait presque apparaître comme le gémissement ininterrompu des modérés et des clairvoyants, toujours compromis, entravés, insultés, écrasés par les vio-