‹ Royalistes & républicainsChapitre 5 sur 86 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

lents et les aveugles. Mal qui a été de toutes les époques, mais auquel la brutalité d'une société démocratique donne une force nomelle et souvent presque irrésistible. Toutefois ces études iraient directement contre le but que s'est proposé l'auteur, si elles n'aboutissaient qu'à donner aux hommes d'esprit sage et large, de sens pratique et de conciliation équitable, le sentiment découragé de leur impuissance. C'est une impression plus virile et plus féconde qu'on voudrait éveiller en eux. La vue des malheurs où leur échec a jeté le pays n'est-elle pas faite pour accroître leur énergie, leur volonté de vaincre, en rendant plus vives la pensée de leur responsabilité et la sollicitude de leur patriotisme? Ne doit-elle pas leur donner quelque chose de cette confiance dans leur cause, de cette ardeur et de cette obstination dans la lutte dont ils semblaient avoir jusqu'ici laissé le monopole aux partis extrêmes? ou en tout cas ne leur iuspirera-t-elle pas un souci plus grand de se mettre, devant la postérité et devant leur conscience, à l'abri de tout reproche de défaillance? Est-il interdit d'espérer aussi que, parmi les hommes portés par sentiment ou tradition vers les opinions extrêmes, il en est que l'étude du passé peut éclairer et qui ne voudront pas jeter une fois de plus leur pays

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dans les catastrophes? Enfin cette foule, à la fois frivole et mobile, qui joue d'ordinaire un rôle un peu passif dans le drame politique, ne finira-t-elle pas par comprendre de quel intérêt il serait pour elle de soutenir avec plus de constance et d'entrain les modérés qui ne parlent qu'à son bon sens, ne font appel qu'à sa raison, et ce qu'il lui en coûte de se laisser attirer vers les violents par une sorte de curiosité niaise ou par Fentraînement d'une passion non réfléchie?

Si nous recommencions aujourd'hui ce qu'ont fait nos pères, nous serions plus coupables. Ayant leur expérience, nous n'aurions pas leur excuse; et d'ailleurs ne ferions-nous pas ainsi courir à notre pays un péril plus grand? Déjà, à la fin de la Révolution ou sous la Restauration, ceux-là étaient bien aveugles qui croyaient pouvoir se livrer impunément à leurs exigences de parti, pousser à bout leurs manœuvres révolutionnaires ou parlementaires, diviser les forces sociales dans des luttes violentes ou stériles, les épuiser dans de perpétuels avortements. Aujourd'hui de pareilles fautes n'auraient-elles pas des conséquences plus terribles encore? Un sentiment douloureux de dignité patriotique impose de se taire sur le

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danger extérieur. Mais au dedans, la France épuisée, meurtrie, n'a-t-elle pas senti à chacune de ses chutes successives s'affaiblir le ressort qui lui permettait de se relever? Et puis qui donc ne verrait pas où est la menace nouvelle de notre temps? Il y a quarante années, M. de Tocqueville signalait déjà, avec une « sorte de terreur religieuse v , l'avènement de la démocratie. Le suffrage universel n'existait cependant pas encore à cette époque. Aujourd'hui, ce n'est plus seulement l'égalité démocratique qui nous envahit, c'est la haine démagogique, c'est la dissolution radicale qui s'attaquent à l'ordre politique, à l'existence de la patrie, aux fondements de la société, à Dieu lui-même. Ah! gardons-nous de toute maladresse, de toute erreur, de toute division; car il y a là, à côté de nous, un nouveau venu sinistre et puissant qui assiste en tiers à nos querelles intestines, attend nos échecs, tout prêt à en profiter pour accomplir ses desseins de bouleversement! Qui ne se sentirait à la fois excité et contenu par la pensée d'une si redoutable responsabiUté?

La crise que nous traversons depuis 1871 atteint en ce moment même (en 1874) son période le plus aigu, (et approche du dénoûment. L'heure est venue de

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voir si nous saurons trouver la solution du problème constitutionnel en face duquel nos pères ont si misérablement échoué du 9 thermidor au 18 brumaire. Les républicains ont à juger s'il leur convient de sacrifier encore la liberté et le pays à leur dogmatisme exclusif, à leurs passions révolutionnaires, et défaire une fois de plus l'Empire par haine des conservateurs libéraux, quitte à le servir, lorsqu'il sera rétabli, comme leurs ancêtres du Directoire ou de la Convention. Les royalistes ont à faire un choix décisif entre les inspirations de leur bon sens, de leur loyauté, de leur patriotisme, et les excitations contraires de ceux qui les poussent à imiter, avec moins d'excuse et avec plus de danger, les émigrés de 1795 ou les ultras de 1815. Le Paris révolutionnaire redemande chaque jour la proie qui lui a été arrachée par la translation du gouvernement à Versailles, et s'il désespère de l'obtenir de l'assemblée actuelle, il l'attend à bref délai de la faiblesse ou de l'entraînement de ses successeurs. De toutes parts, à droite et à gauche, les vieilles questions se posent de nouveau, urgentes, impérieuses, menaçantes. Instant solennel entre tous! Si, en rappelant le passé, les études que nous livrons aujourd'hui au public rendent plus saisissante pour les esprits de bonne foi la vue du dan-

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