‹ Royalistes & républicainsChapitre 50 sur 86 · UN RETOUR A PARIS, LE 6 OCTOBRE ]1S · texte numérisé non relu

UN RETOUR A PARIS, LE 6 OCTOBRE ]1S

rence du pouvoir, dùt-il ne pas en avoir la réalité; mais parfois inquiet et troublé quand la foule semblait trop menaçante; jouissant, comme il l'a dit plus tard, de paraître « avoir son souverain en sa puissance 5 , de « lui mesurer les applaudissements 15 et de et le conduire où il voulait " ; mais honteux d'être associé à de pareils vainqueurs. Il dissimulait son trouble sous une sorte de fierté crâne et de bonne grâce, affectait bel air et brillante tournure, et demeurait marquis même en cet équipage de général populaire; du reste, ayant plus de dégoût que de scrupule, il croyait avoir suffisamment sauvegardé son honneur de gentilhomme, quand il avait fait contraster son élégante et irréprochable courtoisie envers ses augustes captifs, avec la familiarité grossière de la canaille dont il était le chef, ou plutôt Tinstrument. Dans l'intérieur de la voiture étaient le roi, la reine, leurs enfants, Monsieur, Madame Elisabeth et madame de Tourzel. Lonis XVI était silencieux, un peu passif, comme toujours, avec une expression de bonté plus bourgeoise que royale. La foule l'appelait ^i le bon papa ". Prévoyait-il dès ce moment toutes les conséquences de son retour à Paris? On peut en douter; mais un secret instinct avait dû l'avertir qu'en abandonnant, sur Tordre de la populace, la demeure de Louis XIV, il descendait les premières marches de son trône. Il avait '1 résisté quelque temps; puis, quand il avait cédé ; « Mes i enfants, avait-il dit, vous voulez que je vous suive à J Paris; j'y consens, mais à condition que je ne me sépa- T rerai pas de ma femme et de mes enfants. ^' Le roi étaitiji il moins préoccupé que le père et l'époux? Quant à la i! reine, elle était frémissante : elle portait sur son visage fi la trace des émotions de cette nuit terrible où elle avait lli 22.

été obligée de fuir, à peine lêtue, devant les bandes qui brisaient les portes de son appartement et massacraient ses gardes en criant : « Il nous faut le cœur de la reine ! « Mais elle avait encore cette dignité vaillante et souveraine qui, le matin, sur le balcon du château, où on l'appelait pour l'outrager, peut-être pour la tuer, avait subjugué la foule et lui avait arraché des applaudissements. Si, quelques heures auparavant, elle avait sangloté en parlant à madame Necker des humiliations qu'on lui préparait, la fille de Marie-Thérèse ne pleurait pas devant le peuple, plus dégoûtée de la joie grossière et presque bienveillante de la foule qu'elle n'avait été effrayée de ses cris de mort. « Sa physionomie, disait d'elle le lendemain madame de Staël, était belle et irritée; on ne peut Toublier quand on Ta vue. v Madame Elisabeth, que le Roi avait d'abord voulu envoyer avec ses tantes à Bellevue, et qui avait sollicité comme une grâce de partager les périls du voyage, et était, dit encore madame de Staël, à la fois calme sur son propre sort et agitée pour celui de son frère et de sa bellesœun^ . Elle surmontait les répugnances et les méfiances que lui inspirait la Fayette, pour l'encourager et le lier par des paroles bienveillantes et des remercîments. Enfin les deux enfants promenaient un regard triste et étonné sur ces scènes si nouvelles pour eux. Ils semblaient répéter cette question que le jeune dauphin, troublé dans son sommeil, soiiftVant de la faim, avait, d'une voix déchirante, adressée le matin à sa mère : « Est-ce que hier n'est pas encore fini? ^ Cet « hier « ne devait pas finir de sitôt. Les enfants de France ne faisaient que commencer leur apprentissage des humilialions royales.

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