UN RETOUR A PARIS, LE 6 OCTOBRE
Le roi et les siens n'étaient pas les seuls vaincus que Paris ramenât dans ses murs. A côté du carrosse de Louis XVI, on remarquait une centaine de députés, les uns en voiture, les autres à pied. L'assemblée, en attendant qu'elle vînt, suivant sa décision du matin, s'installer auprès des Tuileries, avait chargé une députation d'accompagner le roi, comme pour bien marquer qu'elle aussi était prisonnière et donner toute sa signification au triomphe de la démagogie parisienne.
Le voyage était lent : on mit six heures de Versailles à Paris. A chaque instant il se produisait des arrêts dans ce cortège de plus de soixante mille hommes ou femmes : stations douloureuses et menaçantes qui permettaient au roi et à la reine de savourer leur supplice et qui remplissaient d'angoisse l'âme des rares serviteurs demeurés auprès d'eux. La nuit était close quand on arriva à Paris. A la barrière, Bailly exprima, au nom de Paris, le vœu que le roi établît dans cette ville sa résidence habituelle. Louis XVI répondit quelques paroles où il s'efforça de mettre le mot de confiance. A l'Hôtel de ville il dut se montrer au peuple. Enfin il entra dans ce palais des Tuileries abandonné depuis deux règnes, où rien n'était prêt pour son installation, et où la reine dut faire dresser des lits de camp pour ses enfants dans la chambre même qui lui servait de salon de réception. La foule, qui n'avait guère crié pendant le trajet que : Vive la nation! assurée maintenant de son triomphe, commençait à crier : Vive le roi ! Dans la rue on s'embrassait en pleurant de joie. Le lendemain matin, cette foule se pressait encore autour des Tuileries, demandant à voir « son roi » , le forçant à paraître sur le balcon et même à descendre dans le jardin où l'on voulait
l'acclamer. Ces gens, la veille prêts à loul massacrer dans le château de Versailles, s'attendrissaient en regardant par les fenêtres le repas de la famille royale.