PARIS ET LA CONSTITUANTE
Il était facile d'augurer ce qu'allait devenir l'assemblée ramenée, à la suite du roi, au milieu d'une
telle population. Celle-ci a déjà donné, le 5 octobre, un avant-goût de ce qu'elle réservait à la Constituante et à ses successeurs, pour le jour où elle les aurait sous la main. Avant de se rendre au château, l'émeute n'a pas en efifet épargné aux députés l'outrage de sa visite. Il leur a fallu écouter les insolentes injonctions de l'huissier Maillard ; il leur a fallu subir les familiarités de ces mégères qui appelaient les députés par leur nom , demandaient a leur petite mère Mirabeau ^^ , forçaient le président Mounier à les accompagner au château , le gourmandant et l'embrassant, criaient ce A bas la calotte ! » parce qu'il leur déplaisait de voir monter au fauteuil l'évêqùe de Langres; enfin, le soir venu, forçaient les députés d'interrompre la séance, se mettaient à parodier les délibérations, s'asseyaient à la place du président, et se faisaient servir à boire et à manger en pleine salle; tellement, que Mirabeau, qui rentrait en ce moment, s'écriait indigné, avec son formidable accent : u Je voudrais bien savoir comment on se donne des airs de venir troubler nos séances... Monsieur le président, faites respecter l'assemblée. »
Sans doute, tant que siège la Constituante, la pression ne s'exerce pas d'une façon aussi brutale et impudente que plus tard sous la Législative ou sous la Convention. La grande assemblée, même prisonnière, a gardé quelque chose de son premier prestige. Le peuple semble conserver longtemps dans l'oreille l'impérieuse apostrophe de Mirabeau aux pétitionnaires du 5 octobre. Cependant, dès le lendemain de leur arrivée dans la capitale, les députés comprennent quel danger les menace, et ils votent, en vue de la répression des émeutes prochaines, la fameuse u loi martiale » qui doit être appliquée le