P.ARIS ET LA CONSTITUAXTE
17 juillet 1791. Les tribunes publiques essayent déjà de peser sur les délibérations par leurs applaudissements et leurs murmures. Parfois de jeunes aristocrates exaspérés, le vicomte de Mirabeau et Lautrec, veulent donner l'assaut à ces tribunes : les dames de la halle qui y sont installées, tricotant comme chez elles, se lèvent alors et crient toutes à la fois, leurs chausses à la main : A la lanterne! Des députés réclament-ils au nom de la liberté et de la dignité de l'Assemblée, il se trouve déjà des flatteurs ou des complices de la multitude pour leur répondre, ainsi que le (it un jour Volney : c^ Comment! ce sont nos maîtres qui siègent là dans les tribunes : nous ne sommes que leurs ouvriers ; ils ont le droit de nous censurer et de nous applaudir. "
Ces mots de Volney révèlent ce qui a été de tout temps l'une des conséquences les plus funestes du séjour de l'assemblée à Paris. C'est la tentation pour les minorités extrêmes de compenser leur infériorité par une alliance avec l'agitation populaire et de déplacer la majorité par les intimidations du dehors. Jamais les minorités, en France, n'ont résisté à cette tentation, et la gauche de la Constituante pas plus que les autres. En 1790, on trouve dans tous les troubles la main de ceux que Mirabeau appelait le tt triumgueusat » , Barnave, Lameth et Duport. C'est pour servir les desseins et les passions de ces hommes que la foule pille l'hôtel de Castries ou disperse violemment le club monarchique. Le désordre accompli, des députés se lèvent des bancs de la gauche pour le justifier ou l'excuser, et pour s'écrier comme Barnave l'avait fait après le meurtre de Foulon et de Berthier : - Le sang qui vient d'être répandu était-il donc si pur? » Ce n'est pas seulement la majorité dont
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la liberté est ainsi compromise, la minorité elle-même devient l'esclave de ceux qu'elle a d'abord poussés. Combien sacrifient alors leur honneur et leur conscience à la popularité parisienne! La Fayette, Alirabeau, Barnave! Sacrifices inutiles qui n'empêchaient |ias la popularité d'échapper à ces hommes, pour descendre à Brissot et bientôt plus bas encore.
A la fin de la Constituante, ne cherchez plus, comme au début, la raison des fautes commises dans l'entrainement et l'illusion d'une confiance aveugle. L'assemblée est désabusée et déjà lasse. Elle voit le mal de son œuvre et voudrait le réparer. Cependant elle ne peut ni revenir en arrière, ni même s'arrêter. Elle entreprend la révision de la Constitution, dernière chance de salut. Barnave et ses amis, qui se sentent débordés, la désirent. La révision avorte misérablement. La force fatale qui s'impose aux députés, ce n'est pas Fopinion du pays, c'est l'agitation parisienne : c'est elle (|ui, par les journaux, par les tribunes et surtout par les clubs, intimide ou décourage les modérés; c'est elle qui asservit, en menaçant de leur retirer leur popularité, les révolutionnaires trop tard repentants; c'est elle qui donne à une minorité la force d'une majorité; c'est elle qui rend impérieuse et menaçante jusqu'à la parole de ce rhéteur médiocre, isolé sur les bancs de l'extrême gauche, qui s'exerce déjà à parler en dictateur, et dont le nom jusqu'ici obscur commence à être répété dans les clubs parisiens : Robespierre.
Sans doute Theure n'est pas encore venue où l'émeute triomphe ouvertement. Après le re(our de \arennes, la populace de Paris essaye d'imposer la déchéance du roi à l'assemblée qui n'en veut pas. Des alfiches impérieu-