LE 20 JUIM ET LE 10 AOUT
cielle. Dans un rapport signé par Garât, ministre de la justice, et inséré au Moniteur ^ en octobre 1792, on reconnaît aux habitants de la ville où siège le gouvernement, le droit et le devoir de s'insurger toutes les fois qu'ils jugent la souveraineté nationale en danger. Paris, suivant l'expression même de Garât, a u la représentation du droit insurrectionnel de la nation i) . Anacharsis Clootz proclame de son côté que Paris, " dans les grandes journées révolutionnaires, est une assemblée constituante' ^^ .
Elait-ce même Paris qui parlait et agissait? Non; ce n'était qu'une bande d'émeutiers vulgaires et obscurs. Qu'on suive àdiU^V Histoire de la Terreur^ par AI. Alortimer-Ternaux, les préparatifs du 10 août : c'est la partie la plus instructive et la plus originale de cette œuvre inachevée. On y verra comment, dans les sections d'abord, k l'Hôtel de ville ensuite, une infime minorité a tout fait. Quant à la légende qui représente le 10 août comme une sorte de lutte gigantesque et sanglante où toute une population combat héroïquement contre des soldats mercenaires, l'histoire en a fait justice; on sait maintenant, entre autres faits significatifs, que les bandes d'émeutiers, peu nombreuses, contenant beaucoup de curieux, de pillards, très-peu de combattants, n'ont eu en somme qu'une centaine de blessés et une
' ]V'est-ce pas par fidélité à la même tradition, que le Bulletin de la République du 15 avril 1848, publié par le ministère de l'intérieur, contient la déclaration suivante : « Paris se regarde avec raison comme le mandataire de toute la population du territoire national... Si les influences sociales pervertissent le jugement ou trahissent le vœu des masses dispersées et trompées par l'éloignement, le peuple de Paris se croit et se déclare solidaire des intérêts de toute la nation, t
soixantaine de morts. Mais si Paris n'a pas fait l'émeute, il Ta laissé faire. La masse s'abstenait aux jours cVinsurrection comme aux jours de vote. « Le peuple de Paris, écrivait M. de Montmorin à M. de la Marck quelques jours avant le 10 août, est si bête, il est d'ailleurs si las, que je ne pense pas qu'il fasse aucune résistance... Il ne se portera à rien ni pour ni contre le roi... Il verra tout sans s'émouvoir. Il ne se remue pour rien; les émeutes sont absolument factices... Presque tous ceux qui ont forcé les Tuileries, ou plutôt qui y sont entrés le 20 juin, étaient étrangers ou curieux, rassemblés parle spectacle que présentait cette horde de piques, de bonnets rouges, etc. Tout cela était si poltron, qu'ils s'enfuyaient au seul mouvement de présenter les armes que fit la garde nationale à l'arrivée d'une députation de l'assemblée, i?
Les défaillances dont nous avons été témoins de notre temps ne sont donc pas une nouveauté ni une exception. On a pu s'en rendre compte à toute époque : le danger de l'établissement du gouvernement à Paris tient peutêtre moins encore à la turbulence d'une portion parfois minime de la population qu'à l'inertie avec laquelle la masse regarde tout passer, à cette badauderie qui fait que la première bande venue d'agitateurs est assurée de se grossir d'une armée de curieux peu menaçante pour une attaque sérieuse, mais trop souvent suffisante par le nombre pour intimider ou tout au moins embarrasser la résistance. Qu'importe que le mal vienne de la défaillance ou de l'audace de Paris; le péril et la responsabilité en sont-ils atténués ou déplacés?
On paraît croire parfois que, dans ces journées trop fameuses du 20 juin et du 10 août, Paris ne s'estallaqué