‹ Royalistes & républicainsChapitre 71 sur 86 · PARIS ET LES GIROIVDIIVS · texte numérisé non relu

PARIS ET LES GIROIVDIIVS

fois. » Leçon terrible pour les Girondins, qui se vantaient, quelques jours auparavant, dans leurs débats avec Robespierre, d'être les « hommes du 10 août » . Cependant la majorité ne consent pas encore à se décimer; la première journée finit donc sans résultat décisif.

Le second jour n'apporte pas plus de solution. Le troisième, Hanriot déclare, « au nom du peuple insurgé « , qu'il ne déposera les armes qu'après avoir obtenu l'arrestation des Girondins. Vingt-quatre mille hommes entourent la Convention. Les pétitionnaires des sections de Paris entrent dans la salle : " Le peuple, disent-ils, est las de voir ajourner son bonheur. Il le laisse encore un instant dans vos mains : sauvez-le, ou nous vous déclarons qu'il va se sauver lui-même. ^ En même temps les députés entendent crier aux armes : les consciences faiblissent. Cependant l'assemblée voulant, dit-elle, « manifester sa liberté '' , sort en corps dans la cour, précédée de ses huissiers. A l'une des issues, le président Hérault de Séchelles se trouve face à face avec Hanriot, à cheval et le sabre à la main. « Que demande le peuple? dit le président. La Convention n'est occupée que de son bonheur. — Hérault, répond Hanriot comme de coutume à moitié ivre, le peuple ne s'est pas levé pour entendre des phrases; il veut qu'on lui livre vingtquatre coupables. — Qu'on nous livre tous », s'écrient ceux qui entourent le président. Hanriot se retourne alors : « Canonniers, à vos pièces. » Deux canons de l'armée parisienne sont pointés sur la Convention, qui recule, et, toujours escortée de Marat, qui aboie après elle et somme « ces lâches « de rentrer, elle essaye d'autres issues qu'elle trouve fermées. Elle obéit enfin à Marat. Les canons de Hanriot ont triomphé des derniers scru-

pules de la Plaine. L'accusation des Girondins est votée.

Quelques-uns sont arrêtés; d'autres, s'échappant de Paris, font appel à la France, qui les a nommés et qui hier encore leur envoyait des adresses. Vain appel. Ces hommes ont-ils donc oublié avec quelle inerte docilité la France leur avait obéi quand, après le 10 août, ils lui avaient, eux aussi, imposé une révolution au nom de Paris? S'il y a en Normandie, à Lyon, à Toulon, ailleurs encore, quelque tentative de résistance, celle-ci est plutôt royaliste. La Gironde ne peut fournir même un asile à ses députés : les derniers fugitifs, traqués par les commissaires de la Convention, se tuent dans un champ près de Bordeaux, et leurs corps sont trouvés à moitié dévorés par les loups.

Il avait donc suffi de quelques mois, grâce à la présence de l'assemblée et du gouvernement dans la ville révolutionnaire, pour exécuter le plan tracé par Alarat. Le Paris des massacres de septembre avait pris contre la France sa revanche des élections.

Page 1