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PARIS ET LA TERREUR

la voix (le Robespierre, qui dénonce dans rassemblée, et celle de Fouquier-Tinville, qui accuse au tribunal révolutionnaire. Les caractères s'avilissent. Quelques-uns sont féroces; mais tous sont làcbes par peur. Vainement plusieurs villes ont essayé de résister; elles ont été écrasées, incendiées, décimées. Les commissaires partis de Paris désarment partout les citoyens et remettent les fusils aux sans-culottes, cassent tous les pouvoirs élus et les remplacent par les délégués de la Commune et des Jacobins, biérarcbie administrative toute nouvelle et la plus autoritaire qui fut jamais. Ils assurent ainsi dans la France entière, par la violence, par la rapine et par le massacre, la dictature de Tinfimc faction aux mains de laquelle Paris a mis le pouvoir. Il semble que ce soit le règne d'une horde conquérante. On sait à quelle effroyable célébrité sont parvenus quelques-uns de ces proconsuls vomis par Paris sur la province. On retrouve dans leur histoire ces phénomènes de folie césarienne qui avaient autrefois épouvanté le monde sous un Néron ou un Caligula. Mais passons : ce régime est connu et jugé.

Aussi bien, il semble que Paris révolutionnaire soit arrivé au bout de son rôle, et que, ne pouvant faire descendre la France plus bas, il s'arrête et s'efface. Lui aussi, il subit la dictature qu'il a établie. Le règne de la peur s'étend dans ses murs : tout s'y assombrit. Ce n'est plus l'explosion de liberté fantasque et désordonnée de juillet 1789 : c'est la monotonie et Tétouffement. La variété même des costumes a disparu; tous endossent par goût, par misère et surtout par lâcheté, la casaque révolutionnaire. Cliacun se défie de son voisin, se tait et se cache. Ou ne voit que gens se glissant le long des

murs. On ne rencontre que regards craintifs et baissés qui se détournent, ou regards soupçonneux qui semblent toujours guetter quelques traîtres. Les boutiques, à moitié v/ides, sont fermées chaque soir avanthuit heures, et l'habitant se hâte de rentrer chez soi. C'est ce qu'on appelle « aller coucher sa liberté v . Les Parisiens n'ont retiré de toutes leurs usurpations qu'un profit, celui de se faire nourrir par la nation comme les invalides de la Révolution. Chaque prolétaire de la grande ville touche, sans travailler, sa solde hebdomadaire. La France, qui meurt de faim, paye un million par semaine pour la nourriture de Paris. Cette nourriture est en outre garantie par tout un système de réquisitions à main armée, de pillage administratif et militaire, de terreur exercée par les agents de la Commune sur les provinces environnantes. Tel est le prix auquel Paris a vendu sa liberté et celle de la France. C'est toujours la vieille histoire de Rome césarienne, jpanem et circensesjseulement le cirque est remplacé par l'échafaud.

Quant au drame politique, il se joue désormais audessus du peuple de Paris. Ceux que ce peuple a aidés à s'emparer de la dictature viennent-ils à se déchirer et à conspirer les uns contre les autres , Robespierre se débarrasse-t-il des Dantonistes de la Montagne, puis des Hébertistes de la Commune, ce sont comme autant de révolutions de palais auxquelles Paris reste étranger et qu'il regarde passer. On acclame toujours le vainqueur et on en est quitte pour faire disparaître au plus vite les bustes et les images des idoles de la veille. Quelque temps après le 9 thermidor, une Anglaise entre chez un marchand de gravures pour acheter les portraits des principaux personnages de la Révolution. Le marchand

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