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PARIS ET LA TERREUR

secoue la tête et répond que, préférant sa sécurité à sa propriété, il a détruit ses gravures à mesure que les personnages eux-mêmes ont été vaincus ou immolés, tt A Tavénement d'un nouveau parti, dit-il, je me prépare toujours à une visite domiciliaire; j'ôte de mes vitrines et de mes rayons les têtes proscrites, et je les remplace par celles de leurs rivaux. Je vous certifie que depuis la Révolution notre commerce est aussi précaire que celui d'un joueur. Sans doute, les constitutionnels ont tenu assez bien ; mais ensuite j'ai été ruiné à demi parla chute des Brissotins, et je ne m'étais rétabli qu'un peu par la vente des Héberlistes et des Dantonistes quand ils passèrent de mode. — Bien; mais les Robespierristes, là vous devez avoir gagné? — C'est vrai; Robespierre, Marat et Clialier rendaient assez, parce que d'ordinaire les royalistes les plaçaient chez eux pour se donner un air de patriotisme ; mais ils ont passé à leur tour. 1)

Les favoris du peuple de Paris montent successivement sur Téchafaud sans que ce peuple s'émeuve. Ne sont-ce pas eux qui l'ont habitué à voir partout des traîtres, à accepter comme une preuve tout soupçon, toute dénonciation? C'est merveille de voir avec quelle facilité les vaincus sont aussitôt reniés. Saint-Just connaissait cette plèbe dontil s'étaitservi. Un jour queCambacérès lui parlait par courtisanerie de l'idolâtrie du peuple pour ses chefs révolutionnaires : u Sot que tu es, reprit brusquement Saint-Just, tu verras bien d'autres acclamations de leur part lorsqu'on nous conduira au supplice. » Les morts vont vite dans cette année funèbre; mais l'inconstance et la lâcheté populaires vont plus vite encore. Qui sait même si la démocratie ne

trouve pas quelque plaisir à regarder tomber cette aristocratie (Fun nouveau genre? Hébert, le Père Duchêne, est accompagné au supplice par les quolibets des spectateurs; ceux-ci, par une lugubre ironie, emploient pour Tinjurier le vocabulaire de son ignoble journal. Danton lui-même a beau pousser devant le tribunal des rugissements tels, que la foule silencieuse et épouvantée l'entend de l'autre côté de la Seine, personne ne bouge, et, le lendemain, tous regardent conduire au supplice le puissant tribun avec Tenfant gâté du Paris révolutionnaire, Camille Desmoulins, sans témoigner tristesse ou pitié. On considéra comme un signe du grand prestige de Danton, quMl ne fut pas insulté. Il semble d'ailleurs que le Parisien, à force d'avoir vu passer la fatale charrette où sont eiitasséspêle-mêle les triomphateurs et les vaincus de la veille, ignorant qui y sera demain et se demandant s'il n'y sera pas lui-même, ait contracté une sorte d'égoïsme hébété et craintif qui a détruit chez lui tout autre sentiment.

Au 9 thermidor, Paris révolutionnaire, las, dégoûté de lui-même, habitué à l'inertie par la terreur, ne se réveille plus au tocsin de l'Hôtel de ville. Il ne répond pas davantage, il est vrai, à l'appel de la Convention. Il attend de quel côté sera le plus fort. Il laisse arrêter en pleine rue le général de la Commune, Hanriot, par quelques partisans de la Convention, comme il laisse délivrer Robespierre à la prison du Luxembourg par une poignée de sans-culottes partis de l'Hôtel de ville. La faiblesse même des deux adversaires rend un moment indécis le résultat de cette lutte étrange. Mais les Thermidoriens plus résolus l'emportent. Dès lors la foule est avec eux. Robespierre est renié plus lâchement encore

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