LES DERNIÈRES ÉMEUTES DU PARIS RÉVOLUTIONNAIRE
Après le 9 thermidor, le peuple révolutionnaire de Paris n'est plus seulement inerte et indifférent, il se sent vaincu. Il comprend que sa royauté s'est écroulée. Tous ses chefs sont tombés l'un après l'autre accusés de trahison; lui-même les a reniés. Rien de ce qu'on lui a promis, il ne l'a atteint. A ses enivrements, à ses convoitises surexcitées, à ses visions de jouissance et de pouvoir ont succédé une immense fatigue, un sombre désenchantement. Usé par cette longue révolution dont il a été le principal acteur, las des coups d'Etat qu'il a faits et de ceux qu'il a subis, de ses espérances et de ses déceptions, de ses serments et de ses parjures, il ne croit plus en personne ni en lui-même. C'est comme l'écœurement et le malaise attristé au lendemain des
grandes orgies. Effrayé d'ailleurs de la réprobation qu'il voit monter autour de lui et des comptes qu'on lui demande du passé, insulté à son tour par la jeunesse dorée, ce peuple se retire de la place publique, des sections, de l'armée révolutionnaire, où il a si longtemps fait régner la terreur; il dépose sa pique et rentre chez lui.
Une chose va cependant l'en faire sortir pour la dernière fois; ce n'est pas la politique. A son foyer déserté depuis si longtemps, il trouve la misère et la faim. Pendant la Terreur, il a été nourri par TEtat. Quand le pain lui manque après Thermidor, il a comme un dernier accès de rage. Ce sont les femmes qui, le 12 germinal, donnent le signal. Elles se précipitent sur la Convention , entraînant quelques hommes des faubourgs. Elles forcent l'entrée des Tuileries comme elles ont forcé, le 5 octobre, les portes du château de Versailles. Elles se répandent tumultueuses et menaçantes au milieu des représentants, a Nous sommes ici chez nous V, disent-elles insolemment. Elles crient : 'Du pain ! « Des hommes mêlés à la foule ajoutent : ci Du pain et la constitution de 1793. v Leur orateur s'adresse aux députés de la gauche : «Et toi. Montagne sainte, les hommes du 14 juillet, du 10 août et du 31 mai te réclament en ce moment de crise ; tu les trouveras toujours prêts à te soutenir. » Ce sont bien en effet les restes des vieilles armées insurrectionnelles de Paris. Mais l'émeute est mal organisée; elle se retire bienlot par lassitude d'insulter en vain.
Le 1*' prairial est plus terrible. C'est encore la faim qui pousse le peuple : seulement d'infimes conspirateurs cherchent à exploiter le mouvement. Dès la veille,