‹ Royalistes & républicainsChapitre 77 sur 86 · LES DERNIERES EMEUTES DU PARIS REVOLUTIONWAIRE · texte numérisé non relu

LES DERNIERES EMEUTES DU PARIS REVOLUTIONWAIRE

circulait un programme où il était dit que a Tinsurrection éWvi poîir chaque portion d'un peuple opprimé le plus sacré des droits " , et « qu'il appartenait à laj)ortion du peuple la plus voisine des oppresseui^s de les rappeler à leurs devoirs, en ce que, par sa position, elle connaissait mieux la source du mal «. C'est, on le voit, la doctrine traditionnelle et orthodoxe de l'usurpation parisienne. Comme le 12 germinal, la salle des séances est envahie par une foule de femmes et d'hommes. « Jamais, dit M. Quinet, le peuple ne parut plus effrayant. » Les hommes sont armés, les tambours battent la charge. Ce qui domine, c'est le mépris pour l'assemblée, a Allez-vous-en tous, crient les émeutiers, nous allons former la Convention nous-mêmes. — L'arrestation des députés, de tous! » Boissy d'Anglas, qui préside, sauve seul par son héroïque fermeté l'honneur de la Convention dans cet avilissement sans précédent. Le député Féraud est tué d'un coup de pistolet sur les marches de la tribune; une fille lui brise le crâne à coups de talon; le cadavre est traîné hors de la salle, la tête tranchée, placée au bout d'une pique et présentée au président, qui la salue. Après une sorte de combat, l'émeute paraît maîtresse. Les Montagnards, croyant retrouver un 31 mai, commencent à rendre de prétendus décrets. La nuit est venue. La salle esta peine éclairée. C'est un chaos effrayant. Au milieu du bruit des armes à feu, des cris d'ivresse et de colère, les motions s'échangent entre les députés qui parodient, au service de la populace, une délibération. Mais l'émeute, sans chef reconnu, sans plan arrêté, tournoie sur ellemême et ne sait que faire de sa victoire. Pendant ce temps quelques députés ont pu mettre en mouvement

un OU deux bataillons de garde nationale. Quand ils arrivent cà la salle de la Convention , il est plus de minuit; la foule ne lutte même pas et se sauve parles fenêtres.

Jamais assemblée n'a été aussi honteusement foulée aux pieds. Jamais cependant émeute ne s'est trouvée plus impuissante. Après ce digne épilogue de sa carrière révolutionnaire, le bas peuple de Paris disparaît définitivement delà scène politique. Quand, quelques jours plus tard, les députés, ses complices dans la nuit de l'émeute, sont condamnés, et qu'après leur suicide sur les marches du tribunal, leurs cadavres roidis sont traînés à Téchafaud, il ne se dérange même pas pour assister à ce spectacle. Sans doute au fond ce peuple n'est pas changé. Il va se nourrir à son pauvre foyer des divagations de Babeuf sur te le bonheur commun » . Il est rassassié, non guéri des révolutions, c N'écoutez pas, écrit un observateur clairvoyant de ce temps, ceux qui vous disent que le peuple est revenu ; il n'est pas revenu de son hydrophobie. C'est toujours un animal enragé malgré sa misère profonde, w Mais il est pour longtemps défiant, harassé. D'ici à trente-cinq ans, personne ne pourra plus le faire descendre dans la rue.

§ 12. — l'émeute du paris conservateur.

Voici dans Paris un phénomène nouveau : la bourgeoisie se montre à son tour dans la rue et remplace la populace. Les Thermidoriens, qui n'ont combattu Robespierre que par peur ou par envie, comptaient,

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