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L'ABDICATION DE PARIS

le serait toute grande cité démocratique, à être tantôt l'artisan coupable, tantôt le témoin complaisant des triomphes de la force sur le droit!

La Révolution concentrée dans Paris depuis la néfaste journée du 6 octobre 1789 devait donc aboutir au 18 brumaire 1799, en passant par le 17 juillet 1791 , le 20 juin, le 10 août et le 2 septembre 1792, le 21 janvier et le 31 mai 1793, le 9 thermidor 1794, le 12 germinal, le l" prairial, le 13 vendémiaire 1795 et le 18 fructidor 1797. Que de dates à marquer dans ce calendrier des violences dont Paris a été le théâtre, et le peuple parisien trop souvent Tacteur! Est-il besoin maintenant de résumer des faits aussi clairs ou de mettre en lumière des leçons aussi éclatantes? Du 6 octobre au 13 vendémiaire, on aurait pu s'arrêter à chaque page et poser cette simple question : La violence aurait-elle été maîtresse, l'usurpation aurait-elle été consommée, la souveraineté nationale aurait-elle été violée, si le gouvernement et l'assemblée étaient demeurés à Versailles? Tous ceux qui ont voulu pousser la Révolution dans les voies où elle s'est perdue, ont flatté, exalté Paris et s'en sont servis. Ceux qui ont voulu contenir et redresser cette Révolution — et souvent ce sont les mêmes hommes, éclairés et repentants, Mirabeau, Barnave, la Fayette, les Girondins — ont été unanimes à demander, avant toute autre mesure, que les pouvoirs publics fussent éloignés de Paris, A chaque déviation révolutionnaire, on trouve l'action de cette ville sur le gouvernement et les assemblées, déviation d'autant plus désastreuse que l'action a été plus directe

et plus dominante. Sans cloute, entre Tépoque actuelle et celle dont nous venons de retracer l'histoire, il est des différences que nous ne songeons pas à nier. Mais est-on assuré que le peuple de Paris soit devenu plus inoffensif, plus respectueux du droit, qu'il ait perdu riiabitude et le goût de violenter les assemblées qui lui sont confiées? Croit-on la décentralisation tellement entrée dans nos mœurs et dans nos lois qu'elle ait fourni à la province les moyens légaux, la force matérielle, l'énergie morale nécessaires pour s'opposer aux révolutions dont une grande ville, ayant le gouvernement sous sa main, voudrait de nouveau se passer la fantaisie? Trouve-t-on enfin, dans notre état politique et social, une stabilité, une force de tradition et une garantie d'avenir, une sécurité intérieure et extérieure qui puissent nous faire dédaigner un danger sous lequel ont succombé la vieille Monarchie et la jeune Révolution ?

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