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LE REVEIL ROYALISTE

en ce moment contre la Convention, pour échapper à la tyrannie, beaucoup plus que pour refaire la royauté. » Les sections de Paris protestent contre l'accusation de royalisme; avec moins de netteté, il est vrai, que quelques mois auparavant. Elles se croient encore obligées de parler une sorte de jargon révolutionnaire, de rappeler «les baïonnettes des despotes, brisées au 14 juillet 1' . Après le massacre des émigrés de Quiberon, elles félicitent la Convention. « Le récit de ce triomphe, disent-elles, a électrisé nos âmes. » Quand elles attaquent les Jacobins, c'est, à les entendre, parce que ces Jacobins, " par un autre chemin, tendent aussi à l'anéantissement de la République « .

Quelle est, dans ce langage, la part de la tactique et celle de la sincérité? Dans quelle mesure l'opinion modérée se partage-t-elle entre le monarchisme feuillant ouïe républicanisme girondin? A-t-elle même un parti bien arrêté? Peut-être, s'il lui était possible de choisir sans effort, préférerait-elle la monarchie; mais, fatiguée par tant d'entreprises, désenchantée par tant de déceptions, elle n'a pas assez de confiance dans les remèdes constitutionnels pour acheter aucun d'eux au prix d'une crise; état que Mallet définira si bien quelques mois plus tard : u On préférerait généralement la royauté , dit-il, si on pouvait, à son réveil, la trouver rétablie sans secousses et sans dangers; mais la crainte de ces dangers et de ces secousses est mille fois plus forte que le désir de la royauté, w Aussi, en juillet 1795, le même écrivain met-il en garde Louis XVIII contre les illusions; il l'avertit qu'il n'existe a aucun parti royaliste » ; s'il y a du royalisme, c'est « un royalisme vague et incertain, sans énergie aucune » ; il y a « éloignement pour toute

insurrection dans le sens monarchique; on est au désespoir ; mais ce désespoir n'inspire aucun projet 5» .

Cette disposition de l'esprit public, que constatait du dehors Mallet du Pan, ne devait pas échapper dans Paris aux esprits clairvoyants du parti royaliste et devait leur prouver combien il serait imprudent d'arborer ouvertement leur drapeau. Des journalistes, au fond presque tous monarchistes, qui, après Thermidor, avaient entrepris la guerre contre les révolutionnaires et dont l'Influence croissait chaque jour, avaient Thabitude de se réunir dans une sorte de comité pour concerter leurs efforts. On trouvait sans doute dans cette réunion quelques-uns de ces esprits étroits et courls, voués aux opinions extrêmes, « ressource de ceux qui ne peuvent embrasser qu'une idée à la fois » , comme Técrit finement madame de Staël à Mallet du Pan; de tels hommes prenaient pour du courage, en face de leurs adversaires, les violences provocantes et les témérités fanfaronnes qui n'étaient trop souvent au fond qu'une faiblesse intéressée et complaisante pour les passions de leurs lecteurs; plus occupés à se faire un petit renom de coterie, en flattant ces passions, que de ne pas compromettre les intérêts de leur cause; fort peu embarrassés, du reste, de leurs thèses absolues; car, se bornant à écrire, ils ignoraient cette responsabilité de l'action qui fait comprendre la nécessité des tempéraments et souvent même oblige à transiger. Mais, à côté d'eux, il y avait des esprits plus sages, plus pratiques. Ces derniers l'emportaient, à cette époque, dans la réunion des journalistes. " Pour agir dans un concert parfait, — rapporte l'un d'eux, Lacrctelle, — on avait pris la résolution de se borner à une ligue défensive contre la

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tyrannie perpétuée de la Convention. On ne produisait aucun projet politique. On évilait de s'expliquer sur la forme du gouvernement qu'il conviendrait d'adopter. » Les modérés persistaient dans cette sage tactique, malgré les imprudences des ardents, ce Réclamer contre toutes les horreurs qui déshonorent la révolution, écrivait alors Lacretelle dans son journal, attaquer toules les lois qui ; ortent le caractère de Tinjustice et de la barbarie, voilà mes principes contre-révolutionnaires; faire des vœux pour une autorité forte et sagement balancée, délester l'arbitraire, me soumettre aux lois, n'attendre que du temps leur perfection, voilà mon royalisme. "

La préférence très-décidée de ces écrivains était sans doute pour une restauration; mais il ne leur avait pas semblé possilde, au premier moment, de renverser la république, lis se bornaient à poursuivre une épuration et un redressement législatifs. Plus tard, en voyant les révolutionnaires se refusera satisfaire ropinion,se cramponner au pouvoir et identifier les institutions républicaines avec ia tradition jacobine, ils comprennent que leurs adversaires rendent à la royauté quelque espérance d'avenir : mais ils voient aussi avec quels ménagements il faut agir, quel serait auprès du pays le tort de ceux qui paraîtraient provoquer une crise, et comment, si la république peut être tuée, elle ne peut l'être que peu à peu et par les républicains eux-mêmes.

Toutefois, plus on va, plus, grâce à ces républicains, à l'irritation croissante qu'ils provoquent par leur égoïste résistance, les chances d'abord si douteuses et si lointaines de la royauté paraissent se fixer et se rapprocher. On se laisse aller à la monarchie, moins pour ses mérites

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propres, dont on ne parle guère, que par dégoût et fatigue des républicains, dont on parle beaucoup. Ce mouvement devient même, à un moment, si rapide, que les esprits les moins portés aux illusions croient presque toucher au triomphe. Mallet du Pan, si désespéré il y a peu de mois, a, dans le cours de Tété de 1795, quelques jours de confiance, comme il n'en a pas encore connu et n'en connaîtra plus. Lacretelle, recueillant après plusieurs années ses souvenirs, dit « qu'avec de la patience et de la circonspection on serait arrivé certainement à la monarchie « . — Qui donc va arrêter cette œuvre des républicains travaillant avec tant de succès à rétablir une royauté jugée tout à Fheure impossible? Ce sont des royalistes.

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