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LE RÉVEIL ROYALISTE

Le revirement des Thermidoriens ne pouvait intimider ni arrêter une réaction qui avait singulièrement

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jj^agné, depuis quelques mois, en puissance et hardiesse; il Tirrile au contraire et la provoque à porter plus loin et plus haut ses coups. Combattue dans ses plus légitimes réclamations parles républicains et au nom de la république, n'était-elle pas poussée, contrainte en quelque sorte à s'attaquer à cette république elle-même? On n'est donc pas surpris de discerner au printemps de 1795, sept ou huit mois après la chute de Robespierre, les premiers symptômes d'un ferment royaliste qu'on aurait vainement cherché jusqu'alors. Ils apparaissent avec des caractères divers, à Rouen, à Lyon, dans le Alidi. On voit se mêler au mouvement parisien et y prendre une part de jour en jour plus active et plus importante, des hommes dont le nom a une signification nettement royaliste : Pastoret, Vaublanc, Delalot, Quatremère de Quincy. Dans la presse, ce n'est plus, comme au lendemain du 9 thermidor, V Orateur du peuple de Fréron, le Thermidorien, qui donne le ton à l'opinion. Cette feuille est délaissée pour des journaux nombreux, brillants, souvent passionnés, dans lesquels écrivent des monarchistes de la valeur de Fontanes, La Harpe, Marlainville, Bertin de Vaux, Bertin d'Antilly, Lacretelle jeune, Michaud, Richer de Serisy, HofiTmann, Fiévée. Quelques-uns des muscadins de la jeunesse dorée se mettent à porter, non plus seulement l'habit « à la victime « qui était une protestation contre l'échafaud, mais l'habit gris à revers avec un collet vert ou noir, qui est l'uniforme des chouans et semble une protestation contre la république. Au mois d'avril, le bruit, alors inexact, se répand que la Convention va se dissoudre. Les passants se saluent dans les rues par ces mots : « Nous voilà quittes; ils s'en vont, les brigands^! » —

o Les gens, écrit à cette époque un témoin, sautillaient et caracolaient comme incapables de contenir leur satisfaction. On ne parlait de rien que du a petit « (le jeune Louis XVII) et des nouvelles élections; j'observai avec plaisir que tout le monde était d'accord pour exclure tous les députés actuels '. w Un rapport de police constate « que, le 12 juillet, au Théâtre des Arts, le passage de Phèdre^ où il est fait allusion aux princes malheureux qui ont été punis injustement, a été applaudi trois fois de suite et a produit un effet étonnant " . Dès le mois de mars, Reubell exprimait à la tribune ses inquiétudes : «Il faut, disait-il, que la Convention connaisse l'état actuel de Topinion à Paris. On dit beaucoup que le cri de : Vive la république! est entendu avec indifférence dans nos théâtres. En même temps, dans les rassemblements qui se forment chaque jour à la porte des bouchers et des boulangers, on insinue que cet état de disette durera tant que nous n'aurons pas la constitution de 1791. » En effet, ce n'est pas seulement dans la bourgeoisie que ce mouvement se produit; au moment des insurrections de prairial et de germinal, on entend sortir, du milieu même du peuple révolutionnaire, ce cri étrange : " Donnez-nous un roi et un morceau de pain ! m

Toutefois, en constatant ces symptômes d'un réveil royaliste, il faut se garder de les exagérer. Le sentiment A dominant est toujours le besoin de se débarrasser des Jacobins. On a plus Thorreur du régime révolutionnaire que le désir de rétablir le roi. « Les monarchistes euxmêmes, écrit Malletdu Pan, en août 1795, se défendent

- ' Un séjour en France de 1792 à 1795, p. 271.

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