NUMÉRO PREMIER
Lettre du général DAV XI ON LAVAYSSE , datée de Kingston le ier Octobre 1814, portant pour suscription : AS. E. le général HENRY", CHRISTOPHE , Chef suprême du Gouvernement du Nord de Hayti ; ainsi conçue :
GÉNÉRAL
Vous êtes informé de la mission importante dont j'ai eu l'honneur d'êtr» chargé auprès de V. E. , et en arrivant ici mon intention était de m'adresser simuitane'ment à V. E. et au général Pétion , car je ne suis pas venu , vous ne l'ignorez pas , comme messager de discorde , mais comme le précurseur de la paix et de la réconciliation.
Peu de jours après mon arrive'e ici , je payai le tribut au climat , ainsi que mon compagnon de voyage M. Dravermann , et je n'ai trouvé ici qu'un seul homme en qui j'aye pu placer ma confiance, pour m'aider de sa plume comme secrétaire.
Cependant j'ai communiqué avec des personnes estimables qu'on m'assura avoir votre confiance , et qui m'ont confirmé ce que la renommée m'avait déjà appris de vous.
Mais avant d'avoir l'honneur de communiquer directement avec Votr© Excellence , j'ai dû prendre les renseignemens les plus certains sur vous et suc tout ce qu'il importe au succès de ma mission de connaître; et je confesse, avec plaisir , à V. E. , que tout ce que je sais aujourd'hui, a beaucoup ajouté à mes espérances , et m'encourage à. vous parler avec la franchise d'un soldat, et avec l'intérêt que ne peuvent se refuser ceux qui ont suivi la carrière militaire.
Le Roi vertueux qui est enfin rendu à la France , ce Roi , également admirable par la fermeté et la bonté de son caractère , par l'étendue de ses lumières, et par le mépris qu'il professe pour tout préjugé illibéral, Louis XVIII a gémi plus que personne des mesures atroces qui furent employées contre le général Toussaint à la paix de 18 o>. Ce chef, loyal et éclairé , avait: avec la presque totalisé des habiians d'Hayti , pris les armes en faveur de la. cause royale. Il l'avait soutenue plusieurs années a vt-c énergie , et il avait rétabli Tordre et les cultures à Hayti , au point le plus étonnant. Mais lorsque l'Europe
entière fut courbée sous îe joug de Bonaparte , ÎI sentit qu'il fallait se soumettre à cet usurpateur reconnu. Aucun des actes du général Toussaint n'avait annoncé l'indépendance , cependant Bonaparte, soit pour sacrifier une partie des troupes (i) immenses qui l'embarrassaient à la paix , soit pour s'approprier des trésors imaginaires, envoya une armée à Saint-Domingue lorsqu'il ne devait y envoyer que des récompenses.
L'effet de cette barbare expédition fut une seconde destruction de la colonie et la perte du général Toussaint.
Le Roi regarderait cette perle irréparable , si Votre Excellence n'avait pas succédé à la puissance de cet homme célèbre: et convaincu que vous êtes parfaitement instruit de vos véritables intérêts; et de tout ce qui s'est passé en Europe; certain que le bonheur de votre pays , le vôtre propre , celui de votre famille , et de vos amis , servira de règle à vo re conduite , il n'a pas douté que Vous n'agissiez avec lui comme Toussaint eût agi s'il eût vécu.
Je viens donc, Général, par les ordres de cet auguste Souverain , vous porte? des paroles de satisfaction et de paix. Et lorsque du haut du trône le plusbrillanÊ de l' Europe il commande à une armée de cinq centsmilie hommes, il m'envoy© seul traiter avec vous de vos intérêts.
Nous ne sommes plus au temps de Bonaparte; tous les souverains de l'Europe s'étaient ligués pour faire tomber l'usurpateur, tous restent réunis , pour assurer la tranquillité de toutes les parties du monde. Dans ce moment vous voyez l'Angleterre punir, à i5©o lieues d'elle les Etats Unis de l'Amérique 9 qui avaient osé prêter leur appui à l'ennemi de l'ordre et du repos du monde : déjà îa capitale de ce nouvel empire a été livrée aux flammes ; déjà son chef est en fuite ; ce ne sera que lorsque ces mêmes Erats-Unis professeront les principes des souverains de l'Europe , que l'Angleterre cessera de les écraser du poids de ses veng ances terribles : ainsi tant qu'il y aura un point de l'univers où l'ordre re sera pas i é abii , les souverains alliés ne poseront pas les armes; ils resteront liés pojr achever leur grand ouvrage.
Si vous douez de celte vérité, Général, que Votre Excellence fasse consumer par ses agens , les dispositions de l'Angleterre, jadis l'ennemie de la France , aujourd'hui son plus fidèle allié; et ils vous attesteront ce que je viens de vous dire.
Général, si Bonaparte, avec une grande partie des forces de la France, a succombé sous la masse des forces des alliés ; qui peut aujourd'hui résister
( i) Presque toutes ces troupes avaient servi sous Moreau , à qui elles restaient for? auuciiées, mais les Généraux pétaient pour la plupart Uu parti de Bonaparte.
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