I .OOO
daumont . .
D’Antonio, suisse. .
8oo
Labesse .
Bonfilleul, — . .
8oo
Sens aîné, postillon
Patris, valet de pied
de daumont .
italien .
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Sens cadet, postillon
Paricto, valet de pied
de daumont .
italien .
6oo
Maez, postillon de
Orsini, valet de pied
daumont .
italien .
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Pinotti .
Orsenes, valet de pied
Le Comte .
italien .
6oo
Marchand,)
Léon, frotteur . . .
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. 7 Valets de
Galis, dit > , .
Raboti, — . . .
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Rouff . .1 chK-'nS'
Totin,chef de cuisine.
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Denis, garçon de
Quevali, contrôleur.
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garde robe .
Pirou, confiseur . .
Noverras, chasseur .
Lejeune, sommelier.
Alix, —
T itot, argentier, nom-
mé depuis Boulanger .
8oo
Extrait d'un article du Times sur Marie- Louise.
en court, il était destiné à aller avec sa famille peupler l’île de Sainte-Hélène.
L’agent, que j’entretiens à Livourne (1), m’écrit : « que ce n’est pas en Toscane qu’on fera des vœux contraires. Il a, dit-on, plus de partisans dans le reste de l’Italie, mais des partisans d’opinion et non d’action. Les Italiens sont trop riches et trop calculateurs pour songer sérieusement à prendre les armes et à faire ravager leur beau pays en faveur de qui que ce soit. Pendant qu’ils étaient sous le joug des Français, ils criaient contre leur domination et obéissaient. Alors, ils aimaient encore plus les Autrichiens qu’ils ne les détestent aujourd’hui ; cependant, pas un point de l’Italie ne se souleva en leur faveur, avant l’entière retraite des Français; ils n’en feraient, d’ailleurs, pas davantage, même si Bonaparte et Murat se réunissaient, sous prétexte de travailler au rêve de leur indépendance. Ils méprisaient trop les Napolitains pour les juger capables de chasser les Autrichiens et pour se fier à des espérances qu’on leur offrirait sous de tels étendards ! «
Un article du Times , que l’on me signale, contient le paragraphe suivant qui me semble présenter quelque intérêt : « On dit que l’archiduchesse Marie-
(t) Le chevalier Mariotti, consul de France.
« Louise, au moyen d’un divorce, va être arrachée à « cette honteuse liaison que les circonstances politi- « ques l’obligèrent à former avec l’aventurier corse.
« Nous avons été étonnés de ne pas voir cette mesure « adoptée depuis longtemps. Les grandes familles ré- « gnantes en Europe paraissent presque avoir oublié « la basse extraction de ces Bonaparte, race compara- « ble à nos comédiens ambulants. Il nous semble qu’à « Vienne on a manqué au respect dû à la nation fran- « çaise et à son souverain en permettant que les voice tures de Marie-Louise et de son enfant portassent « les armes de la France. Pour notre part, nous pen- « sons que le bambin devrait être envoyé à l’hospice « des enfants trouvés, ou bien à cette société philan- « tropique qui s’est chargée d’élever les enfants des « criminels fameux. Donner des armes à cet enfant, « c’est une absurdité complète. Le seul droit qu’il peut « avoir, et encore pourrait-on le contester, c’est de « porter les armes de la famille Buonaparte; or, ces « armes devraient être trois cordes en blanc et une « potence en noir. Il y a un peu moins d’absurdité à « proposer de faire un souverain d’Eugène Beauhar- « nais-, ce jeune homme est un sujet né de Louis XVI II « et, puisque les Alliés parlent de rétablir l’ancienne « loi de l’Europe, ils pourraient se rappeler que, « conformément à cette loi, le roi de France de- « vrait être consulté pour savoir s’il veut bien per-
« mettre à un de ses sujets de porter une couronne I »
Menées bonapartistes à Nantes.
3o Novembre 1814. — Ces jours derniers, il a été ramassé, dans un corridor du théâtre de Nantes, deux cartes sur lesquelles on répétait la fable de la descente de Bonaparte en Italie, avec un corps de troupes. Une vingtaine d’autres cartes semblables ont été trouvées, en paquet, dans un des coins sombres du théâtre et ont été aperçues par un des commissaires de police.
Il est évident que quelques individus sont, en ce moment, animés d’un esprit d’animosité contre le gouvernement. Depuis quelque temps, les preuves s'en multiplient à Nantes, mais le préfet me fait remarquer qu’elles portent un caractère de précaution et de lâcheté, car nul ne se compromet. Ce sont des lettres anonymes, des billets jetés durant la nuit, des propos dont on ne saurait trouver la source. Cependant, les autorités apportent dans leurs recherches des soins actifs et réels.
Ces manoeuvres ne peuvent pas donner des inquiétudes actuelles, je suis loin d’en concevoir. Ce n’est pas de cette manière obscure et timide que se préparent les révolutions. Les conspirateurs de 1792 ne cachaient pas leurs démarches; leurs projets étaient publics. L’autorité tremblait devant eux, et non pas eux devant l’autorité. Aujourd’hui, si l’on découvrait
un de ces coupables cachés, il subirait un jugement et sa peine ne trouverait pas un défenseur; bien plus, ses camarades de parti le désavoueraient !
C’est pour cela qu’il y a si peu d’audace dans ces témoignages de mauvaise opinion; mais, ils inquiètent et affligent singulièrement les bons citoyens. Le pire effet qui pourrait en résulter, serait de troubler la marche légale et assurée de l’autorité.
Néanmoins, je dois dire avec une profonde conviction que, d’après l’observation attentive d’une des plus grandes villes du royaume, le moindre acte arbitraire ferait un mal extrême. La classe haineuse n’est pas fort nombreuse; la classe méfiante est presque universelle. L’exacte justice, la stricte observation de la loi, rassurent les plus ombrageux; en s’écartant de cette ligne, on risquerait de donner pour alliés aux plus infâmes révolutionnaires une foule d’hommes qui n’ont, en ce moment, aucun rapport avec eux et on ferait, par là, craindre une réaction absurde. Les vanités se verraient d’avance blessées et humiliées, les acquéreurs de biens nationaux dépouillés, les militaires dédaignés.
Les nouvelles que je reçois de Lyon confirment cet état d’animosité contre le gouvernement actuel, car j’apprends que des perturbateurs, en sens inverse des ultra-royalistes, ont essayé quelques manœuvres. Une ode contre les Bourbons et en faveur
Même
état des esprits à Lyon.
Arrestation d’individus venant de File d’Elbe.
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de Bonaparte a circulé, manuscrite, dans la ville. L’un des commissaires de police s’en est procuré une copie et l’a remise au préfet, M. de Bondy. Il s’est aussi procuré une médaille de plomb que les bonapartistes portent à un cordon noir, en signe de ralliement. Cette médaille, de la dimension d’un petit écu, offre d’un côté l’effigie de Bonaparte avec cette légende . « Napoléon N, empereur des Français » et, de l’autre, un aigle couronné avec ces mots en exergue : « Il vint à Lyon le 20 germinal an i3 ». L’individu qui en était porteur sera interrogé; rien ne sera négligé, pour découvrir l’atelier où se frappent cesmédailles qui offrent tous les caractères d’une fabrication récente.
3 Décembre 1814. — J’ai fait arrêter quatre individus, arrivant de l’Ile d’Elbe à Paris, et débarqués à Saint-Tropez. Je les ai moi-même interrogés, ce matin, pour en tirer des renseignements propres à être rapprochés de ceux déjà recueillis. La déposition de la dame de Berlue a été très importante et mériterait la plus sérieuse attention, si cette femme ne m’avait paru une jeune intrigante dont les révélations sont, au moins, très suspectes de grande exagération, à en juger par le rôle qu’elle jouait à l’île d’Elbe où elle était maîtresse affichée d’un capitaine faisant partie de la garde de Bonaparte.
Je me suis bien fait expliquer, par elle, sa position
et je n’y ai rien aperçu qui dût donner à penser qu’elle eût été admise, par le plus rusé et le plus fourbe des hommes, à des confidences de projets qu’il aurait tant d’intérêt à cacher, s’il en roulait, réellement, dans sa pensée, la plus prochaine exécution.
Quelque scandaleuse qu’ait été la conduite privée de la princesse Borghèse, il n’est pas probable que Bonaparte ait voulu placer comme dame du palais, auprès d’elle, la concubine avouée d’un simple capitaine. Plus il connaissait la vie licencieuse de ses soeurs, plus il a toujours affecté de les entourer de femmes dont la réputation et le nom puissent cacher, autant que possible, ses honteux secrets de famille et, si on avait proposé un tel emploi à cette femme, il est très vraisemblable qu’elle l’eût accepté, puisqu’elle revient en France à peu près sans autre ressource que sa personne.
Je suis persuadé qu’un long repos est impossible à Bonaparte et, qu’après qu’il aura cessé de craindre le Congrès, il machinera quelque plan pour sortir de son île et pour troubler encore le monde. Mais, à Porto-Ferrajo, on lui attribue deux plans à peu près contradictoires : on parle de son armée, comme si l’on débarquait avec sept ou huit cents hommes, dont la plupart déserteraient dès qu’ils le pourraient. Et c’est ainsi qu’on prétend avoir pénétré l’horrible mystère des conseils secrets d’un homme qui, jugeant
des autres par la justice qu’il se rendait à lui-même, n’a jamais assez estimé personne pour avoir ni un confident ni un ami!
La dame de Berlue n’a-t-elle pas donné les chimères, dont on se repaît à Pile d’Elbe, pour des conceptions arrêtées qui, d’ailleurs, en cas de réalité, n’auraient été communiquées ni à elle, ni à son amant?
Quoi qu’il en soit, lorsqu’il s’agit de si graves intérêts, je n’ai rien voulu dissimuler au Roi, qui appréciera ces déclarations dont il est probable que la dame Berlue ne tardera pas à solliciter le salaire, par quelque voie plus ou moins détournée.
Les interrogatoires des autres personnes arrêtées contiennent des détails tout à fait différents, bien qu'ils viennent de personnes qui ont approché Bonaparte, plus que la dame de Berlue, et qui eusssent pu mieux pénétrer dans son cabinet et dans son intérieur.
Ce n’est pas là, cependant, une raison suffisante pour refuser toute créance aux dires de cette femme, mais c’est, du moins, un motif pour les accueillir avec une défiance que semble justifier aussi le caractère et le peu de moralité d’une femme qui cherche à se donner de l’importance et à colorer son retour du désir de rendre un service signalé.
Je joins, ci-après, les trois interrogatoires.
Interrogatoire de Madame de Berlue.
Le deux décembre mil huit cent quatorze, est comparue, devant nous, dame Jeanne-Marguerite Michel, épouse du sieur de Berlue, ingénieur en chef du cadastre en Piémont, détenue au département de la police, comme arrivant à Paris de Pile d’Elbe; laquelle, pour satisfaire aux interpellations que nous lui avons faites, a répondu par la déclaration suivante : Que ne voulant pas rester à Coni, en Piémont, lorsque les Français ont abandonné le département de la Stura, elle s’est rendue à Plie d’Elbe, conduite par des motifs qu’elle ne déclare point et qui n’avaient aucun trait à la politique ; qu’elle y est arrivée le 10 de mai et qu’elle en est sortie, le premier du mois dernier; que, durant son séjour, il lui a été fait la proposition de rester à Pile d’Elbe et même d’y remplir une place de dame du palais auprès de Pauline Bonaparte, mais qu’elle n’a pas voulu accepter, parce qu’elle conservait l’espoir de retour en France. Elle ne s’était fixée, momentanément, à PI le d’Elbe que pour y suivre de plus près les intérêts domestiques qu’elle avait laissés dans le Piémont; que, durant le séjour qu’elle a fait dans l’Ile, elle a été à portée, par ses liaisons, de pénétrer jusque dans l’intérieur des conseils de Bonaparte et
qu’elle a pu savoir qu’il cache, sous une apparente tranquillité, le dessein de reparaître bientôt en France. Les moyens qu’il devait employer consistaient, d’abord, à envoyer, dans chacun des départements de la France, un officier affidé qui chercherait à connaître ses partisans et à les rallier pour le moment décisif et que, ce moment arrivé, il débarquerait sur un point de la France avec son armée dont il cherchait, chaque jour, à augmenter le nombre et à perfectionner l’instruction; mais, ce projet, sans être absolument abandonné, avait fait place à un autre qui consiste à débarquer sur les côtes de la Ligurie et à y profiter de l’extrême mécontentement des Génois pour former un parti qui embrasserait bientôt la France. Ce double projet se prépare avec beaucoup de secret, mais ne tardera pas à être mis à exécution. La femme de Berlue a ajouté : qu’il y a apparence que Bonaparte est protégé par le général anglais Campbell et que, depuis trois semaines, M. de Colonna était envoyé sur le continent par Bonaparte pour une mission diplomatique; que les officiers qui ont suivi Bonaparte à File d’Elbe se flattent tous d’un prompt retour en France et ont dit à la déclarante qu’elle ne les y devancerait que de peu de jours; qu’il se peut que ces renseignements ne soient pas d’accord avec ceux qu’on reçoit de tout autre côté, mais que, par ses relations avec des per-
sonnes qui sont dans l’intimité de Napoléon, elle a été à portée d’être instruite plus particulièrement qu’un autre: qu’ainsi, elle a été à portée de savoir que, dans les conseils secrets, on faisait des vœux pour la mort du Roi; qu’il se peut même qu’on cherche à la préparer et qu’on ne peut veiller trop scrupuleusement sur les jours de S. M. ; qu’après avoir reçu de telles confidences, en sa qualité de Française et de sujette fidèle du Roi, elle n’avait pas cru pouvoir rester plus longtemps à l’Ile d’Elbe; qu’elle s’était rendue à Paris, uniquement pour nous fournir la présente déclaration qu’elle a affirmée véritable.
Examen fait des papiers de la déclarante, nous avons gardé quatre lettres datées de Porto-Ferrajo et nous lui avons remis les autres, dont le contenu lie pouvait intéresser le gouvernement.
Interrogatoire du Sieur Jean Pierre Charvet, ancien conservateur de la garde-robe de Bonaparte.
Est comparu, devant nous, Jean-Pierre Charvet, ancien conservateur de la garde-robe de Bonaparte, détenu à la police, comme venant de File d’Elbe; lequel nous a déclaré qu’il était parti pour Elle d’Elbe, au mois d’avril dernier, dans l’espérance qu’il y serait rejoint par le sieur Constant, premier valet de chambre de Bonaparte et qu’ils y trouveraient, l’un et l’autre, un sort assuré; mais que, le sieur Constant étant resté à Paris, le déclarant s’est trouvé seul à l’Ile d’Elbe, dont le climat lui a été si contraire que ce n’est que, depuis son retour sur le continent, que la fièvre l’a quitté. D’ailleurs, Bonaparte a fait, dans son intérieur, des réformes et supprimé la place qu’il y occupait et que c’est pour ces divers motifs qu’il a pris le parti de revenir à Paris où il avait laissé sa femme et deux enfants; il se propose même de s’y établir, en élevant un café ou quelque établissement de ce genre et demande à jouir des droits de tous les autres Français, qu’il n’a jamais perdus, en prenant l’engagement de ne pas entretenir de correspondance avec Elle d’ Elbe où il n’a laissé aucun parent .ni ami, se soumettant, d’ailleurs, à
LA FRANCE EN 1814. i73
toutes les exigences qu’on voudra exercer sur son compte.
Interrogé sur ce qui se passait à l’Ile d’Elbe, le déclarant a répondu que, sur six mois qu’il a passés dans Elle, il en est resté quatre au lit et que, par ces circonstances, il n’a pas été à portée de pénétrer dans la politique de Bonaparte. Néanmoins, autant qu’il a pu le remarquer, son armée consiste en cinq ou six cents hommes de garde et un régiment franc dont les cadres ne sont pas complets et dont le recrutement est difficile; que le lecture des journaux, venant de l’étranger, n’est permise qu’aux généraux Bertrand et Drouot et qu’il est à peu près interdit aux gens de la maison de parler politique. Il a ajouté que Bonaparte avait ordonné, au début, des travaux assez importants dans l’Ile, soit en constructions, soit en ouvertures de communications, mais, au’aujourd’hui, il paraît s’attacher à porter l’économie partout et qu’il est probable, au reste, que les Français, qui sont encore auprès de Napoléon, seront bientôt remplacés par des Italiens.
Interrogatoire du sieur Joseph Dorville de Mollant, ancien employé des écuries de Bonaparte.
Est comparu, devant nous, le sieur Joseph Dojville de Mollant, ancien employé des écuries de Bonaparte, détenu à l’hôtel de la police, comme venant de Elle d’Elbe, lequel a déclaré, qu’ayant été attaché aux écuries, à Paris, il était parti pour Elle d’Elbe dans l’espérance d’y continuer son service; mais, qu’arrivé dans Elle, ayant trouvé son service considérablement réduit, il a été nommé premier huissier de la chambre de Bonaparte et en a rempli les fonctions depuis six mois. Sa santé s’étant considérablement altérée, par l’influence du climat, les médecins lui ont ordonné de repasser sur le continent, ce qu’il a exécuté d’autant plus volontiers que Bonaparte semble avoir pris le parti de remplacer par des Corses et des Italiens, qui lui coûtent moins cher et qu’il croit plus fidèles, les Français qu’il a autour de lui.
Interrogé sur ce qu’il a vu et observé à Elle d’Elbe, il a répondu que la santé de Bonaparte était fort bonne, que seulement il tendait à l’excès d’embonpoint; qu’il écrivait peu et était occupé, du matin au soir, à des constructions de maisons et des ouvertures de chemins; qu’il avait, à peu près, perdu l’habitude
de monter à cheval et qu’il allait à pied ou en calèche.
Il a ajouté que Napoléon tenait cercle, deux et trois fois la semaine; les principaux habitants de l’Ile et leurs épouses, réunis à ses quatre chambellans et autres officiers, composaient ce cercle qui, dans les grands jours, s’étendait jusqu’à vingt-cinq à trente personnes, parmi lesquelles on comptait beaucoup moins d’hommes que de femmes. Quant aux troupes, elles consistaient en cinq à six cents hommes de la garde, tant infanterie que cavalerie, et en un régiment, formé de deux bataillons, l’un corse et l’autre italien, mais que ces bataillons ne pouvaient arriver à se compléter.
Enfin, le dit Dorville a dit qu’il n’a point entendu parler, dans l’intérieur de File, de l’espoir d’un retour en France et d’aucune démarche pour y arriver, car il croit qu’on a reçu, quelquefois, au Palais, des lettres de France contenant quelques projets de ce genre, mais que Bonaparte, à qui on en parlait, répondait que cela n’avait pas le sens commun.
7 Décembre 1814. — J’ai déjà eu l’honneur de Active
propagande
parler à S. M., dans un de mes précédents rapports, ^ona^partîsde la mise en circulation, à Lyon, de médailles à tes' l’effigie de Bonaparte. On vient de découvrir le fabricant et le vendeur de ces emblèmes : ils habitaient, tous deux, dans cette ville.
Deux cordonniers, Jean Pasquet, de Saint-Girons (Ardèche) et Paul Colciagho, d’Ergano, en Italie, arrêtés comme porteurs de ces médailles, ont déclaré les avoir achetées d’un nommé Claude Milleret, de Lyon, garçon épicier, lequel les leur avait vendues trois sols la pièce en les engageant à lui procurer des acheteurs, disant qu’il savait où en trouver d’autres, quand il aurait épuisé celles qu’il avait. Il leur en montra une trentaine.
Milleret fut arrêté et trouvé encore muni de quatre médailles. Il prétendit, d’abord, les avoir achetées, avec une vingtaine d’autres, à un colporteur inconnu, sans autre intention que celle d’un petit bénéfice en les revendant. Mais, après vingt-quatre heures de secret, il a avoué que des buandières, venant tous les matins boire de l’eau-de-vie dans sa boutique, portaient à leur cou ces médailles attachées à des cordons noirs. L’une d’elles lui en ayant donné une, il y a environ deux mois, il la remit, pour modèle, au sieur Antoine Buisson, fondeur, qui, huit jours après, lui en apporta six douzaines au prix de cinq francs. C’est, dit-il, tout ce qu’il en a fait fabriquer, parce qu’il avait eu assez de peine à placer celles-là. Il a assuré n’avoir été mû par aucune instigation étrangère. Néanmoins, beaucoup d’ouvriers qui venaient, le matin, à sa boutique, ayant manifesté le désir d’avoir des médailles semblables, il s’était flatté de l’espoir
d’un grand débit. Puis, il avait eu aussi l’idée de spéculer sur des bustes de Bonaparte, en plâtre bronzé; mais il y avait renoncé à cause du prix élevé qu’on avait voulu les lui vendre.
Le sieur Buisson a déclaré, à son tour, qu’il avait, en effet, coulé six douzaines de médailles pour Milleret, dans un ancien moule fait lors du passage de Bonaparte à Lyon, lorsqu’il allait se faire couronner en Italie. D’ailleurs, il n’en avait pas fabriqué davantage, pensant que cela pourrait le compromettre.
Ainsi, les frères Favres, quincailliers de Saint- Étienne, lui en ayant demandé six douzaines, il leur avait répondu qu’il avait détruit le moule pour en faire un autre; celui qu’il a montré devait servir à faire des croix de fleurs de Lys.
Tous ces individus ont été traduits devant la justice ; les uns ont reçu l’ordre de réintégrer, au plus tôt, leurs communes respectives, les autres ont été sévèrement admonestés; Milleret, seul, a été mis à la disposition du préfet.
J’ai fait arrêter, aussi, avant-hier, à Rouen, un nommé Polliard qui vendait des cannes à épée, dont les pommes étaient tournées de manière à offrir le profil très ressemblant de Bonaparte , lorsqu'on mettait la main dessus, d’une certaine façon. J’avais ordonné des perquisitions exactes, dans sa boutique, en vertu d’un mandat délivré par M. le Procureur
Nouvelles transmises par un agent à 111e d'Elbe.
du Roi. On y a trouvé dix de ces cannes, huit pommes de cannes en corne noire, sept boutons de cuivre portant des Aigles ou des N, surmontés d’une couronne, et dix-huit boîtes, en buis, avec le portrait de Bonaparte.
On a remarqué, dans les papiers saisis chez Polliard, l’adresse de deux de ses correspondants qui demeurent à Paris-, l’un se nomme Maillet, fabricant de cannes, rue Grenéta; l’autre, appelé Houel, habite rue Jean-Pain-Mollet.
Les procès-verbaux et les pièces à conviction ont été remis à M. le Procureur du Roi pour commencer la procédure. Elle pourra fournir quelques données sur le motif qui a fait agir le sieur Polliard et sur le but que se proposaient ceux qui achetaient ces emblèmes qui, ainsi qu’on me l’assure, pouvaient être un signe de ralliement en faveur de Bonaparte.
i3 Décembre 1814. — J’ai reçu, hier, un rapport qui m’est adressé de l’Ile d’Elbe et d’où il résulte que rien n’est changé, jusqu’ici, à la position de Bonaparte- sa mère et sa sœur Pauline y sont sa principale société.
Quatre bricks anglais sont arrivés, ces jours-ci. Ils ont sondé la rade et le port de Forto-Ferrajo, sans qu’on ait cherché à les empêcher; ils doivent être, dit-on, suivis sous peu de quatre bâtiments de leur
nation. On se demande ce qu’ils veulent et comment ils affichent ainsi, en sondant un port militaire, des intentions qui doivent être très suspectes à Bonaparte. S’agirait-il pour lui de céder l’Ile aux Anglais? Que lui donneraient-ils en échange? Était-il question de quelque coup de main contre lui ou de quelque enlèvement? En tout cas, il ne serait pas prudent de lui donner ainsi l’éveil, puisqu’il pourrait se mettre, au moins pour quelque temps, en défense dans la ville de Porto-Ferrajo, qui serait fort difficile à prendre.
On ne conçoit rien à tout cela, lorsqu’on raisonne Les soldats de la garde disent bien qu’on ne tardera pas à s’emparer de Bonaparte et à l’emmener-, mais, bien qu’ils parlent beaucoup, au fond ils ne savent rien et ne sont dans aucun secret.
En attendant que l’énigme de sa position se devine, d’après les résultats du Congrès de Vienne, Bonaparte a fait beaucoup de provisions et a acheté une grande quantité de blé, parce que l’Ile n’en produit pas. Est-ce pour nourrir les habitants, ou pour approvisionner ses forts? Nul ne peut le prévoir. Aussi bien, il s’arrange comme s’il comptait rester dans l’Ile-, il a récemment acheté le terrain qui s’étend jusqu’à des salines, à la sortie de la ville, et il a l’intention d’y faire construire un faubourg, car il donne le terrain à ceux qui s’engagent à y bâtir.
Bulletin de Paris.
Il a fait, aussi, dresser le plan d’une fontaine, sur la place d’armes, et il fait faire le devis de quelques autres embellissements pour la ville.
Un soulèvement a éclaté à Capoliveri, village situé à quatre milles de Porto-Ferrajo; les habitants ont refusé de payer les contributions et ont chassé la gendarmerie qui, pour l’Ile entière, n’est que de 64 hommes. Bonaparte a dû y envoyer ses grenadiers et la moitié de ses lanciers. Il les a placés, pendant dix jours, à discrétion, chez les habitants, pour les punir; puis, il a fait arrêter deux prêtres, accusés d’avoir excité le désordre.
17 Décembre 1814. — Depuis que le Congrès ne nous permet plus de nous tourmenter et de supposer des chances de guerre au dehors, les esprits inquiets se sont mis à craindre notre situation intérieure et à exagérer quelques mouvements locaux qui tiennent à des levées de troupes dont la fin approche et dont, peut-être, le besoin n’existera pas longtemps.
Je ne sais pourquoi on a songé, aujourd’hui, à Bonaparte, à la Bourse; il fallait qu’il y eût stérilité de nouvelles. On y a, d’ailleurs, suppléé par l’absurdité, puisque l’on s’amusait à le créer généralissime des armées autrichiennes, pour démembrer la Turquie et y trouver, dans quelque coin, un territoire qu’il pût échanger contre son Ile d’Elbe.
D’autres prenaient le parti bien plus simple et plus utile au monde de le tuer d’une fluxion de poitrine.
On était encore moins d’accord sur Murat et sur son avenir; on ne concevait pas ce qu’il fait d’une si considérable et si coûteuse armée sur pied, lorsqu’il se prétend sûr de l'alliance avec l’Autriche. A qui, dans ce cas, en veut-il puisqu’il ne peut avoir à redouter, en Italie, d’autres troupes que les troupes autrichiennes? Enfin, comment se fait-il, maintenant que la fin du Congrès éloigne toutes les probabilités de guerre prochaine, que l’Autriche laisse Murat toujours sur le pied de guerre et semblant menacer sa suprématie, dans un pays où elle veut dominer en souveraine?
Ces énigmes politiques ne peuvent plus tarder à s’expliquer.
i3 Décembre 1814. — La popularité dont jouit le Roi est immense; tous les coeurs et tous les vœux des hommes sensés et raisonnables se rallient chaque jour davantage autour de lui. Les mauvais, euxmêmes, croient au besoin de sa généreuse modération et de sa main protectrice, pour les préserver contre les ressentiments et les vengeances des plus ardents de leurs ennemis.
J'ose pouvoir garantir à S. M. l’accueil le plus
Grande popularité du Roi
Nouvelle de l’assassinat de Bonaparte.
Le general Exelmans.
digne d’elle et ma profonde conviction est que, si Elle allait au théâtre Elle y serait autant en sûreté que dans son Palais. Mais, cette certitude n’empêchera pas l’emploi discret de tous les moyens de sûreté que la prudence commande.
Le bruit s’est tout à coup répandu, aujourd’hui, que Bonaparte avait été assassiné à P I le d’Elbe; il aurait reçu 4 ou 5 coups de poignard dans le dos, mais ne serait pas mort.
Il est possible que ce bruit, dont on n’indique pas la source, vienne des partisans mêmes de Bonaparte et que ce soit une ruse destinée à réveiller l’intérêt qu’ils voient se refroidir, chaque jour, pour leur idole. Us ont cessé d’espérer obtenir quelque chose pour lui du Congrès de Vienne et la question, maintenant, se réduit tout au plus à savoir si on le laissera dans son Ile. Ses fidèles n’osent le croire, tant ils sentent que l’intérêt de l’Europe commande d’en éloigner, à jamais, celui qui en a été si longtemps le fléau et auquel le repos sera si difficile après le bonheur qu’il trouvait à tout bouleverser et ruiner.
Le général Exelmans a reçu de M. le maréchal Soult l’ordre de quitter Paris. Il n’est point encore parti, mais il ne paraît pas que ce retard tienne à aucune idée de résistance. On assure qu’en raison de la maladie de sa femme et de son état de grossesse, il sollicite un délai de quelques jours au moins, et
qu’il se flatte de l’obtenir du Roi, par l’intermédiaire même de M. le ministre de la Guerre.
Quelle que soit la décision de S. M., cette leçon produira un utile effet, en montrant dans une attitude suppliante celui-là même qui avait l’air de menacer, il y a quelques jours, et qui semblait être l’un des coryphées des mécontents militaires.
Le duc de Rovigo est, depuis hier, arrivé à Paris, venant de sa terre de Nainville, avec sa femme. Il m’a écrit, aujourd’hui, pour me demander une audience. Je la lui accorderai, ne fût-ce que pour avoir une occasion de démêler ses dispositions actuelles et savoir ce qui l’amène. On dit qu’il est, de sa nature, indiscret et vantard-, aussi, s’il a des secrets, il pourra en laisser échapper quelques-uns, dans l’abandon de la conversation.
Le duc d’Otrante est à Paris, depuis plusieurs jours; il paraît que la peur l’a pris, par suite de la manière dont l’opinion générale s'est prononcée contre les votants. Il annonce l’intention de vendre ses biens et de se retirer en Angleterre, avec ses enfants; mais il voudrait, dit-il, obtenir du Roi une autorisation formelle, pour ne pas courir risque d’être inquiété en pays étranger.
Le fameux abbé Siéyès, qu’on prétendait être en Suisse, n’a quitté Paris que pour aller passer quelques semaines à sa campagne de Marly. Il demeure
Le duc de Rovigo.
Le d uc d'Otrante.
L’abbé
Siéyès.
Placards séditieux apposés dans les départements.
rue de la Monnaie, dans une sorte de solitude, avec une dame Rousseau qui passe pour être, depuis longtemps, son amie. Il ne sort presque jamais et reçoit très peu de monde; sa grande occupation est, dit-on, le jeu des échecs.
J’ai eu occasion de voir, aujourd’hui, M. de Saint-Aignan; j’en ai profité pour le sonder sur l’époque du retour, qu’on m’avait dit être prochain, de M. de Caulaincourt, son beau-frère. Il paraît croire que ce dernier ne songe pas à quitter sa terre de Picardie, avant le mois de février et que, s’il revient alors, ce sera pour la santé de sa femme.
Je prendrai, dans l’occasion, les ordres du Roi, à son sujet, suivant les circonstances. J’estime, en effet, qu'en matière de police, le bien et le mal sont, pour ainsi dire, mobiles et variables. Ce qui serait dangereux, aujourd’hui, ne le sera peut-être plus dans un mois; chaque jour a sa règle et sa loi.
20 Décembre 1814. — Des faits qui me sont signalés me démontrent qu’il se manifeste un mauvais esprit dans la Meurthe; ainsi, à Blamont, petite ville de ce département, on a placardé, il y a peu de jours, un écrit séditieux conçu en ces termes : « Français; réveillez- vous! Il en est temps, car Napoléon s’éveille! Tous ces fameux royalistes vont être culbutés ».
La gendarmerie qui est, à peu près, la seule autorité active, parce que, dans cette région, les maires ne sont guère occupés que de leurs intérêts, surveille particulièrement cinq à six individus qui paraissent exercer sur les habitants une influence dangereuse ; de ce nombre est le curé lui-même.
D’un autre côté, un de ces événements, qu’on a peine à s’expliquer, quand on les apprend, et qui prouvent combien tout ce qui surprend ou étonne la foule est facile à exécuter impunément, s’est produit à Nancy, dans la soirée du 6 de ce mois. Il y est entré, par la porte de Lunéville, un char attelé de quatre chevaux sur lequel se trouvaient cinq individus qui criaient à tue tête : « Vive Bonaparte! A bas la famille des Bourbons! » Cette voiture a ainsi rapidement parcouru le faubourg et une partie de la ville, suivie d’une multitude considérable. Elle est repartie du même train, sans que l’on ait songé à l’arrêter ni même à découvrir par quelle porte elle était sortie, ni quels individus s’y trouvaient!
Les recherches se poursuivent avec activité et avec une sorte de .curiosité qui tient à la bizarrerie du fait en lui-même.
Le lendemain, un militaire, rejoignant son corps, s’est permis les mêmes acclamations en traversant la ville; il a été, sur-le-champ, arrêté par la gendarmerie.
Nouvelles de Schœnbrunn.
27 Décembre 1814. — Le sieur de Vieille, récemment arrivé de Schœnbrunn, où il était chef des valets de pied de Marie-Thérèse, a été arrêté ce matin, d'après mes ordres. On n'a trouvé de papiers ni chez lui ni sur lui; il nie même en avoir apporté et prétend que tout ce qu’il a insinué à l’agent secret placé auprès de lui n’était qu’une sorte de forfanterie et un moyen de se donner de l’importance. Au reste, l’interrogatoire qu’on lui fait subir fixera les idées à cet égard; mais, en attendant, on a tiré de lui quelques détails qui ne sont pas sans importance et sans intérêt.
Il avoue être venu de Vienne, jusqu’à Strasbourg, en poste et, de Strasbourg à Paris, par le courrier de la malle. Cette manière de voyager avec tant de rapi dité est remarquable de la part d’un homme qui se dit maintenant sans place et qui assure avoir volontairement quitté celle qu’il occupait.
Il a laissé l’Archiduchesse au château de Schœnbrunn, où elle résidait habituellement avec son fils. Il était question, d’ailleurs, de son prochain départ pour Parme et elle le désirait vivement, soit pour jouir de plus d’indépendance personnelle, soit pour se rapprocher de son mari avec lequel les communications seraient alors plus faciles, en raison de la proximité.
Le sieur de Vieille déclare avoir vu à Schœnbrunn deux courriers venus de l’Ile d’Elbe; l’un
était un officier français, l’autre un officier polonais. Rien ne transpirait sur ce qu’ils avaient apporté. Il prétend, aussi, avoir été présent à la première entrevue de l’empereur de Russie et de Marie-Louise. L’entretien dura une demi-heure et l’on y remarqua beaucoup de politesse, d’une part, et de sensibilité de l’autre. L’empereur Alexandre est revenu ensuite, plusieurs fois, tout seul et il s’est fait amener l’enfant auquel il a affecté de témoigner de l’intérêt.
Le roi de Prusse est bien moins galant pour l'Archiduchesse et il n’a pas même voulu voir l’enfant. L’archiduc Charles (1), au contraire, montre à Marie-Louise une affection toute particulière, qu’il semble reporter, également, sur son fils.
L’empereur d’Autriche, après avoir commencé par marquer de la froideur pour son petit-fils, lui donne aujourd’hui de fréquents témoignages d’attachement. L’orgueil de la maison d’Autriche ne pouvant s’abaisser jusqu’à prodiguer ainsi les caresses et les distinctions à un enfant qui ne lui rappelle que d’anciennes calamités publiques et une véritable tache de famille, il faut en conclure qu’elle doit être dirigée par des calculs éventuels ou par des espérances d'avenir. Aussi ne cesse-t-on, autour de Marie-Louise,
(1) François-Charles-Joscph, né en 1802, père de l’empereur d’Autriche actuel.
i88 ROYAUTÉ OU EMPIRE.
de vanter l’esprit précoce et l’amabilité du jeune et étrange archiduc! On a, il est vrai, défendu à ceux qui l’approchent de le qualifier de « Roi de Rome »; mais cette prohibition a été faite du ton qui permet, sans inconvénient, la désobéissance. On continue, du moins, à l’appeler « Majesté ».
Ce qui n’est pas moins remarquable, c’est que Marie-Louise, qui ne devrait plus rien avoir de commun avec la France, conserve au sein de l’Allemagne un entourage presque exclusivement composé de Français. Ainsi, Mmo la CteSB0 de Montesquiou est gouvernante de l’enfant; Mmc de Brignoles est dame d’honneur de l’archiduchesse et le Mis de Beausset, grand-maréchal du Palais. M. le Bnn de Meneval est secrétaire des commandements; le chevalier de Baloist, intendant général de la maison; Mme Hurault de Sorbée est lectrice et son mari remplit les fonctions de maréchal des logis; enfin M. Hérault est médecin et son épouse sous-gouvernante ; la première femme de chambre est une dame Rabusson.
A ces détails, le sieur de Vieille ajoute qu’il y a environ deux mois M. le M1- de Cavanac, officier français au service de l’Autriche, est parti de Vienne pour Paris et qu’il s’est chargé d’un grand nombre de lettres de Mrao de Brignoles et de M. de Beausset pour leurs parents et amis. Cette facilité de com-
munications avec la France, de la part de personnes qui sont dans une si bizarre position, envers leur pays d’origine, n’est peut-être pas une des conséquences les moins fâcheuses de la convention de Fontainebleau et dont le Congrès ne tardera pas à •'occuper, ne fut-ce que pour en épargner la nécessité au Roi qui n’y a jamais accédé.
28 Décembre 1814. — L’agent secret que j’ai à Livourne, pour surveiller l’Ile d’Elbe, m’écrit que Bonaparte y continue le même genre de vie, faisant sa principale société de sa mère, de sa sœur et d’une C,ossc de Roanne (1) qui paraît être venue avec des prétentions sur son cœur, au risque d’exciter la jalousie de la princesse Borghèse.
Mmo Bertrand a perdu le fils dont elle était récemment accouchée et en est désespérée, au point de faire craindre pour ses propres jours.
Les quatre bricks anglais, dont la station devant Porto-Ferrajo avait donné lieu à beaucoup de conjectures, ont disparu et il n’y reste plus qu’une corvette de la même nation, celle sur laquelle est arrivé de Gênes, depuis peu, lord Campbell.
La princesse Borghèse caresse beaucoup la garde de Bonaparte et a donné une gratification de 40 sols
Nouvelles del'Ile d’Elbe.
(1) Ou de Rohan.
par homme, le jour d’une revue à laquelle elle avait assisté. Afin d’arrêter les progrès de la désertion qui se manifestent dans cette troupe, on a recours à mille fables et on lui promet, sous peu, un meilleur sort, mais sans rien spécifier sur la nature de ce prétendu changement.
Le roman du mariage de Marie-Louise avec le roi de Prusse a, d’abord, vivement tourmenté Bonaparte; il en parut si furieux que sa mère seule osa l’approcher pendant un jour entier. Mais, le lendemain, il reçut de Vienne des lettres qui le rassurèrent et il fit mettre le démenti de cette nouvelle à l’ordre du jour de sa garde.
Il débarque, dans l’Ile, beaucoup moins d’étrangers qu’auparavant ; mais, en échange on y fait une grande importation de fables absurdes sur ce qui se passe en France. La dernière nouvelle apportée, par exemple, à Porto-Ferrajo , était que la Normandie venait de se soulever, que des troupes avaient été envoyées contre les rebelles, qu’elles avaient passé de leur côté et que la France entière redemandait Bonaparte.