‹ Royer-CollardChapitre 24 sur 26 · LA REVOLUTION DE JUILLET · texte numérisé non relu

LA REVOLUTION DE JUILLET

La nomination de Royer-Gollard à la présidence de la Chambre, que le roi Charles X avait signée sans beaucoup d'hésitation, et en y mettant même cette sorte de bonne grâce qui lui était naturelle et qui ne laissait pas de faire illusion sur le fond vrai de ses opinions et de ses projets, causa dans le pays la plus vive satisfaction. On croyait encore au succès possible d'une réconciliation sincère entre les deux partis qui se divisaient la France; on désirait, tout au moins dans le monde politique, la transaction dont on avait tant de fois parlé, et personne plus que Royer-Collard ne paraissait avoir qualité et autorité pour en trouver les termes et la faire accepter. Dans ses fonctions de président, au cours de la longue session de 1828, il s'appliqua, du haut du fauteuil, à tenir la balance égale entre les diverses fractions de la Chambre. « Il se montra, dit son biographe. M. de Barante, tout autre qu'on ne l'avait

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connu; il n appartenait à aucun parti; il ne manifestait aucune opinion; il était indépendant des ministres, étranger aux projets de lois qu'ils présentaient, mais il veillait à ce qu'il ne se formât aucune cabale pour dissoudre le cabinet (celui qui avait été formé a])rès les relations et dont M. de Martignac était le personnage principal] dont il croyait la conservation indispensable au salut de la monarchie; ses conseils, qui lui étaient fort demandés, contribuaient à maintenir la majorité; parmi ses collègues, les orateurs les plus passionnés de la Droite ou de la Gauche lui communiquaient leurs discours; avec le roi Charles X il était respectueux sans servilité et dévoué sans aveuglement; le roi prenait même plaisir à converser avec lui, il aimait sa franchise, qui ne manquait jamais de mesure ^ »

1, En voici un exemple : un jour, conversant avec Roycr» Collard d'une poursuite judiciaire exercée contre un assez triste personnage, M. de Maubreuil, déjà condamné pour de graves délits et qui se vantait d'avoir reçu en 18141a mission criminelle de se défaire à tout prix de Napoléon, Charles X lui dit : « Quand on a conspiré, on a été nécessairement en rapport avec des aventuriers et des intrigants : c'est un souvenir déplaisant. Vous avez dû. vous en apercevoir, monsieur Royer-Collard, car, vous aussi, vous avez conspiré. — Sire, répondit Royer-Collard, je n'ai jamais conspiré qu'avec d'honnêtes gens. »

Royer-Collard ne se défendait pas davoir travaillé avec son parti et pour son parti. Il disait un jour très noblement à la tribune : « Nous n'avons pas toujours cherché les règles de nos actions dans la loi, mais dans nos consciences ; nous avons obéi à Dieu plutôt qu'aux hommes. Nous serons encore fidèles à nos consciences , car nous sommes les mêmes hommes qui ont fabriqué des passeports et rendu peut-être de faux témoignages pour sauver des vies innocentes. "

Bien que Royer-Collard ait dit une autre fois que « 1 hy-

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Hors de la Chambre, on se plaisait à voir dans l'une des premières places de l'Etat cette sorte « de précepteur national, comme disait Ph. Darairon, ce moraliste public aux discours duquel tout le pays avait foi comme aux leçons d'un sage selon son cœur et d'un élu de ses vœux ». « Nous devons nous féliciter, ajoutait-il, plus que d'autres encore, nous, amis de la philosophie, de voir un de ses principaux représentants dans notre siècle investi de cette magistrature de conscience qui confère de si beaux droits à celui qui l'exerce. »

C'étaient là des illusions généreuses et qui se payaient d'apparences. Doit-on penser que Royer- Collard, avec sa clairvoyante expérience, les a toutes partagées? Le ministère Martignac ne dura point assez pour prendre les mesures qui auraient empêché le conflit; il n'avait pas la confiance du roi, tout à ses pensées de derrière la tête et qui ne voulait, à aucun prix, en abdiquant la prérogative royale, consentir à être le roi de la Charte dont il avait juré le maintien. — A vrai dire, le cabinet vivait sans majorité constituée dans la Chambre, où les partis étaient plus ardents et plus irréconciliables que jamais. En dépit des talents aimables et de l'incontestable bonne volonté de son chef, le ministère était à la merci du premier coup de vent parlementaire. Royer-Collard ne désespérait point, mais il voyait la royauté perdre chaque jour du terrain et marcher d'un pas aveugle vers sa ruine, alors que la France,

pocrisie est la vertu des partis », ce mal hideux n'avait pas encore envahi tout le monde politique.

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animée d une loi invincil)le dans ses destinées, prenait chaque jour, avec une plus entière conscience de ses droits, une confiance plus grande dans le triomphe final de sa volonté. On a remarqué en effet, avec beaucoup de sagacité, que les années qui ont précédé la révolution de 1830 ressemblent fort à celles qui ont précédé la révolution de 1789 : c'est le même esprit, la même unanimité, la même force toute-puissante de l'opinion. Se sentant menacée d'un retour offensif de l'ancien régime, la France, à quarante ans d'intervalle, se trouva telle qu'elle était à la veille de le détruire. Aucune transaction n'était possible, parce que, de part et d'autre, on ne voulait rien céder. Charles X, roi d'ancien régime, tenait à sa foi politique comme à sa foi religieuse : c'était pour lui une affaire de conscience, soigneusement entretenue dans son âme par des conseillers qui, sans avoir son esprit et sa bonté, l'excitaient dans ses préjugés et ses prétentions. D'autre part, la France se montrait de plus en plus résolue à mettre audessus de tout le principe de sa propre souveraineté, et prête à livrer combat, s'il le fallait, pour en assurer la victoire. Ce principe de la souveraineté, c'est en vain que Royer-Gollard l'avait nié aussi bien dans le roi que dans la nation. Mais cette vue théorique ne pouvait prévaloir et l'emporter sur les faits qui dominent tout en politique, surtout aux heures de crise. C'était sur la souveraineté de la raison qu'était fondé le compromis entre la légitimité et la Charte, ce compromis qui devait tout sauver. Aussi longtemps que vécut Louis XVIII, avec la pleine possession de ses facultés, on put espérer une concilia*

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