‹ Rubens et l'ećole d'AnversChapitre 18 sur 58 · ACTE DE BAPTEME · texte numérisé non relu

ACTE DE BAPTEME

15 décembre 1610. Meester David \ / Juliaen

^^"^^^ ( David ) Thesnieilufl'rou Dimpna i i Iflrou Maria

Cornelis de Wilde J \ Janssens.

LES TROIS TENIER6. 28 ï

la peinture. Ce fut pour lui un avantage que cette précoce étude: le travail du pinceau lui devint si familier que plus tard il le mania, pour ainsi dire, par instinct. Nul doute que cela n'ait contribué à lui rendre la main prompte et légère. Rubens acheva de former son talent. Il existe de lui plusieurs morceaux, qui attestent une imitation évidente des productions religieuses et historiques de Pierre-Paul. Telle est une Sainte Famille, que possède la galerie de Schleissheim : elle manque toutefois de sérieux et d'élévation, le génie du peintre ne s'accommodant guère de pareilles données. Une suite d'images, qui retracent la vie de la mère du Christ et sont appendues contre les murailles du même château, rappellent aussi la manière de Rubens, mais déplaisent par leur expression maussade et pénible. On voit encore à Vienne, dans la galerie impériale, quelques épisodes religieux, si vulgairement traités que les personnages semblent sortir du cabaret ^

<( Lorsqu'il a voulu peindre l'histoire, dit l'abbé Dubos, il est demeuré au-dessous du médiocre. On reconnaît d'abord les pastiches qu'il a faits en très- grand nombre, h la bassesse comme à la stupidité des airs de tête des principaux personnages. On voit h Bruxelles, dans la galerie du prince de la ïour, de grands tableaux d'histoire, faits pour servir de cartons à une tenture de tapisserie, qui représente l'histoire des Tiirriani de Lombardie, dont descend la maison de la Tour-Taxis. Les premiers tableaux sont de Teniers, qui lit achever les autres par son fils. Rien n'est plus médiocre pour la composition et l'expression ^. »

• Kugler, Handbuch der Geschichte der Malcrel, tome 11, page 191. - Réflexions critiques sur la Poésie et la Pein ture , tome II, page 74.

Je dois dire néanmoins que j'ai vu à Anvers , chez M. Wuyts, une toile qui ne mérite pas un jugement aussi sévère. Elle représente Persée et Andromède. L'aimable fille est, selon l'usage, attachée toute nue au bord des flots incorruptibles. Le peintre a su lui donner des formes charmantes et les revêtir de la plus agréable (îouleur. Persée, muni de talonnières et portant im casque garni d'ailerons, plane au-dessus du monstre qu'il va tuer. On conçoit très-bien qu'il désire sauver la jeune victime, dont rien ne lui cache les gracieux contours et l'attrayante carnation. Le rocher, les arbres qui le surmontent, la mer elle ciel sont exécutés d'une main légère et se distinguent par une grande vérité. On lit d'ailleurs sur le tableau la signature du maître, que les spéculateurs n'auraient point apposée à une œuvre si différente de ses travaux habituels.

Toute réflexion faite, les jugements de Rugler et de l'abbé Dubos me semblent d'une exagération qui avoisine l'erreur. Achille reconnu par Ulysse, tableau que possédait autrefois le comte de Choiseul et que Lebas a gravé, est certainement une œuvre du meilleur goût. On ne saurait voir de plus charmantes créatures que la princesse Deïdamie et les femmes qui l'entourent. Leurs types, les proportions de leurs corps, leurs attitudes, leurs belles draperies ne laissent rien à désirer. Il y a dans le jeune héros un mélange de grâce féminine et de virilité naissante, qui est fort bien rendu. Un superbe portique se dresse derrière les personnages, un beau jardin forme la perspective. C'est la manière de Rubens, mais devenue plus élégante et illuminée d'un reflet poétique. David a encore imité heureusement son chef d'atelier dans le saint George vainqueur du

dragon, qui appartenait jadis au prince Charles de Lorraine, et dans son morceau représentant Latone vengée. La mère et les enfants prouvent que Teniers aurait fait de la grande peinture, s'il l'avait voulu.

Suivant Rubens d'un pas ferme, lorsqu'il abordait les hautes régions de Fart , Teniers devait s'approprier encore mieux ses ressources, lorsqu'il exécutait des tableaux de genre. Les kermesses, les paysages, les esquisses de Pierre-Paul lui ont servi de modèles. Ce sont les mêmes tons, les mêmes finesses de pinceau, la même légèreté de touche. Certaines ébauches, que le fameux Anversois traçait d'une main impatiente, nous étonnent par les déhcatesses du coloris. A peine effleurait-il la toile : caprices, rêves de son imagination qu'il désirait fixer, il ne voulait pas s'en occuper plus longtemps que ne le méritent des fantaisies. Son prodigieux talent s'y révèle néanmoins : peu d'artistes seraient capables de déployer à nos yeux ces vapeurs d'or, ces brumes splendides où se réfléchissent toutes les nuances de l'automne. Eh bien ! elles ont excité la convoitise de David; il ne s'est pas donné de repos qu'il n'eût dérobé le secret de son maître , rendu sa couleur transparente et en quelque sorte fluide. On croirait voir tantôt la brillante atmosphère du soir, après le coucher du soleil, et tantôt le brouillaid nocturne qu'argenté l'astre des nuits.

Deux tableaux qui ornent le Louvre constatent la similitude parfaite des œuvres de Teniers et des petits morceaux, des paysages de Rubens. L'un ligure une campagne éclairée par la lumière du matin. Voyez, le soleil monte au-dessus d'une ville lointaine et fait sortir de la rivière ces blanches vapeurs que le vent roule et em-

porte. Le disque étincelant est lui-inême à demi voilé par le brouillard. Un moulin, sur la droite, reçoit les pâles rayons des premières heures ; sur la gauche, des arbres différents dressent leurs rameaux presque dépouillés ; l'automne a déjà roussi le feuillage de la plupart , mais d'autres ont conservé leurs teintes vertes , comme une âme forte qui garde ses convictions et ses espérances dans l'atmosphère glaciale du malheur. Des hommes et des femmes viennent d'y tendre ce grand lilet où se prendront les oiseaux, et couchés sur l'herbe humide, guettent le piège qui doit leur fournir une proie. Le roux, le jaune et le bleu fade ont seuls concouru à former cet harmonieux tableau. La couleur en est légère, facile ; on croirait qu'elle flotte sur la toile plutôt qu'elle n'y adhère. L'honneur de l'avoir composé revient au chef de l'école anversoise.

L'autre morceau représente une auberge rustique, en pleine campagne. Le soleil, que masque un petit nuage, laisse échapper par-dessous des rayons d'or, qui éclairent à droite une colline surmontée d'un château gothique et, plus bas, une rivière où des pêcheurs sont occupés à lever leurs filets. Remarquez que l'astre se balance au-dessus d'une ville lointaine et que les feuillages ont la douce et triste couleur de l'automne. La lumière oblique, moelleuse et bistrée donne au paysage une expression mélancolique. Les buveurs attablés devant le cabaret sur des tonneaux et des sièges agrestes, ne s'en préoccupent guère. Ce qui les intéresse, c'est l'hôte, qui, debout devant d'eux, fait leur compte, un morceau de craie à la main. Le vent froid du soir chasse la fumée de l'auberge, comme le temps emporte les jours de l'homme : l'heure est venue de se retirer. Les

chaudrons, les vases de terre et de cuivre, jetés pêlemêle sur le sol , vont aller reprendre leur place sur l'étagère. Le roux, le jaune et le bleu fade sont les seules couleurs employées dans ce tableau. Le travail en est léger, facile, l'ensemble harmonieux. On y reconnaît à la fois la touche délicate de David Teniers le jeune et ses obligations manifestes envers Rubens,

Aussi ce dernier aimait-il beaucoup la manière de son élève , comme on aime à retrouver son propre type sur le visage de ses enfants. Les ennemis de Teniers ayant répandu partout le bruit que ses ouvrages ne dureraient point, parce qu'ils ne se composaient guère que d'un lavis à Fhuile coloriée, l'artiste inquiet voulut les réduire au silence. Il mit donc plusieurs couches de peinture l'une sur l'autre. Mais sa couleur ainsi tourmentée ne fut plus ni si chaude ni si légère : ses tableaux devinrent gris, quelquefois rougeâtres, et perdirent une grande partie de leur charme. Rubens, que l'on avait taquiné en lui adressant la même critique, ramena David à sa première méthode. Il lui conseilla d'empâter ses clairs autant qu'il le jugerait convenable, mais de laisser toujours l'impression transparaître dans ses om« bres, la couleur habituelle de cette impression n'ayant pas été choisie sans but

Un autre grand homme devait influer vivement sur lui : Adrien Brauwer lui montra l'art d'animer les fêtes

* Après la mort de Rubens, on trouva dans sa maison une Fête villageohi\ qui devint plus tard la propriété de M. ScJiamps, à Gand. On l'aurait prise pour un tableau de Teniers. Descamps se laissa tromper par cette ressemblance. « Rubens, dit-il, s'y est si bien caché sous le masque de Teniers, que les plus habiles ont cru Teniers auteur de cet excellent morceau. » (Touie I, page 314.) Pierre-Paul n'avait pas grand'peine à imiter une manière qui lui appartenait, si même il avait voulu imiter son élève; car le toîîleau pouvait être, au contraire, de ceux que David choisit pour modèles,

de village et les scènes de cabaret. David reçut du peintre aviné des leçons personnelles, comme de Rubens, et la manière dont ils furent mis en rapport est des plus curieuses.

Poursuivi sans relâcbe par ses créanciers, Adrien Brauwer résolut d'abandonner la ville d'Amsterdam, où les marchands avalent l'inconvenance de vouloir lu faire payer ce qu'il achetait. Anvers lui sembla le lieu de refuge le plus convenable pour un artiste , et il se mit en chemin sans avoir de passeport. Il ne savait même point que la guerre, déclarée de nouveau entre la Belgique et la Hollande, faisait mourir dans une lutte fratricide les enfants d'un même sol, qui auraient dû se liguer contre l'Espagne. Brauwer se présente aux portes de la ville : on lui demande ses papiers. Des papiers! il n'en a pas plus que d'argent. Le poste l'arrête comme un espion et le même à la citadelle, où on l'enferme.

Il y aurait peut-être fait un long séjour, si un heureux hasard ne l'avait tiré d'affaire. En même temps que lui s'y trouvait prisonnier le duc d'Aremberg ; les historiens ne nous disent pas pourquoi, mais c'était probablement par suite de la conspiration que les nobles belges avaient formée, dans le but d'affranchir leur pays et de le réunir à la Hollande. L'Espagne affaiblie n'osa point les frapper, et l'archiduchesse Isabelle se contenta d'insignifiantes punitions. Quoi qu'il en soit, on permettait au duc de se promener dans l'enceinte de la forteresse, accompagné de deux soldats qui le surveillaient. Peu d'individus obtenaient cette faveur, car les Espagnols voulaient tenir secret le plan de la citadelle, dont l'habile structure les rendait très-fiers. Or, un jour que le noble captif suivait un chemin de ronde, il passa devant la prison

d'Adrien. L'artiste, croyant voir le gouverneur du château, le pria de lui rendre la liberté.

— Je ne suis pas un espion, dit-il, mais un peintre et j'en fournirai la preuve quand on voudra, pourvu que l'on m'apporte un pinceau, des couleurs et une toile.

Le prince, lui répliqua doucement qu'il ne pouvait lui faire ouvrir les portes de son cachot, attendu qu'il n'était pas le gouverneur, mais qu'il allait lui procurer les instruments dont il avait besoin pour se disculper.

Il lui tint parole et envoya le jour même un soldat chez Rubens lui demander les objets requis. Le grand homme les donna, sans se douter qu'Adrien Brauwer, cet éminent coloriste, se trouvait si près de lui. Le duc lit joindre à l'attirail des viandes et du vin, pour améliorer l'ordinaire du captif. Je vous laisse à penser comment le gaillard fêta ces provisions ! Tandis qu'il savourait le liquide précieux, dont la chaleur intime remplace pour les peuples du Nord la chaleur absente du soleil, des Espagnols vinrent se placer juste en face de ses barreaux, puis se mirent à jouer aux cartes et aux dés. Les uns suivaient d'un œil ardent les cubes d'ivoire, comme s'ils espéraient influer sur les chances par leurs regards avides; les autres serraient autour de leurs cartes souillées des doigts osseux, qui ne rappelaient pas mal les griffes d'un milan. Un vieux soldat, maigre comme la famine et accroupi sur ses talons, s'occupait d'une manière toute différente : les yeux lui sortaient de la tète et on voyait dans sa bouche trois ou quatre chicots verdâtres, souvenir d'un temps plus heureux. Les costumes pittoresques, les larges feutres, les rapières pendues à des baudriers achevaient le tableau. C'était une bonne fortune pour Adrien Brauwer : il se hâta de

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transporter les personnages sur sa toile , avec son talent de coloriste et sa verve ordinaire. Le vieux spectateur était surtout admirablement reproduit. Le duc d'Aremberg s'en amusa beaucoup et envoya chercher Rubens, pour savoir ce qu'il penserait de l'œuvre.

— Voyons un peu, dit le dernier en arrivant, ce qu'a fait votre artiste : je crains bien que mes couleurs n'aient servi à tracer un barbouillage.

Le duc d'Aremberg lui montra le morceau, et Rubens se mit à rire, puis devint sérieux et considéra trèsattentivement la peinture.

— Aussi vrai que je me nomme Pierre-Paul, s'écriat-il enfin, c'est Brauwer qui a exécuté cela !

— Vous plaisantez, reprit le duc. Je ne puis croire que vous trouviez cette toile si belle. Pour parler d'une manière positive, combien l'estimez-vous?

~ — J'en donnerais sans balancer trois cents rixdales.

— Eh bien! vous ne l'auriez pas pour mille : elle ornera ma collection et me rappellera cette curieuse aventure.

Il conserva en effet le tableau, qui resta pendant plusieurs générations dans sa famille.

Rubens alla trouver le gouverneur, et lui demanda la liberté d'Adrien Brauwer. Il lui en fît de tels éloges, que le commandant se laissa fléchir. L'artiste fut appelé pour subir un interrogatoire et un examen préalables. Il reconnut volontiers qu'il avait commis une faute, en essayant de pénétrer dans la ville sans papiers; mais il promit d'être plus sage h l'avenir, et comme Rubens se portait son garant, on lui ouvrit les guichets de la citadelle. Pierre-Paul voulut l'emmener chez lui; Brauwer le quitîa en route, et, prenant place au

fond d'un cabaret, célébra joyeusement sa délivrance.

Rubens lui offrit néanmoins l'hospitalité, car il espérait changer ses mauvaises mœurs, le dégoûter des plaisirs bruyants qu'il partageait avec la populace. Brauwer vint donc habiter son magnifique hôtel. Pierre-Paul lui donna du linge, lui commanda des vêtements et l'installa dans une chambre somptueuse. Il voulut d'ailleurs que le peintre débauché n'eût pas d'autre table que la sienne. Pour qu'il ne manquât point d'ouvrage, il lui acheta presque tous ses tableaux. Il n'en laissa pas moins de dix-sept à sa veuve et à ses enfants.

Teniers le jeune, qui fréquentait la maison de Rubens, se lia tout naturellement avec son hôte, dont le talent ne pouvait manquer de lui plaire. Nous n'avons point de détails sur leurs relations , mais il est probable que le maître emmena souvent l'élève au cabaret, pour lui faire étudier d'après nature les têtes enluminées, les regards flottants , les gauches attitudes et les combats opiniâtres des buveurs.

Cependant la régularité, les nobles façons qui régnaient dans l'hôtel de son protecteur, ne convenaient pas à l'artiste bohémien. Il s'ennuyait au milieu de cette demeure élégante. La fumée de la tabagie , le choc des verres, les luttes des ivrognes et les amours faciles, voilà ce qui lui plaisait. Il finit par mettre son costume de velours au mont-de-piété pour satisfaire ses goûts dissolus. M"® Rubens n'était guère flattée d'avoir dans sa maison un pareil commensal. Elle s'en plaignit. Brauwer remarqua de la froideur sur les visages : il prit la clef des champs. « L'ordre sévère établi chez Rubens, disaitil, lui rendait son hospitalité si désagréable, qu'il aurait mieux aimé vivre dans la citadelle. »

iNous ne le suivrons point au milieu de ses pérégrinations et de ses aventures. L'amour de la débauche le conduisit à Paris, où il se plongea si avant dans le bourbier qu'il en sortit à moitié mort. Il regagna précipitamment la ville d'Anvers. Mais il emportait avec lui le châtiment de sa dépravation, ou de sa faiblese, si l'on veut employer un mot moins rude. Dès son arrivée, il fut contraint de se mettre au lit, dans une obscure auberge : deux jours après, il avait cessé de vivre. La fosse commune engloutit ses restes, que l'on couvrit de paille et de chaux. Instruit de sa fin malheureuse , un élève de Rubens alla conter cette triste nouvelle au grand homme. Houbraken rapporte qu'elle lui causa une vive émotion, et que ses yeux se remplirent de larmes. Il ordonna aussitôt d'exhumer le peintre, lui acheta un cercueil , et , pour proportionner ses honneurs funèbres à son talent, le conduisit en grande pompe dans l'église des Carmélites, où on l'enterra. On dit que Rubens voulait lui élever un tombeau , qu'il en avait tracé le modèle ; mais la mort, qui le frappa lui-même bientôt après, ne lui permit pas d'accomplir cet honorable dessein ^

David Teniers avait été reçu membre de la confrérie de Saint-Luc, comme fils de maître, en l'année 1632-1633. Le public ne lui témoigna d'abord aucune faveur, surtout à Anvers ; il était obligé d'aller vendre ses toiles à Bruxelles, où on les dédaignait un peu moins. Ce pénible début s'explique facilement. L'école si dramatique de Rubens, qui était dans toute sa force et communiquait ses tendances même à ses antagonistes, avait habitué aux grands effets

1 Brauwer n'avait que trente-deux ans. Houbraken, tome II, p. 328 et suivante; Campe Weyerman, tome II, page 70 et suivantes.

de la peinture , aux actions violentes et aux personnages de formes athlétiques. Les compositions de Teniers , simples et tranquilles, la douce harmonie de sa couleur, son exécution modeste, ses bons-hommes trapus, son impartiale reproduction de la nature, devaient le faire regarder comme un peintre timide et froid. Ceux dont le genre se rapprochait du sien, Jacques van Artois et Daniel van Heil , avaient quelque chose de plus vif, de plus brillant , et frappaient davantage les spectateurs. Le premier Féclipse encore par son charme poétique ; le second représentait des incendies , des orages, des catastrophes qui saisissaient l'imagination ; la Prise de Troie et la Ruine de Sodome étaient deux de ses meilleurs tableaux \ Les sujets de Teniers ne pouvaient exciter aussi vivement Fintérét. Il eut donc de la peine à faire apprécier son mérite : la plupart des biographes disent même que l'archiduc Léopold le tira seul de l'obscurité. Ils ignorent sans doute que le prince arriva en 1647 dans les Pays-Bas catholiques, dont il venait d'être nommé gouverneur. Selon toute vraisemblance, sa première occupation ne fut point de chercher les talents méconnus. Il avait amené avec lui une bande de Croates aux manteaux rouges, qui, soutenus par des troupes lorraines, wallonnes et brandebourgeoises, devaient repousser les bataillons français et accabler la Hollande, espoir que Févénement ne justifia pas. Or, en 1647, Teniers avait trente-sept ans accomplis, et pour peu que F illustre personnage eiit tardé à compren-

' Deseamps, avec sa légèreté habituelle, commet ici une méprise singulière. Il place, parmi les heureux compétiteurs de David, Gilles van Tilborgh, né à Bruxelles en 1625, mort en 1678 et qui fut élève de Teniers luimême.

dre sa valeur, il ne serait pas sorti de F ombre avant trente-neuf ou quarante ans. Je doute qu'une si longue erreur ait pu avoir lieu chez un peuple d'artistes, où ceux qui n'exécutent pas, jugent très-bien les productions des autres ; ou j'ai vu des enfants de douze ans s'extasier devant des morceaux d'élite, pendant que leur figure exprimait toute la vivacité de leur plaisir.

Bien avant cette époque, d'ailleurs, Teniers épousa Anne Breughel, lille de Breughel de Velours, et pupille de Rubens, qui leur servit de témoin. Pierre-Paul auraitil uni la fdle d'un homme célèbre avec un peintre sans renom, soupçonné par suite de n'avoir aucun talent? Anne Breughel devait le jour à la seconde femme de son père, Catherine van Marienborgh, et était née le 3 mai 1609 : elle avait donc dix-huit mois de plus que Teniers \ Le mariage fut célébré le 22 juillet 1637, trois témoins assistèrent les jeunes époux : Rubens, que nous avons déjà nommé, David Teniers le père, et Paul Halmal ^.

1 Tenue sur les fonts de baptême, le jour même de sa naissance, à Téglise Saint-Jacques, elle eut pour parrain Henri van Balen, le peintre célèbre, et pour marraine une tante maternelle, que représenta une personne de sa famille paternelle. Voici son acte de baptême, que nous publions pour la première fois, grâce à la complaisance de M. Génard.

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