PRÉFACE
L'histoire de l'Ecole d'Anvers n'a jamais été exposée dans son ensemble : on n'a même fait aucune tentative a cet égard; je dirai mieux, il n'existe aucun travail préparatoire sur les élèves, imitateurs et graveurs de Rubens. Les œuvres de cette nombreuse pléiade pittoresque se trouvent cependant partout, ornent toutes les galeries publiques et toutes les collections privées. Son influence dure encore : chaque jour, les artistes de notre époque demandent des conseils aux morts illustres qui lurent ses héros , et leurs toiles magnifiques sont un enseignement perpétuel. Nous
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espérons donc que par son importance, comme par sa nouveauté, ce livre excitera l'attention, méritera la bienveillance des amateurs, classe de plus en plus nombreuse, depuis que les railways facilitent les voyages et permettent de franchir rapidement des centaines de lieues, pour aller goûter un plaisir noble et pur devant d'immortelles créations.
Les faits nouveaux rapportés dans ce volume exciteront, j'ose le dire, un certain étonnement. L'école d'Anvers, qui semblait mieux connue que les autres phases de la peinture flamande, ne l'était pas d'avantage. Une foule de renseignements authentiques sont venus le prouver. Dates, circonstances biographiques, rapports des artistes entre eux, jugements sur leurs œuvres, rien n'a pu subsister : il a fallu tout détruire pour tout édifier sur des bases nouvelles. De précieux documents sont accessibles au public; d'autres, encore inédits, m'ont été communiqués par MM. Génard, Théodore van Lérius et De Burbure avec une complaisance sans limites. Qu'ils reçoivent ici le témoignage de ma gratitude. Je n'ai moi-même respecté aucune des vieilles erreurs, et, me trouvant sur un terrain neuf, je n'ai suivi que mon opinion. Or, j'ai vu les œuvres dont je parle, je les ai étudiées avec soin, ce
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que n'avaient certainement pas fait mes prédécesseurs.
L'Académie de Belgique, réunie pour examiner ((uel ouvrage publié dans le pays méritait le prix quinquennal de cinq mille francs^ s'est déclarée en ma faveur, la première édition de mon Histoire de la Peinture flamande ayant été imprimée a Bruxelles. Mais elle a ajouté que, m'étant fait naturaliser Français, elle ne me donnait pas ce prix qui m'était du. Elle a en conséquence divisé la somme entre la veuve d'un poète mort et deux Français naturalisés Belges. L'intérêt tout spécial de mon ouvrage pour mes anciens compatriotes, les longues recherches, les sacrifices qu'il a exigés, qu'il demande encore, pouvaient contrebalancer et au-delà une circonstance étrangère a la littérature. Il ne m'appartient pas néanmoins de juger le tribunal devant lequel a comparu mon livre. Je ne puis et ne veux que remercier l'Académie de son approbation : c'est la récompense a laquelle un auteur doit le plus tenir.
M. Piercot, ministre de l'intérieur, et M. Bivort, son secrétaire particulier, ont aussi des droits à ma reconnaissance, pour la manière affable dont ils m'ont accueilli et pour l'aide qu'ils m'ont prêtée : ma tâche s'étant trouvée
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plus longue et plus difficile que je ne le croyais d'abord, leur concours m'a été nécessaire. Je me fais un plaisir d'associer a leurs noms celui de M. Edouard de Linge : il a, en toute circonstance, cherché a me faciliter mon travail, à éloigner de moi les obstacles; son active et sincère allection m'a consolé de bien des ennuis.
9 août 1853.