‹ Rubens et l'ećole d'AnversChapitre 3 sur 58 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Origine» de l'école d'Anvers.

Premiers renseignements sur la confrérie de Saint-Luc ou corporation des peintres anversois. — Hugo van der Goes. — La ghilde obtient de nouveaux privilèges. — Fêles qu'elle donne. — Caractère moitié chrétien, moitié classique de ces réjouissances. — Quinten Matsys; il ne forme pas d'école. — Franz Floris ; ses nombreux élèves. — Triomphe de la Renais» sance. — Martin de Vos. — Tendances de la génération à laquelle ap= partenait Rubens.

On nomme spécialement École d'Anvers ce groupe d'artistes supérieurs, qui ont Rubens pour maître et pour chef. Ce n'est pas que la reine de l'Escaut n'eût produit avant eux des peintres d'un grand talent; mais ils ne possédaient pas le génie créateur, ou ne trouvèrent pas de disciples. Aucun d'eux n'exerça en conséquence d'action paternelle, n'offrit au monde le spectacle admirable d'un homme extraordinaire, qui, voyant et reproduisant la nature d'une certaine façon, entraîne d'autres esprits dans son cercle intellectuel, leur communique ses goûts.

ORIGINKS

ses habitudes d'imagination et ses procédés techniques. Or, c'est à ces conditions seulement que Ton forme nne école. Mais si nul artiste d'Anvers ne fut assez heureux ou assez puissant pour se créer une postérité, pendant les xv^ et xvi* siècles, la ville opulente donna le jour, durant cet intervalle, à des peintres demeurés célèbres, qui préparèrent les voies de Rubens. Montrer comment ils furent les annonciateurs du grand homme, chercher comment les arts du dessin, en des t(^uips plus éloignés encore, débutèrent sur les rives de l'Escaut, ne sera aux y(Mix de personne un travail sans intérêt et sans imporlance. Nous aborderons donc notre sujet par cette enquête nécessaire. Nous voici arrivés dans le port de la métropole llamande ; jetons l'ancre et débarquons.

Le renseignement le plus ancien que nous possédions sur les origines de l'Ecole anversoise, date de l'an 1 420. Ce fut alors que Jean van Evek, le fondateur de l'art belge, se rendit à une assemblée de la ghilde ou corporation des peintres, placée sous la protection de saint Luc. Il leur montra une tête du Christ exécutée k l'huile, probablement celle qui orne le musée de Bruges et porte la date mentionnée : les sociétaires lui firent de grands éloges. Plus tard, en 1549, les nobles de la ville offrirent à cette corporation un hanap, où était ciselée l'image de Jean van Eyck , pour qu'il témoignât de ce fait maintenant peu connut II a pour nous un double intérêt : d'une part, il nous montre que la confrérie de Saint-Luc était constituée dès cette époque, et, selon toute apparence, existait déjà depuis longtemps ; de l'autre, cette visite du grand peintre nous offre, pour ainsi dire, une image

' Notice mr l'Académie d' Anvers, par van Kirchhoffr Anvers, 1824/

DE l'École d'anvers. 7 emblématique de l'influence qu'il dut exercer sur l'école naissante, car il était impossible qu'elle n'adoptât point sa manière et ses procédés. Jamais on n'avait rien vu de tel dans le nord de l'Europe, et l'artiste brugeois trouvait des imitateurs jusqu'en Italie.

Les archives d'Anvers contiennent une ordonnance des magistrats de la ville, promulguée le 26 novembre 1434, relativement h la confrérie de Saint-Luc : elle lui accorde certains privilèges et lui impose des règles de conduite ayant pour but le maintien de l'association et la prospérité de l'art, dit le préambule.

La diilde ne semble néanmoins avoir été constituée délinitivemeni que huit années après; ce fut en 1442 qu'un décret de l'écoutète, ou magistrat suprême d'Anvers, fixa le nombre des métiers réunis sous la bannière de saint Luc et leur donna des statuts détaillés. Le commencement de cet acte, qui n'a jamais été traduit en français, mérite l'attention du lecteur :

« Nous, Jean Yanderbrngghen, chevalier, seigneur de Blaesvelt, écoutète d'Anvers et margrave du Rhin, bourguemestre, échevin et conseiller delà ville d'Anvers, faisons savoir à un chacun que les honnêtes bourgeois composant la société réunie des peintres, sculpteurs en bois, tailleurs de pierre, verriers, enlumineurs, graveurs, imprimeurs, libraires, relieurs, encadreurs de miroirs, tailleurs d'imacjes, fabricants d! arbalètes, fabricantsde panneaux, peintres verriers, batteurs d'or, graveurs en caractères, fondeurs en caractères, fabricants de coffres destinés à être pemts, potiers, fabricants de rideaux, fabricants de jeux de cartes, tapissiers, layetiers, et tous ceux qui appartiennent à la confrérie de St-Luc, nous ayant exposé que les marguilliers de Notre-Dame d'Anvers leur ont octroyé dans ladite église

une chapoile qiriis ont richemoni ornée en l'honneur de Dieu el de saint Luc, et qu'ils souhaitent l'emhellir encore, mais sont arrêtés par la crainte de voir leur compagnie dissoute et sollicitent de nous un décret légal, qui leur garantisse certaines franchises, nous leur avons donné et accordé, etc. »

Ainsi vingt-quatre métiers différents, pour le moins, se trouvaient déjà réunis dans cette puissante corporation Le même acte du ï'2 juillet 1142, rappelle que, depuis l'année 1411, la (confrérie a su mériter la bienveillance des magistrats. Nous devons donc regretter vivement que les premiers registres de la ghilde aient été perdus.

Le tableau des chefs, princes et doyens, que l'on conserve au musée d'Anvers, a pour point de départ l'année 1454. On éhsait un nouveau chef et un nouveau doyen tous les ans; si celui-ci avait été un doyen d'âge, on verrait le même nom figurer sur la liste plusieurs années de suite, ce qui n'est pas. Il faut donc supposer que son titre représentait certaines fonctions particulières, qu'il avait l'obligation de remplir. De temps en temps on conférait la dignité de prince à de nobles personnages, qui, sans être artistes, pouvaient protéger la ghilde. Ce tableau précieux fut continué sans interruption jusqu'en 1778. Les registres de la société, encore existants, ont pour point de départ l'année 1453, mais ils furent tenus régulièrement jusqu'à l'époque de l'invasion française, en 1794. Ils renferment de curieux détails que nous ne pouvons omettre ^.

1 Oeschiedkundige Aeuteekeningen aengaende de Sainle-Lucas Gilde, door J,-C.-E. baron vaa Ertborn.

- Voyez, concernant ces registres, la note première, à la fin du volume.

DE l/ÉCOLE d'aNVERS. 9

Jean Sourmoke et Jean Snellaert, doyens en 1454, sont les premiers dont on connaisse les noms. Aucun tableau de ces artistes ne nous est parvenu : nous n'avons de renseignements ni sur leur manière de peindre, ni sur les événements de leur existence. Un de leurs compatriotes, Hugo van der Goes, a laissé plus de traces et de souvenirs. On ne sait pas au juste quand il vint au monde, mais il dirigea, en 1467, les fêtes qui eurent lieu à Gand, pour Tinstallation de Charles le Téméraire sur le trône des comtes de Flandre ^ L'année d'après, il travailla aux peintures de décors faites à Bruges pour la Holempnité de ses noepces et pour un chapitre de la Toison d'Or^. Tl ouvra dix jours et demi, à raison de quatorze sous par jour : on lui paya donc 7 livres 7 sous. En 1473, il fut un de ceux qui ornèrent la commune gantoise à propos du jubilé. Un tableau de sa main, qui orne la galerie de Munich, porte l'inscription suivante : H. Y. D. Goes, 1472. En 1480, il tenait encore la palette; Rarel van Mander nous dit même qu'il était alors dans tout l'éclat de son talent, erreur manifeste, car il avait reçu directement les leçons de Jean van Eyck, décédé au mois de juillet 1440 : à la date mentionnée, il devait par conséquent être fort vieux. Quoique originaire d'Anvers, comme nous l'apprend Guichardin, il ne peut, au surplus, figurer parmi les précurseurs de Rubens. 11 ne faisait point partie de la corporation de Saint-Luc ; son nom ne se trouve ni sur les registres de la ghilde, ni sur

ï Messager des sciences et des arts, année 1826, page 128.

2 Comptes de Fastré Hollet, touchant les ouvrages fais en l'ostel de monseigneur le duc de Bourgoingne en sa ville de Bruges, pour y tenir la feste de sa Thoison d'Or et la solempnité de ses noepces, aussi de plusieurs entremet/, de paintures et auUres pour servir aux banquetz d'icelles en l'an Mt^r.cr.LXViu.

le tal)leau du musée. Celui-ci ne mentionne qu'un Mathieu van der Goes, imprimeur, qui était vraisemblablement le frère du peintre : il existe des livres sortis de ses presses, portant la date de 1472. Quant à Hugo, nul doute qu'il ne fut membre de la i>hild(^ bru<i;eoise, placée comme celle d'Anvers sous le patronage» de saint Luc, et assez riche pour se faire bâtir une chapelle en 1450, époque où la société renfermait plus de trois cents individus Pendant la dernière partie de son existence, le peintre habile se dégoûta du monde et se retira au monastère de Uoodendale, autrement dit Rouge-Cloître, dans la forêt de Soignes ; il y termina pieusement ses jours et y fut enseveli, sans qu'on sache l'époque de sa mort.

Les tableaux, maintenant peu nombreux de Hugo van der Goes, offrent tous les caractères du style brugeois : cette couleur line et intense que l'on prendrait pour de l'émail, tant le grain en est serré, tant la surface en est brillante et polie ; cette précision de dessin, (jue l'on aime quand on y a l'œil habitué, quoi- (ju'elle paraisse dure aux admirateurs exclusifs de la manière moderne ; cette observation délicate , minutieuse de la nature, qui ne néglige aucun détail ; ce système de composition, qui embrasse tous les objets, en sorte que chaque tableau est une image du monde, où figurent, près de l'homme, les bois, les prairies, le ciel, les fleurs, les animaux, les étangs et les rivières, les œuvres de l'architecture et les productions variées de l'industrie; enfin, ce sentiment pieux, tranquille, doux et rêveur, qui est spécial au xv^ siècle et au début du xvf,

• Galerie d'artistes hrugeois, par Octave Delepierre,

DE l'École d'anvers. 11 don gracieux attestant la jeunesse de la peinture et l'heureuse influence des idées chrétiennes. Les écoles savantes le détruisirent peu à peu : c'était une première fleur ; elle tomba, quand le printemps fit place à Tété, quand l'art moderne entra dans son âge mûr. Mais si brillantes qu'aient pu être les qualités obtenues depuis, on regrette souvent la fraîcheur morale, la noble ingénuité de l'époque antérieure, comme dans la femme accomplie, voluptueuse et expérimentée, on regrette le charme virginal , la tendresse confiante et naïve , la beauté suave et intacte de la jeune fille : c'est l'attrait du matin opposé h l'éclat du jour. Mais reprenons l'histoire de la ghilde.

En 1470, l i71 et li72, elle obtint de nouveaux privilèges, et la commune lui octroya d'importants revenus. Non-seulement donc son existence se trouva hors d'atteinte, mais elle fut dès lors regardée comme une puissante corporation. Aussi, en 1480, la société de la Violette, chambre de rhétorique qui avait choisi cette fleur pour emblème et avait pour devise : Réunis par ramitié (Uyt jonsten vekzaemt), demanda-t-elle à en faire partie. On se garda bien de la repousser, car elle complétait la troupe. Un des plus grands plaisirs du temps consistait à former ce que nous appellerions des théâtres de société : un certain nombre d'individus, qui n'étaient pas acteurs de profession, se réunissaient pour débiter des pièces, ordinairement composées par l'un d'entre eux. Ils jouaient aussi des charades, déclamaient des poésies de leur invention, proposaient ou devinaient des énigmes, dessinaient sur de grands tableaux des rébus qu'il fallait expliquer. Tout cela était conçu dans un goût barbare. Les membres de ces communautés frai-

tèrent même plus tard des questions scientifiques, tantôt de vive voix, tantôt dans des mémoires. Quelques-uns de ces écrits nous sont demeurés : on y trouve parfois de l'érudition, mais indigeste et puérile, entassement de faits et de dates que nulle idée ne coordonne, ne vivifie, et dont le style baroque est dépourvu d'agrément*. Deux autres chambres de rhétorique, celle du Souci d'abord, ayant pour devise : Croissant en vertu, puis celle de la Branche d'olivier, ayant pour emblème la colombe apportant à Noé un rameau vert de cet arbre, et pour légende : Ecce gratia, se réunirent par la suite à la jurande de Saint-Luc. On ne sait point quand fut incorporée la première, mais la seconde, fondée en 1500 par Joris de Formantel, fut aussitôt accueillie.

Les diverses maîtrises des Pays-Bas se convoquaient à de grandes fêtes, où elles luttaient soit d'intelligence, soit d'adresse, pour obtenir des vases d'or et d'argent offerts en prix. La Chronique de Malines rapporte qu'une société de la ville, dite Société de la Vieille- Arbalète, éclipsa les tireurs de quarante -deux autres villes, réunis à Tournay, dans l'année 1455. Ces corporations se multiplièrent tellement que la Belgique seule possédait, au xvf siècle, cinquante-neuf chambres de rhétorique, dont un bon nombre avaient été fondées pendant le xv% et dont la première, celle de Diest, remontait à l'année 1302 ^. En 1491, un membre de la confrérie de Saint-Luc, nommé Jean Casus, remporta le prix d'un s^rand tournoi littéraire tenu à Malines, au-

ï Geschiedkundige Aenteekeningen, etc. door van Ertborn, — Cornelissen, De l'origine des chambres de rhétorique. — Schets eener Geschiedenis der Rederyhen, door Kops.

2 Grammaye, Antiquités du Brahant.

m l'école D AiWERS. 13

quel il prit part avec plusieurs de ses collègues : la luème année, les Anversois triomphèrent encore à Bruxelles dans une lutte semblable. En ces deux occasions, ils jouèrent une pièce ou, comme on disait alors, un eshatentent. Les années 1492 et 1493 furent aussi pour eux des temps de victoires.

La confrérie de Saint-Luc se distinguait en outre dans les circonstances solennelles, comme les entrées des princes et l'installation des ducs de Brabant. Les divers métiers de la corporation avaient à cœur de montrer leur savoir-faire ; les menuisiers dressaient des arcs de triomphe, des estrades; les tapissiers et marchands de custodes les ornaient de draperies; les sculpteurs en pierre et en bois les décoraient de statues, et les imagiers y traçaient rapidement de vives peintures. Par la suite, Rubens exécuta pour une fête analogue de véritables chefs-d'œuvre, que le burin nous a conservés*. La première cérémonie de ce genre où figure la maîtrise de Saint-Luc, la première au moins dont ses archives fassent mention, fut l'entrée de l'empereur Frédéric, de son fils Maximilien, roi des Romains, et du prince Philippe-François, qui venait ceindre la couronne ducale du Brabant. Les membres de la ghilde jouèrent devant eux plusieurs pièces. Le texte d'une de ces ébauches nous est resté e Nous allons en donner une courte analyse, parce qu'on y voit percer, sous la forme littéraire, une des tendances de l'école anversoise.

* L'entrée à Anvers du prince Ferdinand, frère de Philippe IV, et gouverneur des Pays-Bays, donna lieu à ces compositions, en 1633.

2 Le papier, récriture et le style, comparés aux différents actes des archives en fixent la date de l'année 1480 à l'année 1500. On peut donc supposer qu'elle fut du nombre des morceaux représentés devant les souverains. Geschiedkundige Aenteekeningerij page 10,

Weirbracht, aubergiste, a épousé une jolie l'emiue, ([ui le rendrait heureux, si elle n'était pas toujours malade, ou ne lei<inait point de; l'être ave(^ tant d'habihîté, ijue le pauvre boninie la plaint du ibnd de son eo'ur. Elle linit par lui pei-suader (jue le seul moyen de la guérir, ( 'est d'aller dîins les Indes cliereher une eau merveilleuse. Le mari trouve le voyage un peu long, mais la tendresse eonjugale l'emporte sur tous les autres sentiments : W eirbracht se met en route. A peine sort-il de chez lui (ju'il rencontre un marchand de j)oul(*ts, la botte au dos, et couime ils sont très-intimes, l'aubergistti lui cuntie son ehajrrin. Le persécuteur de la volaille se prend à rire v\ lui assure que tout cela est une farce, un prétexte dont ou se sert |)our l'éloigner. 11 lui conseille de se mettre dans sa iiotte.— u J'irai me loger chez vous, lui dit-il, et vous y rentrerez avec moi, sans (pi'on se doute de votre présence ; vous verrez alors si mes soupçons ne se conlirment pas. » — L'aubergiste aime mieux suivre ce plan (jue de partir pour les Indes.

Pendant (ju ils causaient, la chétive et soutirante épouse avait repris toute sa santé. Un prêtre de ses amis était venu lui imposer les mains et lui donner sa bénédiction. Ils avaient dressé la table, choisi le meilleur vin, et, tout en dégustant de bons morceaux, plaisantaient du crédule mari : leur intention étiiil de passer la nuit ensemble. Mais voilà que le marchand de poulets vient demander un gite : l'hôtesse le lui refuse tout net. Cependant, comme le prêtre lui lait observer que ce désir trop évident de rester seuls peut inspirer des soupçons, elle laisse entrer l'ennemi dans la place. Le trahquant s'assied, mange et boit avec eux. L'entretien s'anime et le couple jovial tombe encore sur le pauvre aubergiste,

DE i'eCOLE D' ANVERS. 15

dont ils raillent la eontiante simplicité. Le mari ne perd pas un mot de leurs touchants discours. Bien convaincu entin de leurs bonnes dispositions à son égard, il sort de sa hotte et les chasse tous deux à coups de bâton.

Comme il y a un grand nombre de mots et de locutions françaises dans cette petite pièce, on doit croire que c'est une soiie traduite en flamand, après avoir été d'abord un fabliau. Mais, quelle que soit son origine, elle [)rouve (jiic dès lors les habitants d'Anvers ne témoignaient pas au clergé une déférence superstitieuse; elle annonce les rapides progrès que le calvinisme devait l'aire dans la cité brabançonne, au xvi' siècle, et l'insouciante liberté d(; Rubens, de ses élèves et imitateurs, (jiiand ils traitaient des scènes religieuses, indilférence nu'îléc d'un véritable paganisme.

l iU.'i, les doyens firent décorer à neuf la chapelle d(; la ghilde, dans la cathédrale. Ils y placèrent des statues d'anges, ainsi que les emblèmes et les armoiries de la société : ces dernières se composent de trois écus d'argent • sur un cham]) cramoisi, avec une tète de bœuf pour cimi(ir. C'est ici le lieu de faire observer combien les jurandes et maîtrises ont été favorables au développement do la peinture néerlandaise. Presque toutes avaient des autels particuliers dans les églises, et, le point d'honneur s'en mêlant, elles les ornaient à l'envi les unes des autres. J.a seule église de Notre-Dame, à Anvers, renfermait vingt-quatre chapelles de corps et métiers, chapelles c[ue l'invasion française a seule détruites, en l7Ui. On y voyait cinquante et un tableaux, dont plusieurs étaient des chefs-d'œuvre. La Descente de croix, la

> A'rK.s- «Inns le sens de boucliers.

1() 0KIGI.\L>

Visitatio7t, la Présentation au Temple, par Ilubeiis, décuraient celle des arquebusiei-s. Parmi les autres toiles, on distin^niail (jiiatre inorcraux de Michel van Coxie, deux de Franz Floris, seize d(î Martin de Vo>, cl des onvra«irs iini(ines de Wenceslas Cocber^er, Otto \ enius, Henri van Balen le Vieux, Cornille Scliut et François Fourbus Les junindes des autres villes possédaient aussi des autels dans les églises de clia([ue endroit et les paraient soniptueuseni(;nt. Que l'on ju|ie maintenant combien cet usa jic était propice aux beaux arts, combien les peintres, les sculpteurs lui devaient d'occasions précieuses pour déployer leur talent, s'assurer des «jains honorables et mettre lcur> toiles en permanence sous les yeux du public! La corporation d'ailleurs lorniail une sorte de grande famille, et comme il y entrait des hommes de profession» très-diverses, si les coloristes trouvaient des jaloux parmi leurs confrères, ils devaient nouer des amitiés a\ec les autres membres de la ghilde, rencontrer parmi eux des admirateurs, des chalands et des soutiens. N'oublions pas non plus (ju'une foule de ces jurandes avaient des maisons coinnmnes, appelées Chambres y dont un grand nombre subsiste encore, notamment à Bruxelles, Anvers, Gand, Bru«ies et Ypres. On décorait souvent ces habitations de peintures sur bois ou sur toile. Ainsi la chambre du Vieux-Seinient " de l'Arbalète, à Anv(irs, renfermait jadis un tableau d'Abraham Janssens, ligurant la Concorde, et la reproduction d'une toile de Rubens par Gé-

* Description de» principaux ouvrages de peinture et scuplture actuellement existants dans les églises, couvents et lieux publics de la ville d'Anvers; brochure de 107 pages, publiée à Anvers au xviii<^ siècle, sans date.

2 Dans les Pays-Bas, le mot serment est synonyme de gliilde, quand il s'agit d'une corporation qui s'exerce au maniement des armes, parce que la ville fait prêter serment de fidélité à ses chefs.

DE l'École d'anvers. 17 rard Hoet. Ces compositions ornaient deux cheminées. La chambre du Jeune-Serment de F Arc possédait une œuvre de Jean Feydt avec des personnages de Jordaens, et un Saint Sébastien de Michel van Coxie : dans la chambre du Serment des Gladiateurs se trouvait un grand morceau de Joseph van Craesbeeck, qui représentait la place publique où cette compagnie manœuvrait et s*exerçait : les figures étaient les images de tous ses doyens. Plus tard, lorsque la confrérie de Saint-Luc fut logée dans la Bourse actuelle d'Anvers, elle orna les salles mises à sa disposition avec une bien autre magnificence, comme on le verra en temps et lieu.

Quelques détails des fêtes que donnait la ghilde méritent encore d'être mentionnés. Lorsque Philippe, duc de Brabant, convoqua, par exemple, toutes les sociétés de Rbétoriqiie à Malines, en 1493, la maîtrise de Saint- Luc se rendit dans la jolie ville y ainsi nommée à cause de son élégance et de sa propreté, avec un char de triomphe, qui portait son patron occupé à peindre la Vierge. L'année suivante, Blanca-Maria, femme de l'empereur Maximilien, ayant fait à Anvers une entrée solennelle, le jour même où tombait la fête de Saint-Luc, la ghilde donna en l'honneur de l'apôtre et de la princesse le spectacle d'un tournoi, dans lequel trente chevaliers parurent, le casciue en tête et la lance à la main. Peu de temps auparavant, elle avait dressé sur la grande place les statues de Junon, Vénus, Pallas et autres déesses olympiques, pour glorifier l'empereur Maximilien et charmer sa vue. En 1495, elle joua une pièce intitulée : La conquête de la Toison d'or, qui ne renfermait pas moins de 2,800 vers et obtint un si grand succès, que la compagnie la représenta de nouveau à

1>< »»KIi.|Nt-

la lut-CiaiviiM-. \.r pape Ale\an(ir« \l l iuilorisu, rottn iiiriiu> anii('t>, par uii«> hiillt». à « tahltr (lan> la « atlitMlrait' iiiiv pirii?,r cniiln'rir, >uH^ rinvni alioll ilr .\«»lir-i)amu- <les-S«'pt-l)nul«Mji>. On ((iinhicn <r«»l»jt^l> tli>parali*s occiipaimt l'iiU» nimn «!»• la ;^|nl<li'. Tantôt « 'lîtait iil 1rs traditions c!ht)vali)rcs(|ut>s. lus [«'«{nK li - , 1rs iilétis ( InvtiuniH'S, tantôt lr> souvrniiN «Ir l antiipHlr. 1rs die u\ t |

lirro> pairn>, (pil trnairnt la pD iiiiifr plarr «l.uis ses •^ahiâ et Ir^tivaU. (Irttr liittr dr la rrnaissanic et illl moyen a^e, au Itord tir ri>i aut,drs la lin du w'sièrle e't pendant le rr;.Mir de la nuinière hrufîeoisi', toute se])trntrional(> , Iniil iiMj»rr^'né«' de dévotion et de poésie ratthditpie, est attsun^nient un lait < ui iriiv à si<;naler.

Vih lin pt'intre digne dr nirnuiire ne* liendtlr a\ nir réside daiiN l.i \illr llaiiiand* , diiiaiil ce prriode, soil • |u'il y lui nr, soit ipi il IVil \rnu s \ rtahlir. Les eliel's et doyns de la glnl»ir, «pu irius nmiis inscrit^ ^wv les registres de la nirporatinu rl sur Ir laidrau do iiiiisée nous font connaître , n'ont pas laissilr do ré|»utation, et

I» 111^ ninrajiCS llr IllrnlairOl -aUs dnillr pas (JIJ nll m

pril sniii. puis. pie les nniiiln» ii\ mnnaisseurs <le»s l*ayslJa> ne les ont point préserves dr l.i drstriirliun. \rrs la lin ilu sirclr, un h<»nnne supérieur eclip>a Innl à roiip « t s artistes niiU tui nu didcre», vi ^ atlVan< In i d( la hadition l)rugiM)i>r.

Il devait le jour à niir lainilir dr M-rminTs, i t s'ap- )elait Quinten Metsys, Matsys ou Massv>, i ai nn (miive sdii iiniii oiiliograpliii* dr<liNrrsr> inaiiH'ir- piir lui et par d'autrr>. Anvers et Louvain sr disputent rn ce iiionu'nt même l'honneur de lui avoir donné naissance. D une juirt, tout annonce (ju'après Hru^^es, ïjmvain l'ut,

prlld.inl !<• W'sirrlc. |;i \'\\\^' llmunidr (pii ninlillM Ir

lU: I. tCUl.li D A.WEKS. 19

piliN (Ir Hoùi ri (r.i|>iiin(lr |M)iir les beaux-Hrts. Mathieu Layeus coii^lruisail alors son riche ot gracieux hôtel (Ir |)(iiiiln*-ducoraleur lliiherl Sluerbout des-

»iiiail 1rs liiodMrs drs l^is-rrhels (jui ornent les iuipos- (es dr Mvs nirla^, le?» .sculjjleiirïî Ollion van den Putle, GiiillaiiMK^ Ardh, Josse Heyert et Guillaume Faes taillairnl la pierre avei mu h.ilnlolé reniar(|uahle, Thierry Slurriioiil \ i'oiidail une école de peinture, qui semble avoir prospère, piiiMpic l'on cnnn.iil les noms de treize élèves lonnés par lui ' : «'iiHn la serrurerie et l'horlogorie produisiiii nl des ( 1h r>-d d uvre , «rràce à Josse Matsyb, cjue l'iin re^ninb' . non sans vraisemblance , eouuiu.* le' IVère de (Jiiiiih ii . l ii ji.ircil r^cjimr eut donc été propice au dévelop|H m. ui d un ;:r;»ntl peintre, d'ini ^rand article «jUfl<*on«pu . (ini( liardin cl Opnieer désignent d'.idleui*s Mats)?» loninic ori;:inaire de Louvain. D'une auhv part, dt'ux é( i i\ain> plu-^ modernes, nés l(Misdeu\ a An\rr>, Fii kacrl t t Fcuncnberj^, expriment une opinion ililb renle; M. De Burbure a trouvé toute une généalogie anversoise du laineux < nloriste, généalogie <jui n'uiniiic iii-<nrrn Mi('>. Mai>, M. Fdward van Ev<'n nradivs.r un texte in«'*lit, oii l'i'xisleiu'.e d'une lamille Ma»\>à L)U\ain >e In.uve établie d'une manière pn.sili\ed;> l'année Mit) I.e débat n'e>l point terminé, commeiui Nmt, et plu> d'une' bnu bure, plus d'un article seront encore nécessaires pour vider la ([uestion. Quoi ( Il -Mil. .l.—e « t Ouilileii perdirent leur père, Jean Massy.s, en I 'i('»<'». l'année même durant laquelle le peintre

• Notice l)ioKraplii.i»ie sur le peintre Quinlen Mabys, par Edward van Fvcn I oinnin i8i0. — Les Artistes de l'hôlel de ville de Louvain, par le inrmc, IHÎii. Cet ousva'^v est plein de renseignements aussi neufs que précieux pour l'hislnirr dos arts en Helgicpie.

2 Voyeï à la lin du \olume ce document nou\eau.

50 uRKilNES

lui III- Mvail n'< Il Ir jour. Jo^sr Iravailla lon|;t(Mnj)s pour Ir ( oiiiptr i\r sa uxvrc : <mi I il «liri^'eail (Mirorr sons sim

lliilll I rl.ililivNcinrlil [».»trrilr| . Mai^ hiriitot aprrs i) sr maria a\»'c (lliri^linr \ au l*ullr, » t uiir iioiivcllr laïuillf; lui iiinn)sailr iiouvi'llrs ( liar^'ts, aussi l)ien ijurdr luui-

N..iii\ <|rVoi|N;. Au hnUt <|Url(|U»' trni|)S, il l'allut M'

st'IMn r : OuinlfU ayaul arlirvi' s^j rnussiiucr et <'lanl un habile forgeron, < luiut'na sii iwrrv h Anvrrs, (l<ml rdjuilencc faisait (!♦• nij>i(lt'S |>roirrrs. ru xuir (lu'il [KuiNail rai^niiiiaMrmrnl r^iM-rrr nlilniir, «laii^ une \illr rdiiiliUîmiiUe, (les lra\;in\ |>lu^ iiniiiluriix ri dr^ prix jilus élevés. Si i>ii >u|»[)nM' l'arli^lr nrij^'inairr «rAincrs, nn dira s«'ulriu»'Ul (ju il i liaii;jra d»- driunirr. On >ail rniiiiiirnt I aiiiMiir lui lit. |)ar la vintr, ahandoiiricr \ ( liiiiif t I !• marteau |Miur la {iai('tt<'. Nous n'avons |)(unl à nnu> occuper de celte ancMMlot*', < n « ln'n liaiil les <»ri;:ines d'une rttAr («'Irhi»'. Mai^ iinii- devons |U^tilit r la d.ilr (jiic nmi^ aNnns a>>i|:né<? à la uai^^aiK <■ dr Ouintrn. On Ir supposa; ;;énéral«'mrnt \rmi au iikiihU; en 1 iMl nu I \ '\'). Mais tous les tahii-auv dates, (pii nous rc^l. Ml de lui. ^ont po>téricui> à l'anniT 1. ")()() : son (l UNir la plu^ aïK irnne et la plu^ i)»'lle lut exécutée en ir>()8. S'il avait vu 1»' jnui* aii*^sit(^t qu'on veuf hien le

dire, il vrrail hl/aile (pi'il fi»' IKHH lestàt au cime lia* e de von aciivilr diiraiil un espace de vin;.M-( nnj ou tienle ans. Néanmoins, (mume un l'ail pareil, «piand il s'a^dt d'<'[)o(pies j'ioij^niées, dont le temps n'a «fuère ropecte les produetion>, n'aurait ahsolumenl rien d'extraordinaire, notr«' opinion <ieniande à ètr(' (orroborée par d'autres preuves. Or, il existe au musée de Florence deux portraits de Quinten Matsys et une image de sa femme, tous trois de sa propre main. Une des effigies de

DE l'École d'anvers. 21 i'jirlish. ( (Hivrci un petit panneau, cintré dans la partie supérieure : la jeunesse de la li<rure, la timidité de l'exénilion et les etlorts qu'elle trahit, doivent faire ranger ce morceau parmi ses premières œuvres. Le second portrait nous met devant les yeux un homme d'un âge mur, mais rohustc; et j)arraitement conservé. La tête de h femme, CatheriiK^ Hy(»ns, (pi'il épousa en secondes noces vers ir)OS, n'accuse pas plus de trente ans : à sa ^'aucho, on lit la date de Lj2(). Les deux images, en outre, semhlcnl ( (•rilcm|M»raines : le travail aies mêmes caraclèn-x d nul ninfil s'o|)pose à ce qu'on les croie exécutées l'unr après r.nitrr, san^ interruption. Toutes deux témoi;:ncnt en faveur de mon avis; car si Quinten Matsys avait eu ciinpiante ans passés en 150S, il n'est j;uére j)n»l)aMe cpi il eût <'p(Misé alors une jeune lille de dix-huit ans, et dou/eans phis tard. Agé de soixante-cinq ou soixaiilt -(li\ .in^, il n'.iiiraif pas offert lui-même cet aspect de vigueur, ( e< (m nie- pleines et cette fermeté d'attitude (pie {'(ni lein.ircpie (l.nis son j)()rtrait. Il fut reçu franc-ijiaitre de la conIVerie Saiiil-Lucen l 'îOl- \ iTanm'e comnienc ail à PAcpies); il aurait eu alors vingt-cinq ans, selon notre ( alcnl, et il est probahle que son maria;je eut lieu sriiiemeiil après son admission, pnixpie le père d' Adt'laide van Tuylt ne voulait la donnei' ^\ui\ lin peintre, (l'est l)i(Mi l'Age de l'exaltation amoureuse vX des entreprises ililUciles, de l'ardeur chevaleres(jue en un mot, et la résolution de Quinten Matsys était vraiment un acte d'héroïsme alfectueux.

Une autre raison donne à penser que Matsys ne mourut pas fort vieux, en 15:]! : c'est qu'il n'a pas fait école. Or, dans une longue carrière, il eut fini par entraîner sur ses pas un cortège d'élèves et d'imitateurs : il ne nous

if OtlKilNKS

ntlrirait \r -j)rrl;i( Ir llrs-iair d'im hninilH» >r;um('!lf sii|)rri(Mn\ niarrlianl seul au inilicn dt» stm r|»o(ju<'.

MMt<\«^ inniiliM rll'tM tivpmt^U (III invciitil «'! un

l.'ilriil original. Sa iiianirn' k m .-nx tiii rMp|M>rt avec li* shir linii:<*oi<. Si nhsrrvafnii -^. v| liflrlr^ à la nalmo «{n'aiiMit jni « Irr Ir-- llNck « i Inii^ suri r^vcur'', imis t/ihl<*au\ n»vi*I<'iit la |M»rli(|iit' mllin iirr <|ii rhri«>liain<mr : on !M*Ilt Un itlil rti un imml lie «lipait i(|i>al. l,(Mirs

lYpo^, leurs expnssiiiiis, lirais snjfts, Ifiir^ mniniinrnh, l<»niN pnv»în;z«**^ l'ont juMi^cr an\ h'^cmii'^. I(>r< mm'Iih' ipTils n»« <lrM'ln|»|M'iil |»niiit tiii n rit iiM'rvril liMi \ , ronnno nn Ihhi ii(»iiiliri» iU' {)«'in(nn>s rmnwml ^^ori»', rviM iitérK par uelle école. Si Hél«iU snni ciiiin iiiilr^ .m nu unir i <'r| , rM|MM-| tli' ri'ii-t'iiilili'. je ( aiarlrr»» i|»»s |»Iin ^iniinmn's. Ir

^nln «le l'oXIMMllinli . la |H'iMliLM«'ilsr lilM'^HC |;i cnll Icil 1*,

la placidité dr la liinii(*it* (*l 1* < aliiic invarialtli du rie] nous en clnitriiriit, tran^iinrtciil riiiiaL'inatinii daii^ hmm sphère plus sricinc, plu^ l.rillanle cl pins henrense. Ijn prop(»rlions rednite»^ des pefst»îiiia|,M»s anssi hien (jnc^ de«^ arro<isoirp<, immi»^ aniitirn i'iil « llrs-mèmes <jnc rions avons (piiflc If N<i| de 1,1 \ pn-ili\r. MatsNS se raj^prodie en Inni |M»inl dr la iialnie; ses Innds seuls f^ardunl nnestn ie de l>i/arrerie tanlasliquo. Mais le sentiment rèvcMir, idéal, l'altrail fabuleux ont disparu de l'iinai/e. An uivsticisiue chretitMi >uccède i'(d)Si*rval ion exclusive de la realil/'. Les personna^'(*s ^iiandisseul, se rapproclient des diinen- ^iinis Maies, sans Ir^ allcindre ciKoie. lU occnpeni aii^si pins d'iispace dans le clianiji du tahleau "t diininncul 1 iiujHutance des objets secondaires. Len préoccupalions ordinaires de la vie prennent sur les figures la place de la piétV', du calme et de l'onction. La coiileiM' siihii une inéf.nnoriïhn'ie nnaloLnie. File n'e^it pln^^

Di: l'école D' ANVERS. 23

lirillaiite, jM»li<* comme un émail; elle devient fruste, ^n*enuo, ( ommo la surface des terrains, des pierres, des IwUinipnts, <lei< écorces, de presque tous les feuillages, comme l'extérieur de presque tous les animaux *. Le dessin, MU lieu d'être timide, serré, un peu dur, acquiert (le l.i faciliié, «le r;nnj)l(Mir; les contours prennent de la ni ni! Oïl nd III ire cà ç| \h des tons chauds, des effets li.irmoiiiciix, (|iii i appellent les maîtres italiens. Matsys a dniic Ih«'ii (pic Vaii Kvck et Hemlinj; les qualités du stylo iiindri iH': ri ( (' (pii iui^imente son mérite, ce qui en l'ail lin lioimiif Maiiiienl nri«:inal, c'est qu'il n'avait pas IVaiK lii les Al|»('<, c'est (pi'il n'imite en rien les artistes meii(li(»naii\ . Ses (nivni«res attestent qu'il ne les connaissait \\i\< : il i puisé en lui-même et dans l'étude iiii|wii-tiale (Ir la iLiiiire le< (pialit(''s pvécieuses de sa manière, qnalilrv iKMMclles soim les linimcs du Nord et (|ir.\llM'! i Durer, snii ( (Hilemixiraiii , ne sut pas acquérir.

Oiiinlen .Mal<vs poiivail donc produire une seconde e( n|r llaiiiande, oriLMiiale comme c<'liedes\an Eyck et (oui aii-si nerrlaiidai-e, (|iii enl dominé, fécondé le wi" siècle, (•oiiiiiir la iiicIIkkIc l)rii,i'(MMse féconda l(^ xv*. On es| surpris cl alIliL!'' de Neir (|iic \)n< l'ii homme de talent ne ioar( lia sur s,.^ lra(v<, (ju'il resta isolé au milieu de son trenie. Les noms de i>lusieurs peintres qui fréquentaient <on atelier, noms retrouves dernièrement, conliriiieiit sa s^olitiide intellectuelle, car tous ces artistes on! vécu dans la plu< profonde obscurité : il a fallu fouiller les archives d'AnvfMs pour constater leur existence ^

• Lo r.lirisi n la Vierge du miisro d'Anvnrs ont néanmoin? le poli de ranrinnnc maniiVe : on ne hrise pas tout d'un noup avec la tradition. 'i Onirr ^or• i\U . .ni'il forma. Ouinten Matsys reçut comme élevés :

'J\ OIU'-.INES

La cnisc |»riii( rm|K»('ha (Juiiiton Matsys

(roxeroer autour i\e lui une action utile et ^dorieuse, ce lui -«Mii^ (loiilr h' MKnivriiicut (ir la Ucnaissiuioo, par l('(jiit l |(Vn r^nriis se liouvuitîiit eni|)ort(s h la lois vcin Its An< iriiv ri vri> l'Ilalir, hcritièro de leui*s tendances ((MUinc (le leurs liaditicuis. Ce niouxînient, ainsi (jue des l<'inoi;^ma)^es jxisitil's nous ont ])crniis d(; l(» constater, avait |)»'iietré à Anvers dès la lin du W* siè(de. Au dé- 1)01 (lu \\\\ les peinties flamands prirent l'iiahitude d alifi' Iravailler sur le scd de l'Ilalir, j>rndiOil nn laps de temps plus ou moins l(»n;:. Jean de .Mauheuj^'e travei'sa les Alpes en I M)'!, Bernard >an Orlev, dit Bei iiard de Bruxelles, vers ; Michel van Coxie, Landiert Lomhard, Jean Scli(»reel, Ileemskerk prirenl la même loute. Aussi le pn'inier peinire anversois (pielipie peu illustre, dont le nom ^'oITh' à nous a|)rès celui du dessinateuribi*geron, est-il Franz Floris, admirateiir passionn»» du jjenre nltianinniam . Il i liidie à Ije;ze sous l.i direction de Kamherl Londmrd , epri^ hii-iiieme de< loi'mes e| des «loctrines accréditées par les artistes «^recs et romains, avant m^'m!» cpi'il enl vi-it«' la jM'ninsule, où des circonstances mallieureus<s ne le laissèrent n'sider qu'un petit nombre de mois. Ainsi pré|)aré, Franz Floris céda sans résistance à l'impulsion de la mode, comme on suit le mouvement d'une l'oule qui marche tout entière; dans le même <îens. La première génération d'imitateurs avait pris Raphaël pour ^ruide ; l'artiste anversois et ses

en li9o, Ariaen; en loOi, Willem Miiolenhroec ; en l'iOl, Edwneit Portiigalos; en l'ilO, Henné (Henri) Hoeclininkero, Jean eul pour disciples : en lo3G, Franz van Cuyck ; en loi.!, Franz de Witte ; en i:i07, un ('lève dont le nom n'est pas indiqué; en i:iQ9, Olivier de Cuyper. Pourrail-on trouver une série d'hommes plus inconnus ^

DE l'École d'anvers. 25 contemporains préforèrent le style grandiose de Michel- Ange. Ce fut à qui s'approprierait le mieux sa science anatomique, l'énergie de ses formes, de son expression, les attitudes violentes et audacieuses de ses personnages. La Clmtc des Anges rebelles, le Jugement dernier étant des motifs en harmonie avec cette tendance, on y revint constamment. Les sujets plus doux, plus calmes, les épisodes de l'Evan'rile perdirent à proportion : ou bien on les néj:lig(3ait , (uj hicri on les traitait d'une manière sèche, prosaïque, dépourvue de grâce et de sentiment. Ce fut ainsi (jue travailla Franz Floris : ses toiles n'offrent j)lus de caractères indigènes, ni dans les types, ni dans le dessin, ni dans la couleur, ni dans les costumes, ni dans les autres accessoires ; rex|)ression garde seule un peu (le Imiidciii- llimaiide. Toute la poésie du Nord, tout le charme local onl disparu.

Telle est néanmoins la puissance de la vogue, que notre artiste forma plus cent vingt élèves, qui s'éparpillèrent ensuite dans les dillérentes villes des Pays-Bas et dans maintes (onirees de rLurope. Après avoir commencé leurs études ailleurs, des jeunes gens quittaient leurs maîtres et venaient terminer leur éducation chez lui. Les principaux de ces disciples furent Krispiaan vander Broeke, Joris de Gand, (jue le roi d'Espagne et la reine de France choisireni pour leur ()eintre, Martin et Henri van CI(M'f, Lucas de llecre, Anloine Blokland, Jérôme, François et And)roise Frank ou Franken, Herman van der Mast, Joostde Beer et Martin de Vos. L'énumération deKarel van Mander est beaucoup plus étendue S mais nondne d'hommes qui jouissaient de quelque célébrité à

' Ilot LeviMi ,lcr Srhildors, Amsterdam, 1764; tome 1", pages 229 et

son époque, ont maintenant perdu tout renom ; leurs tableaux n'ayant pu soutenir l'épreuve du temps, leur mémoire a sombré, comme un navire trop faible pour lutter contre les orages.

Quoi qu'il en soil, l'inlluenee de Malsys pouvait-elle résister à cette légion d'artistes, (|ui entraînaient le ij^out national dans une autre direction? Presque tous fortilièrent leur en^^ouement par un voyage au-delà des Alpes.

Franz Floris ayant cessé de vivre (mi 157(1, Martin de Nos, A)^é de I rente-neuf an<, heiila (\r sa suprématie. Pendant (pi'il babitait la péninsule , la manière de Tintoret lui avait semblé prél'erable à toutes les autres, el il s'était lié si intimement av(M' l'artiste vénitien, (pi'ils avaient travaillé plus d'une fois ensemble. Tl forma lui-nK^mr un assez grand noinbi'e d'élèves, parmi lesquels se distinguèrent surtout lïenri de Clerck et Wenceslas Coeberger, peintres de la cour sous Albert et Isabelle. Ayant <Vailleurs la main très-rapide, il exécuta une foule de dessins pour les graveurs ; les estampes tracées d'après ses modèles portent les noms de vingtsept artistes différents : cette multitude de planclies contribua, sans le moindre doute, à répandre dans les Pays-Bas le goût du genre italien. Et comme Martin de Vos mourut en 1603, lorsque Rubens avait déjà vingtsix ans, la ruine du style national se trouva, même avant cette époque, un fait accompli. Renonçant aux qualités indigènes, tous les peintres flamands tachaient de dépayser leur imagination . Leurs efforts n'aboutissaient qu'à des œuvres médiocres : d'une part, leur nature se trouvait contrariée ; de l'autre, ils ne possédaient point l'élévation, In délicatesse morale et esthétique des peuples

DE l'École d'anvers. 27 méridionaux. Ils imitaient donc le chien qui abandonne sa proie pour l'ombre, et Técole néerlandaise se trouvait menacée de languir dans une éternelle infériorité.

Mais le génie des nations a de merveilleux retours. Comprimé sur un point, il se glisse vers un autre : on le croit disparu à jamais, pendant qu'il se fraye une voie souterraine. Un jour enfin, il s'échappe de l'ombre, plus fort, plus brillant et plus vivace. C'est ainsi que la justice et la vérité, ces immortelles proscrites, éludent, tournent les obstacles, quand elles ne les renversent point.

ïot ou tard donc, il devait naître en Belgique un homme extraordinaire, qui, après avoir subi l'influence italienne, s'emparerait de tous les éléments de l'art méridional , les combinerait selon son goût et les forcerait à servir d'expression au génie flamand. Rubens eut la gloire d'opérer cette métamorphose. Il serait injuste de croire néanmoins qu'il en comprit seul la nécessité. Plusieurs hommes de sa génération, comme Abraham Janssens et Wenceslas Coeberger, essayèrent de se former un style original sur le nouveau terrain oii était placée la peinture néerlandaise; mais, quoiqu'ils fussent doués d'un grand mérite, ils ne possédaient pas la vigueur nécessaire pour accomplir cette importante mission. Ils virent le but, ils approchèrent du rivage, déployèrent toutes leurs voiles, manœuvrèrent de leur mieux, et n'eurent pas l'honneur d'atteindre le port. Quand Rubens y entra majestueusement à leur vue, ils furent donc pris de colère et de désespoir. Aussi ne lui épargnèrent-ils point lesjalouses hostihtés. Qu'importait au grand homme, sur de lui-même et à l'abri des orages? Co'î ]>eTntref^ seconda ire<^ fiuurent principalement dans

J8 ORK.INES î)l I. ECOLE D ANVERS.

riiislnin» tir l'art mmin»» sos (M)in|M'tit<Mir<, |>ui«|nr \v\ir Inilalivt» a rclimu'. Nous Ic^ a|)|)n'(irron> dniic ajuvs avoir rxpliqiHî It» ^rnir t t l ac limi liistnricjiir Pi^rn^- Paul. (irnu|M's aiitniir lui, «tii )ii;;«'r.» iiiiriix |r«s ipialilés ré<'ll»'N (ju iN possrilairiil v\ les l'uihlessrs (jui 1rs rinpécluNreiil de rt'ussir.

tll.U'ITlIE 11.

Lrw nmitrrn dr Huben**.

Hubens satne l'nrl flamand qui s'égarait. — Tohie Verhaegt, son premier maître. — Aii.ini Nonrl. — Cnrncliro faronclu; de ce peintre. — Son lalcnl se corrompt nu milieu de la débauche. — Suicide étrange de Karel d'Yprt's. — Uiograpliic d'OUio Vciiius. Description de sa manière et de ses ouvrage».

0'i(»i(jiic le \vi° sioclc !î(» fut pns demeuré inactif rt'il ( (>ri(|iM< ccrlains résultais ne 'cessa ires au développcincut iilh ririir dr Tari , il est manifeste qu'il avait |)<M(jii v(tii> d'aufrcs raj)|)()rls et que vers la lin de cette iiKiliilr r|MMjiir, la |)riiihirr ne montrait plus ni élan, ni (►ri;:iiialilr. A|)ir< a\ dir cherclié d'abord son salut dans la niaiiirit' (le Ua(ilia«'l, dont elle n'avait que très-imparfaitcmeiîl >ai>^i la ^^ Ace, puis dans la verve audacieuse de Mi( li('l-A!i;.M', dont la ,iirandeur lui avait échappé à son tour', elle ne savait plus (pielle direction prendre, et,

> Celle distinction a été faite par Sclinaaso dans ses Lettres néerlandaises (p. lu style do Raphaël, que la première génération du xvi« siècle

30 l.kS MAÎTRKS

fni<«!it i|ii«'|<nHS |>as sm- l(tiilr> Irx roiit<»s, siiivînt «It'lilirn illrlll JHKMIIir. Si i r||r i lU Ir» Ink m s'i't.lif |»n»lniipis l'Ilt' mirait «in-anfi Ifi nlt» llamaiidr : •^^'s traiN ramrtrri<ti<|ii<»^ s<' si'init'iit «'llacrs l'im ii\)rr< l'aiiln'. Mais |M»ur l.i lirt i- r. lir <lafi;renMlst» sitiialinn . il rall.nh|iriiii ^rafnl liMiiimr. un In timiHM'neiyiii iif. lui «.t ixir tir ( hrl ri «If ;:iiiiir. La liesliuéo l lui nrln»ya, vi rllt» n'|>i il . pt'inlanl un (irmi-SMM'lr, un» Inrci» iiohn • II.-. Ou «Init drsiror <avnir roinincnt (Irluita ce nMlrMi|ihMii « i ijurls inaitn's lui rn^t'ij^Micn'iit If^ «'I/'UiriiN «lr la prififuir : l'rduralitui dr Pirrrr-|*aul UuIm u- ur |)« ni » lir utic chose inclifrért>iilu.

Tohir Wrliai'i^l. |Kiiiilr»' du |Mi\sa-.'. lui <Imiiiim 1rs jnrinières le<;ons. Ni» à Aiixts fii ir»r»r», i\ .i\ ;ul nii/r aniirrs seilIciiH'Ilt tir j»Iu- «jur ^Mii r|»»vr. Crlail un linniiiir rrinan|uaMr, H-lmi Ir lrnini;^iia;j:r do Vnii Maiidrrrl l'idu;:»' xriNilic df ( nriiillr d«; Hic l^i lauiillr de Kul)« ii> nr l'rùi |taN «I .lilli'Ui'^, M'Ion Inulr a |»| wi ri'îii r, ( ohli»' à un individu sans talnit. (lornillr Iniir ain^i s<s f»nvra;:fs : « CfUnnir rha(|urol)jrt s'adMU< il <l;i[i- !•- Ininl.uti ' (iMuiiiKles arbres >niit Lirn Inuclu^, siinl jn mh il uin- ujanu ir Nivanh"! (Jurl> |rrrain> légers el la('ilr.*> ! (Jnrl au- siiu- \u^o oui irs rameaux entnîiaces! « L'adre>se do l\d)ir, Vrrliar»:! lui arjjuit rr^finw • l la l";i\riir du ;:i'aiid duc tir l lnrriïcr. il n nhtiut |»a^ un Uinmdir -u» rr>a llnnir : on y admira buaurdup une Four dr liahrl, nii il avait jModigur la j>alitMU'r rl 1rs drlail>. (Iharnic dr la sensation causée par ce tahlr.ui, il }m i;:nil le même sujet trois ou (juatrr l'ois. Lnedes variantes tu nait 1' éjudi?>e de Lierre ; Sébaslien Fran<;k avait rv«'( ul«' lr> |)rrsonna|;r.s. F.r

adopla, fut burlout accueilli daus le llrnbant ; Miclicl-ADge, modèle de a ^econde, cuUes principaux sectateurs dans la ville d'Anvers.

I)K Hl'BENS. 31

wi'sicM le, i'|MMjiir (le Irnuhliî et de révolutions, aimait « ri cpisoile «le l'AiK i«'n Trstaiiient, symbole du désordre aurjuci il riait lui-iinMnr eu proie. On ne sait rien de

( iiiK . I ii.iiii Toliic Vi'iiinegt, sinon qu'il termina ses )()iir> il.iii- I .iiiiirr \{V.\ l .

Adiiui van ^oorl, le second maître de lUibens, excite j»ar M's étran«;«s liahitudes un assez vif intérêt : il per- -onnifit' tnulr une rlas^<' d'iiounncs. Ou trouve dans les

du >inrd dr^ iiidi\idu^> qui m sont la représentation lidéle: le cliuiiil produit sur eux les mènies ell'ets que -m l.i Miilmr. (If ^niil des caractries ora^(!u\ cou nue les MM I ph iiirinii.ih - ; des esprits sombres comme le jour (|u liii ( il I Icne' \i\\>^i' pén<'trri' les brandies des -apins; de> ànu'> pleines d'Innueurs i'arouclies, (|ue huirnu'nlc'nl do brus(pie> variations, pareilles aux capriio de ralni(»^|»ln'H' InuM alr. Ouand on les approcbe, «'liesvims causeiil un» -^oïlr de malaise; on sent que la discnrdr. (pii rr-iir iiii (Irlim- p.iniii les éléments, rèj^ne iius'^i « iilic Irur^ r.u idl«"-, lrnr> pas>ions, leurs projets. S.Hi^ pdiiN nii (lire ( «' (pi nu r[»i(>UN(', OU dcvieut triste, (oiiiiiir pt udanl riiiv<'i', -iir un nd hlancbi pai' la neige, Inrsquc \r snlril a disparu, »pir de.-, nuages aux tons cui- Mvs l»iillr!ii à (ravei-s les rameaux dégarnis des bois, (prune ii-..up<" dr ( oi liciiux huii iir dans la lumière mour.tnlr a\r( (i(- « l i- lunrliivs. I n petit vent glacé, mono- Innr, M- l.iMK ntr -inis ivpns dans les buissons ilétris; une brume violrllr ukuiIc du loud des vallées, où dorment imin<d>ilrs 1rs (•tang> l aplils. L'ombre vient, morne et Iragiqur; il M'nd»l(' (pie lout va périr et que la campagne

un grand cimt'lirrc Adam Nan Nnori lui un do ces bommes moroses, qm

uiir si rba.iirinante iniluence. Triste et sauvage, il

32 lES MAiTHK>

rtM'onrait nu viii j)()iir dissiper sa iiu laïuolic; le vin lui procurait une gaieté i'aclicc, (|ui éclairai! un inoniont sou Hint^ indnniplahlc et s'étei^Miait (rcUe-nièine après les orn^'es «!♦' rivicNvc. Ouaiid il n'a\ait pas lui. il maltraitait tout je in<)U<l«'; ^oii talriit. airailili au luilicu de >cs colèrr>. drvrii.iit, jtuur aillai dur, la pi'im- de sa uiauvaiso liniiii l II h l maître iio eon>ruail pas à l'esprit lucide et Iraïupiillc de lluheus. Jac(pie> Jordaens, Vaii Haeleii, Scliastif'ii Franck sU}>jMU'tairnt mieux scs.icf ès iaioin lies.

premiei' a\ail une raisnii trivs-lorle pniir iiioulrei' de la jïatienee : il ainuut la lille de l'artiste et, (piand \v pèro le lu iilali-ait . Mil ^nui-irt', iiiH - d(»ii( r piiidle de la gracieuse

eilLinl lui l'elldairlil < nlll-.iue. Il rpolis.i >a ('(Ulsdl.i-

trice.

Adam van Noort t tait m* en Ljô?, à Anvers. Il prit les lecniiN dr L;uid»ei f \aii N'oiirt, son père, fpii avait reçu le jour a Auiersl.iii, ru Hollande, Ncr^ l'ainu-e ir>20. (le dernier possédait du talent <omine peintre et «oinnui an liite( |r. Ou Ndit d.- lui :ni iiiii^ée d'Ain er^ ([iiehjues prodiirlious pa*«s;di|t'«s Dii i'';iue le dii wi* siècle *.

Kii 1")^". il l'ut reçu niendue de l'Acach'mie. Les (uivrages de snu liU sont si rares (pi nu lui attrihuc seulement deux meneaux : l'un, plue daus la tralerio de Darmsladl . irprescuic |,i reuiine adiillèie devant le Christ; l'autre, con^erv<« daîis ré«rli<(. Saint-Micliel à Ganil, a poiii snif t un malade iiin ii j)ar l'iiili-reession de la Vierjie. Le llaltem (i( un il le de jJie, dont le livre est un pan«"L'xri(pie per|)étuel , ne marchande point les éloges, quand il s'occupe d'Adam van Noort. « Il a si hicn cultiv/' l'arl et d'une manière si belle, (prune foule? de

' Elles sonl nu nombre de quatorze et ronslalcnl de In manière la plus évidente que raulcur était un homme médiocre.

UUBENS. 33

iMMSoiuH's (jii roslent surprises. L'or de Crésus ne saurait être comparé au\iiia';niii(jues dons qu'il a reeusduciel. » l u l«'nioigna;:o plus important, c'est celui de Rubens : il (li^iiit que ce peintre aurait surpassé ses contemporains, s' il avait vit Home cl s il avait étudié les bons modèles ^ Il jouissait d'ailleurs d'unci jurande r/^piitation et fut chargé d'entreprises consid/'rahles, jxnir lescpielies on le paya iil)eral<jnn'nt. La nature s'était montrée i)ienveillante à son é|;ard, sous \r i .tppoi t de l'imafrination et des autres r;i( ult«'s d'in llste, iii.ii^ il lit preuve d'ini^ratitude envers elle. I)<*tnuni;iiit peu à peu sa vue* des l'ormes qu'elle lui prési'ntait, il r(»id)lia et méconnut sa puissance. Son châtiment l'ut de tendier dans la manière, dans l'incorrecti(Hi de-. Ii;;nes, dr (•(iuq)()ser avec un moindre «ioiit (pi'auj>aravant . La di'hauehe Unit d'ailleurs par l'abrutir ; l.i ^(hT du Lî.iiii it iiiplacM l'aniitur de la perléction. Il ne MaNiiill.i plus ipir pniii- (dileiiir les uioyens de continuer ses (n-;^ri('^. l ne r\( ( nlinu lacile et une bonne couleur lurent bientôt les Muds avantaj^es (pii lui restèrent. Son pfM'trait, jzravé deux ou trois lois, est l'emblème de la rudesse et de la «;rc>ssièrete.

On espérait (pie le mariage adoucirait son humeur intrailabl ni.iis \\ iir lit (pie le rendre plus (piinleux et pluâ

violent, 'rniilc voiiele lui de\ i lll'o<lieUS(>.

Adam van Noort uiourut à Anvers en Il était âgé

de (piatre-vingt-ijuatre ans et avait vu briller autour de son élève toute une constellation de grands hommes.

Puis(iue muis avcms parlé de ce i)eintre iarouche, nous nous sentons entraîné, malgré nous, à dire quelques mots d'un autre» artisti» un peu antérieur, dont le carac-

« Dcscamps, l. 1", p. ^iO. J'i^iiorc où il a trouvé celte opinion : c'est poiinnioi je le cite, malgré son manque habituel d'exactitude.

tère eut avec le sien la plus frappante analogie. Rarel d'Ypres ayant été le maître de Pierre Vlerick, de Courtray, et celui-ci ayant donné des leçons à Van Mander, l'historien a pu recueillir sur le premier des détails aussi vrais qu'intéressants. Comme le soucieux Van Noort, Rarel devenait fréquemment la proie des mauvais génies. La tristesse et la colère se disputaient alors cette nature souffrante. Il ne ménageait pas plus ses élèves que le second maître de Rubens. Lorsque Pierre Vlerick était chez lui en apprentissage, il voulut un soir montrer ses tableaux à des personnes qu'il venait de traiter : il mit le flambeau entre les mains de son disciple. Mais le jeune homme ne le tenant pas comme il le désirait, il lui asséna un coup de poing si terrible que le néophyte roula dans un coin de l'atelier, tandis que le luminaire tombait dans l'autre. Le lendemain, Pierre le quitta sans lui faire ses adieux. Ce fut ainsi que se terminèrent ses années d'épreuve.

On disait que, marié en Italie et ayant abandonné sa femme, Karel ne pouvait éloigner de. lui le remords, quoiqu'il eût épousé dans son pays une autre femme, d'une grande beauté. Son humeur en était devenue plus sombre. Un incident futile acheva de le plonger dans le désespoir. Comme c'était un homme de talent, on oubliait sa rudesse et on lui montrait une généreuse bienveillance. Etant donc venu à Courtray, les peintres de l'endroit l'accueillirent et le fêtèrent de leur mieux. Pendant qu'ils se livraient à la bonne chère, la gaieté s'accrut de rasade en rasade , le bruit augmenta dans la même proportion et ils finirent par se railler l'un l'autre, mêlant d'ailleurs aux discours malins qu'ils se lançaient leurs femmes et leur lignée, car 1rs hommes réunis ont

l'habitude de traiter légèrement la plus sérieuse de leurs passions. Il fut alors demandé à Karel s'il avait des enfants. Un convive répondit que sa femme était très -belle, mais qu'il n'avait pas su en tirer parti. Cette observation provoqua un rire unanime et un autre peintre s'écria : « Messire Rarel, vous n'êtes pas digne de vivre, puisque vous ne rendez pas mère une si charmante créature. » Le propos n'était pas des plus acérés, mais il blessa au cœur le malheureux artiste : il devint morne et taciturne. Quoi qu'on fit pour le distraire, quels que fussent ses propres efforts, il ne put oublier l'imprudente parole, ni songer à autre chose. Après le repas, on alla se promener dans les champs, sur les bords de la Lys ; le temps était magnifique et la chaleur extrême. Comme ils longeaient la rivière, dont les flots sont très-purs en cet endroit, Karel dit tout à coup d'un air sombre : «Que ne suis-je au fond de cette eau limpide î » On crut que F ardeur du jour l'incommodant, il avait envie de se baigner, de chercher un abri contre les feux du soleil. Le soir, ils rentrèrent à l'auberse et continuèrent leurs libations. Karel demeurait toujours sombre, pendant que les autres s'excitaient à la joie. Enfin un des artistes lui adressa la parole.

. — Mon cher, lui dit-il, tu as décidément un air funèbre; voyons, secoue un peu la tristesse. Pour te donner l'exemple, je bois à ta santé.

Puis ayant vidé son verre, il ajouta :

— Allons, que veux-tu? du vin blanc ou du vin rouge?

Karel avait saisi un couteau, qu'il tenait sous la table.

Il se leva tout à coup, se l'enfonça dans la poitrine, de manière que le sang jaillit sur la nappe, et dit avec une expression pleine d'amertume :

:J6 I KS MvilRES

— lù» I, (lii nmj^^c !

Less|MM tatriir> l un'iit sai•^iN (l'/'htiinciin nl cl de « nmilr : une simuIjImIiIi' ( al;iN|rnj>lir .ni imlini (runt' pai^ihlr rcjoiiissaiin» Imiili N i i hms r^j»rits. Les convives ahaii- «lomuTriit Irur-- siéjjes en Iniimllr rl . jirr^N.ini Miitmii- (lu l.lr>^.', lui (Irin.iiKlrreiil i|ii« llr Inlir ^iihite s'elail eiiiparr»» <lr lin .

— Me m a\ez-v<ïus pas «li'rlarr (nul .1 T lirnr<M|ne j'étais in(li;;iitMl<; \i\n' ' Kli hlrn ' voii- .inm / liiison : jr !iie sui> lait juslicr.

\a*S lois COIltlr Ir -lll(i<lr rlaU'hl ilItUN I IVs-sr Vr 1rs ,

rH;:lisr niaudisN.iiii ( «-((«• drrnière re^^dun r •lu niallD iir

( nimil»' If |i|l|s l^r.nitl tir> cIIMH s. jj-^ |t('||llrrs s'.illrllil.llrlll .1 Nnir lllnlll ir |il||- ( n|||rt jr r( t It ■ 1 1 1 1 ) 1,11 r II t <|llr la

IHilice 11' IVil iii-lniite île S4)n aclinn tle>« sjH rrr. On rùl enh'Ve 1«' ( ad.iN n*. puis on juMulii an «Ir la n ille, coniincrrlni (l'un niallaitrur: la linntc en lïit n tninlMjc sur la iwirporalinn rnlirn'. Prolitaiil donc dr I (d)S( urité, iU |Hii irrriii l«' malade lini-s dr la ville, le mirent dans un hateau et remontèrent silenriensement la Lys jiis- (ju'.Hi prituiré de Groenin^e, (|ui était un lien dr r< In;:*', Ayant ^'xaniiîH' la jdair, iU trniivrn iit <|irril<; n'était pas mortcllr; ir cnnlçau av.iil h» iirrnsrnH'nt ;^dissé sur les cotes. \\< la pan^érrnl d»* leur iiiiriix r\ tachèrent après de consoler le pauvre niininniaiic. 11 y aNait des inshints où ils semblaient réussir, où Karel paraissnil plii^ tran- (jiiillc et, regr»'lt;int riiicnr, (Tiiii air triste :

(( Quelle «dlise ai-je laite? >i Puis sa IVdie le reprenait ; il demandait du papier, le oouMail de dessins épouvantables, de S(|nelettes, de fantômes, et répétait sans cesse: « Je suis danmé, oh ! je sui> damné ! » Par intervalles, il tombait dans des accès de frénésie ; les peintres, demeu-

rés j)ivs (le lui i)oiir lo garder, avaient alors toutes les peines du uinndr à !<• tenir ; il luttait contre eux avec une sort(i (le ra|:e et à clia(jue fois sa blessure s'ouvrait. Plusieuis jours, plusieurs nuits s(i passèrent au milieu de ces cnVayantex Miternatives. Le mal empirait cependant et Karel tinil j»mi- rendre l'Ame \

Mais rrvciKiii^ iii;iîlr( < de Ruhens et occuponsnous du driiiK i-, ini|»nil;int , du seul (pii eut

|H'Ul-<'IH' siii lui line ;i( tloll N t'i italilr.

Ouand nn |i[nMiène dans le mus('<', de Bruxelles, dans ( »• iiiu^ e (|ui devrait iaire naître radmirati(Ui de rMun»|M' riiiin r . i d/'saj»|M>inte le voya^^eur, on aperenii un jMu li ail |tl< iii d'el/iiane»', à luuitié caclié par une oinhic iiijusir. ("/e-t l'iiiia-r d'iiii lioiiiMie sur Ic rctour, une li;zui»' r\ii«-iiiriii. iii ic::nli<'ie, encadrée d'une large frais»'. |/rii^» iidile d le» d«'tails en sont j^lcins de finesse rl de di-(iM( linii. Oii(»i([ue l'acre ait Maiiclii la barbe et 1rs clirNciix, ( ellr jios<è(b* encore une beauté peu oi-difiaiie rl iiH iiie une rrriairir liaîcheui- juvénile.

|/e\|(|e-^in|| e-| ;jia\r. drlK r, |(" ll(''( iur , UU jX'U luélaU- (•n|i(jlir. l'Jlr (|r((|r lllir.illlr I lir 1 1 \ r i ! lail I r , adroitC , (•olIllU'rlianl la |>n<--ir rl Ir lllrllde, s'élcvaut à l'idéal Ct

sacliani manier les allaires. Ce sont les traits caractéristi(pies d'Oihn Veiiius, le maître de Uubens. Le tableau a rte |.eini |.ar (;erlrude, lille de rarliste et nous intéresse doublemeiil, (omme souvenir (Tun lioinme fameux d'abord, iMiisromme jiren\e du talent (ju'il avait légué àsa lille.

L'iiistoire écrite sur son visage n'est point une histoire mens(Ui^M're. Il a réuni les qualités dont sa figure est,

< En 1503 ou 1504.

:)8 I KS M VÎTKES

|)niii- .111)^1 ilii'c, l;i proiiK'sM'. Il lut Mil |)«'iiilr(' iiahilr, un f'>|)ril si;^»' rl iiii .liiiiahlr cavaliLM". Ces inéi'ilcs (iiMiiversr nature ^riiihiaienl pliilùl le destiner à rtic le père (|ue rin^lil uleur «le 1{uIm'ii>. A delaul de liens inulérieis, ils eut entre eu\ u Ile veri la I »le naieiite d àiiie et délaient.

Otlmn \an Neeii. <|ui. en latiniKant ^es deux noin^.

lit a|t|iele|- Olllu \e|iii|s, |('( ut le j(tU|- daiis la \ille de Le\de. en Sn|| père \ e\ei<;i|| |rs Inni tinlis de

liiMiruiieiiioli I' : d était , < n nul re, seigneur di' Jln^eveen, De^plasse, Vnorse, l)iake*nslein. etc. I*ar s(ui aieni, Jean \aii \('en. eiilanl natiiiel <|e Jean III, due de hrahanl, il de^( t iidail d une maison Miineraine '. Corneille, ie |)èi'e d'Otlit», se ineiifraiil lidèle ;i sa «ialnnle ori;:ine, jn-nen-a dou/e cil 1 an nuel(j ni '--un-> jouèrent «la lis le nnuidc pelili«pi«' un li^^r/. Iicaii r<>l«' ; (iliishrcchl aiina mieux «'liidier la uraNure «pie praliipier l«'s liiunnK'^ ; ()tli«>, saisissant la palell«\ eln-rclia la ^iloinMlaiis ce «pii lui lesseniM»' le |>lus, «lans les iina;^*'^ <ans r«'alit«' de la peinture. Pierre « iiltiva e<:Jileinenl l'art «iii « «>l«u is, niais en sinij)le amateur. f.eMirmère appartf'iinil à une dos ineilleiin.'s lamilles d'Amsterdam. Otli«> avai! «piaterze ans déjà <;t un«' instriK tien a^sc/ «'tendue, l«>r>-«pre!i le mil s«mis la disciplin»' du peintre Isaae Niecdai «m Claesz , dimiiiiitil llamand (^t hollandais de son dei nier ikuu. Sur les bancs d«' la «lasse et devant la toile, il montra une donhh; aptitude, mais c'était à l'art (ju il donnait la prélénince. Les jïuerros des Pays-Bas vinrent troubler son ralme juvénile et suspendre ses pro^aès. Corneille van Veen,

• La jeune personne qui avait eu des romplaisances pour le due, s'appelait Isaheau van Veea ; elle transmit son nom ù sa postérité. (Voyez, à la fin dn volume, lo<: d('tnil< que nou> donnons <tir I.t f/imillf d'Otho,)

exoiranl une aulorilé publique, fut forcé de prendre un parti et de le pnsndre ouverteuient. Il eut la sottise de se déelarcîr ])our les Espagnols, de se dévouer même pour ces ineptes dominateurs; les Etats de Hollande lui retilén iil SCS charges, contisquèrent ses biens et le bannircnl du pays. Il alla eberclier un refuge près d'Ernest (le Jiuvière, évéquc d(.* Liège et prince électeur de Cologne, (|ui le reçut i'avorabicment et s'attacha son iils en (jualilc de page. Sur les bords de la Meuse, Otho rencon- Ira J .anipsonius, élève d(^ Lambert Lombard et son biographe. Outre la peinture, c(î nouveau maître lui enseign.i la poésie, le> mathématiques, le blason et l'histoire naturelle '. Au milieu de ces travaux, il atteignit Tàge de dix-huit ans. Il l'allut bien alors (ju'il allât voir l'Italie: un ai ti>t<' qui n'eût ])as lait ce voyage eut passé pour un homme sans valeur et mèinc^ sans conscience, puisqu'il auiail néglige l'occasion d(.' s'instruire et de se perfec- (ioiiner. T;iM(li> (jue Corneille se rendait en ambassade aiquvsde Uodolphe l^^ son liisprit le chejnin de Rome, (Muporlaiit des lettres de recounnandation adressées par rj'vèijue de Liège au cardinal i)hi(lruccio.

Le jeuncj homme dut éi>rouver une poétique émotion, (|uand il entra dans la ville éternelle. Le dignitaire de l'Eglise lui m le meilleur accueil. Frédéric Zucchero Mut h; maître (ju'il choisil. A cette école, il se fortifia et dans l'art d'exprimer sur la toile les rêves de l'imagination, et dans les sciences dont il avait franclii seulement le péri-

> llouhrukcn, l. l", p. '^8.

■i S(>lou van Criniltcr-en, Olhon van Veen fnt Uii-niême chargé de l'ambassade; mais le scrupuleux annotateur ne nous dit point à quelle époque.

3 Hou'braken, Weyerraan et De Jonglie écrivent son nom de cette manière, mais d*.mtro>< l'appellent Zucchari etZuccharo.

style. Bientôt il passa pour un grand énidit, pour une des plus vigoureuses intelligences de son siècle. On n'avait pas une opinion moins bonne de ses talents d'artiste.

II demeura sept années en Italie, intervalle considérable et d'une extrême importance à l'âge où il se trouvait. Un peu plus et il serait devenu un peintre italien, comme Denis Calvaert. Il fit alors un grand nombre de travaux que personne n'a recbercliés, ni décrits, ni jugés. L'bistoire de la peinture flamande et hollandaise ressemble aux vastes bruyères de la Campine *. Egaré sur ces landes incultes, on aperçoit h peine de loin en loin quelque poteau isolé; il faut faire des lieues pour découvrir le toit d'une chaumine et rencontrer un paysan qui vous apprenne où vous êtes. Faute de travaux préparatoires, nous ne pouvons donc caractériser le style du peintre hollandais à cette époque. Il est probable qu'il étudia de la manière la plus patiente les harmonieux tableaux du Corrége ^.

D'Italie, Venins passa en Allemagne, où l'empereur essaya inutilement de le fixer à sa cour. Il abandonna ce prince pour l'électeur de Bavière et l'électeur de Bavière pour l'archevêque de Saltzbourg. Mais le Danube et ses bords magnifiques ne purent eux-mêmes l'arrêter ; il n'y voyait ni la coupole de saphir du ciel italien, ni le dôme d'opale qui s'arrondit au-dessus des plaines néerlandaises. Il regagna donc son pays et entra au service du prince de Parme. Alexandre le nomma ingénieur en chef et peintre de la cour, Jost van Winghen ayant ré-

1 Immenses plaines stériles, à l'orient d'Anvers.

2 Ballart, Académie des sciences et des arts, 1682. in-folio. — Ratligeber, Annalen, etc., p. 290.

signé ces dernières fonctions \ L'illustre capitaine se prit d'amitié pour l'artiste et lui montra une faveur si grande que tous les courtisans recherchèrent ses bonnes grâces^; car, dans ces hautes régions, la servilité descend du maître à ses créatures.

Ce fut alors que Venins exécuta le curieux travail exposé au Louvre : il représente toute sa famille et porte le millésime de 1584. Charmé de revoir les siens, l'artiste voulut employer son talent à conserver leurs traits. Il peignit donc sur la même toile son père, sa mère, sa propre image, les neuf frères et sœurs qu'il avait à cette époque et les enfants de ceux qui étaient mariés, en tout dix-neuf personnes. On le remarque au centre du tableau, assis devant un chevalet et tournant la tête vers le spectateur. C'est un jeune homme de taille moyenne, avec des cheveux châtains d'une nuance très-claire, des moustaches tout à fait blondes et peu fournies : l'orbite de l'œil est très-plein et se couronne de pâles sourcils. Ce portrait semble donner raison à Houbraken et Immerzeel, qui le font naître en 1558 et non en 1556, car le peintre paraît tout au plus âgé de vingt-six ans. Il est vrai, d'un autre côté, que son père n'a pas encore les cheveux gris, quoique sexagénaire.

Ghisbrecht Venins est un joU garçon, appuyé sur une table et tenant à la main une plaque de cuivre, indice certain de la profession qu'il exerçait : la planche nous offre l'esquisse d'une église.

Le dessin et la couleur de ce tableau rappellent la manière un peu sèche de Franz Floris ; on n'y admire pas les tons moelleux, le savant usage du clair-obscur,

> Vers Tannée 1584.

■2 Campo Weyerman, t. 1", p. 217.

42 LES MAÎTUES

par lesquels se dislinj^iia Otlio Venins, après son rdonr (ITtalie. Ce sont des f^roupes dt^ bons portraits, (pi(î l'on doit enuro lidt'les, mais (|ne ne nM oinniandc nidic (pialité supéri('ni(,'. J'en o.veeple l'iniaj^t! do Corn('ill(\ Assis dans nn raiitruil, voln d'nne pt^lisse l'ourréo, d iin cliapcaii ;i ;^i;ni<l l'ond, à pclils hords (pii se rapproche dit nnlrr, il altiro iniiniMlidlcinonl hvs lo^iards. Ses traits réliuliri's, ses beaux veux, son nt / dôlicaf , sa lon^n<^ i)arl)e ldond(^ lorinciil nn onsend)l<' parlail . Ce visa;ie a iino ox- ()ressi<ni do IraïKjnillilo, de honhoniio, (pui l'on rotronve dans le ('aractoro ol dans h^s tableaux d(; son (ils. On y oi)s(»rve uno linosscî (bî toucbe, une suavilé do coloris, nn Mal II 1(1, iiiio \ i( pi orniidc cl intime s(»us lo calme do l'extérieur, (pu lonl immcdiaicmcul songer aux cbcls-d'o'u- \rc bruji(;ois. Le poiirail de .Ican, le lils |>lac<' deboul derrière Corneille, cbai iuc la vue el l'cspi il pai des ipialiles presijue aussi «iiando.

Il est l)i(;n élianj:e Veiiius ait peint ce miuceau api'ès son retour d'Italie ; sans les dates, qui s'y opposent, je l'aurais ci u exécuté avant son déj)art.

D(;ux cartouclies, renbM iiiant des inscriptions latines, occupent les angles inférieurs de la toile : celle débauche peut se traduire ainsi :

« Ce tableau, dédié à la jnémoir(.' sacrée de Dieu, Otbo \enius Ta peint en 158^, pour lui et pour les siens, avec l'intention que, s'il lui arrive de mourir sans laisser d'enfants niàles, il reste dans la famille de son frère aîné, tant que sa descendance masculine existera, et qu'après l'extinction de cette dernière, il revienne toujours au frère le plus rapproché de lui par l'âge et h sa famille, aussi longtemps que sa postérité mâle subsistera. »

Le second carton cbe renferme le nom de tous les per-

D£ UUBENS. 4S

sonnages, avec les renvois tracés en lignes blanches audessus de leurs tètes * .

Noire artiste ornait le château du prince de Parme, lorsque celui-ci mourut d'épuisement et de fatigue, le

décembre 1592. Otlion van Veen transporta son chevalet de Bruxelles à Anvers, où il déploya une courageuse activité. Prodiguant les œuvres de sa main, il eni- Ixillil les monuuK^nls pieux, les hôtels de la noblesse et l(3s ileuKMrres bourgeoises. La plupart de ces tableaux subsisl(;nt encore soit dans les cliapelles des églises, soit dans les salles du musée. Ils permettent d'apprécier le talent du peintre, talent qui le fit recevoir, en 1594, franc-maître de l'académie. On le nomma doyen en !(>()'{ et il exerça les fonctions attachées à ce titre jus- (ju'au IS octobre l()0'j. Ses comptes administratifs sont tous signés (Jllto et n(jn pas Olto, comme on orthographie souvent son prénom. Il habitait la maison dite du

• Voici rommout est disposée celle liste, que surmontent deux écussons aux armes do la famille :

Pfl rentes

d Cornélius Venins 2 Gerirudis

^ 14 Libori [ Maria

n Simon 4 Anna Ixor ^^^^f^^^^^

« EUsabelh f

l Hvgo V Elisabeth

Page 1