‹ Rubens et l'ećole d'AnversChapitre 20 sur 58 · acte DE mariage · texte numérisé non relu

acte DE mariage

David Tenier Anna Brueghel solemnisatum 2â julii 1637, corani Davide Tenniers et d°. Paulo Halmal etd°. PetroPauIo Rubens. Descattipâ affirme qu'Anne Breughel avait trois tuteurs : Rubens, Henri

En 16i3, le peintre des kermesses exécuta le morceau que l'on regarde comme son œuvre capitale. Il représente l'hôtel de ville d'Anvers et la grande place , où les serments et corporations défilent, dans leur costume de cérémonie, au milieu d'une foule curieuse : tous les membres des ghildes étaient, suivant la tradition, peints d'après nature. On distingue spécialement la confrérie de l'Arbalète, pour laquelle fut coloriée cette toile. « Quarante-cinq personnages, en figurines de huit à dix pouces, sont réunis au premier plan ; tous sont terminés avec le soin le plus minutieux et dans un style qui, sans s'éloigner du naturel, s'éloigne au moins du grotesque. L'arrangement en perspective est merveilleux, comme le rendu de tous les détails. L'air circule parmi ces groupes animés, où l'on croit surprendre le mouvement et la vie. Descamps a raison de nommer cet ouvrage le plus beau tableau de Teniers, car rien de plus considérable et de plus parfait n'est sorti du pinceau de ce maître fécond, qui avait trente-trois ans lorsqu'il le fit , et qui devait travailler sans relâche encore un demisiècle * . »

Le serment de l'Arbalète vendit ce chef-d'œuvre en 1750, avec un tableau de Rubens ayant pour sujet Mars et Yénus, à condition que l'acheteur livrerait aux confrères une copie du dernier travail . Gérard Hoet en devint acquéreur , moyennant cinq mille florins , et chargea le Hollandais Schouman de reproduire la composition mythologique. Ce peintre s'en acquitta trèsvan Balen etCornille Schut. J'ignore quelle autorité lui a permis d'adjoindre ces deux derniers à Rubens. Il me paraît surtout très-douteux que Cornille Schut ait rempli ces fonctions; car il était l'ennemi de Pierre-Paul. Henri van Balen du moins avait tenu la jeune personne sur les fonts de baptême.

• Viardot, Les Musées d'Allemagne et de Russie ^ page 44?..

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habilement, el son imitation fut placée au même endroit que l'original, sur la cheminée de la pièce où se réunissait la ghilde. Une copie du tableau de Teniers ornait également cette chambre. Pour la toile primitive, elle passa dans le (^abinet du landgrave de Hesse, puis, de possesseur en possesseur, tînit par décorer la Malmaison, d'où elle a été transférée à Saint-Pétersbourg : on la voit maintenant au palais de l'Ermitage.

Le beau Fumeur, du Louvre, porte aussi la date de 1643; V Enfant prodigue celle de 1044 : nul doute que ces œuvres ém inentes ne contribuèrent, pour une grande part, à faire élire Teniers le jeune doyen de l'académie d'Anvers en lOii et Klif), preuve manifeste que l'on comprenait déjà son importance. Il semble avoir été, dès cette époque, dans toute la force de son talent. Saint Pierre reniant le Christy que possède le Louvre, fut exécuté en lOiO. Chose non moins grave! nous avons vu que Teniers avait excité la jalousie avant la mort de Rubens, c'est-à-dire avant sa trentième année. Or, fait-on naître l'envie, quand on n'obtient pas de succès? Notez aussi que les grands seigneurs s'éprennent rarement d'un mérite tout à fait obscur : ils veulent pouvoir se glorifier immédiatement de leur choix. Léopold-Guillaume fut très-utile au disciple de Rubens, je ne veux pas le nier, mais il ne descendit point vers lui comme un dieu, pour l'environner subitement de lumière. On doit néanmoins reconnaître qu'il se montra fort généreux à son égard. L'ayant une fois adopté, il ne lui ménagea point les marques de faveur : il le nomma son chambellan et son peintre officiel, lui donna son portrait dans un médaillon suspendu à une chaîne d'or, et lui confia le soin de sa galerie particu-

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eu Je. Quelques h.storiens, Campo Weyeman a Z tÏÏ se récLt sur la ûaélité de ses pasUches. U disent que les auteurs mêmes auraient mala.ement dis^nVé les originaux des reproductions ou des un a^n 11 paraît au contraire, que la touche seul :7p ndammeut des expressions, suifiraU pour r W U supercherie. Les copies rédu.tes servirent puhl.e. 10 m qui porte le titre su.vant : THéAlre de. pem- ? nll,l Temen ' En tète se trouve une petite pre-

qu'ïeniers'n'aiamais écrit que cet avant-propos; en voici quelques passages :

AUX ADMmATFAUlS W. I.'ART, SAI.OT :

Les tableaux originels, dont vous voyez icy les desseins, ne sont, pas tous .une mesme ^^^^^^^^

et amn de vous les représenter soub. une

,„ise : - Le Théâtre des P-'J-^,^^''; " "poWe GuU. archiduc, e, kayde de chambre des '<^''=f ' . i^s dessems tracés de sa Don Jean d'Austriche. auquel ^""J^^f^^^ o^ginau. italiens, que le ™ain et gravés en cutvre par se, so s ur ^^^^^^^^^^ ^^^^^

ser«" Archiduc a assemble en son cabinet a

audit prince ser"= '-«^^'^^ ënr ànt MDCLX, avec privilège du

A Brnsselles, aux despens de 1 autneur,

''T Anvers, on les vend che. Henry '■^^P^'^^^V.e en Anvers ces

Sur le fronlispice gravé on ht encore . On trouve livres de taille douce, chez Abraham Temers.

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pins convenable faron Les eiirieiix de sçavoir l'estat

et la constitution du cabinet que S. A. Sérénissime at dressé à Vienne, avec le nombre des peintures qui y sont, liront les pages suivantes, et remarqueront le grand travail et la longueur du temps que m'auroit cousté de vous les toutes représenter ; outre que desjà je suis assez chargé d'années. Mais la retraitte de mon très-clément seigneur et Mécenas en Allemagne m'at principalement

empesché de poursuivre mon œuvre plus avant

Adieu, et joiiyssés de mes labeurs aussy favorablement comme je vous les offre de bon cœur, et souhaitte que vous les receviés de bon gré.

Le volume contient deux cent trente planches, représentant deux cent quarante-six sujets, parmi lesquels se trouvent une vue de la galerie où étaient exposés les tableaux et un portrait de David Teniers lui-même. Ce sont en général des gravures médiocres : le trait manque de netteté, les artistes ayant surtout cherché h rendre les effets du clair-obscur. Ce genre de reproduction est peu avantageux aux dessinateurs, comme Raphaël, Sébastien del Piombo et Léonard de Vinci .

Une toile, conservée maintenant au musée de Madrid, rappelle encore les fonctions que David Teniers rempHssait près de l'archiduc Léopold. Elle figure la collection du prince autrichien, lorsqu'elle était encore à Bruxelles : le riche seigneur, accompagné de plusieurs personnages, vient d'y entrer ; l'artiste lui présente des dessins étalés sur une table. Contre les murs sont rangés les tableaux, où l'on distingue, malgré l'extrême petitesse de ces images, et le sujet et la touche du maître. Les visiteurs sont

d'excellents portraits, qui réunissent à la vérité habituelle du peintre une noblesse qu'on ne trouve pas ordinairement chez lui

Non content de protéger David dans les Pays-Bas, Tarchiduc Léopold envoya de ses tableaux dans différentes contrées de l'Europe et notamment en Espagne, au roi Philippe lY, grand amateur de peinture. Le monarque se passionna tellement pour la manière de Teniers, qu'il voulut accaparer toutes les œuvres de son pinceau ; il n'y réussit point, car trop de personnes les recherchaient déjà, mais il fit bâtir une galerie spéciale, oii il exposa celles qu'il put se procurer. Un bon nombre de ces ouvrages ornent encore le musée de Madrid.

Le signal était donné : chacun s'empressa autour de l'artiste et sollicita quelqu'une de ces productions admirées par le frère d'un empereur, voire par une tète couronnée. Elles devinrent conséquemment de plus en plus difficiles à obtenir. Antoine Triest, évèque de Gand, habile connaisseur, dont nous avons déjà parlé, se lia intimement avec le peintre : il eut cependant besoin de le presser et de le tourmenter, pour qu'il lui coloriât deux ou trois scènes rustiques. Plus tard, en 1653, Teniers fit son portrait et le représenta au milieu de sa bibliothèque, causant avec son frère Eugène, le capucin*^. En 1654, la reine Christine de Suède étant venue passer quelque temps à Anvers, après son abdication, l'archi-

• Viardot, Les Musées d'Espagne^ d'Angleterre et de Belgique, pages 98 ot 99. Le tableau porte, après le nom de l'auteur, la désignation suivante : Pintor de la caméra (pour camara) de S. A. S. « Peintre de la chambre de son Altesse sérénissime. » Teniers, en se servant de l'espagnol pour faire sa cour au prince, a estropié un mot.

2 Ce portrait a été gravé par Paul Pontius : Antoine Triest avait alors 77 ans.

duc Loopolc] alla lui présenter ses respects, le 7 du mois de septembre. Teniers offrit à la princesse toutes les planches de son Théâtre qui étaient déjà gravées. Quand elle traversa Bruxelles, en se rendant au delà des Alpes, la lîUe de Gustave- Adolphe voulut lui témoigner sa gratitude et lui remit une médaille d'or à son effigie, avec une chaîne de même métal \

Pour satisfaire tant de concurrents, Teniers accéléra son travail. Il laissa courir son pinceau sur la toile, qu'il effleurait à peine, et représenta souvent un épisode champêtre, un intérieur de cabaret, en un seul jour. Quand des amateurs trop nombreux le harcelaient de leurs instances, il épargnait les personnages. Lui qui a représenté des foules si variées, groupait alors deux ou trois paysans autour d'une cruche ou d'un feu de cheminée.

Cependant les écus arrivaient par bataillons, sous toutes les formes, avec un bruit agréable, qui servait de musique militaire à cette joyeuse armée : le peintre leur ouvrait ses coffres et les mettait en garnison. Puisque des scènes villageoises lui conciliaient la fortune, l'idée lui vint d'aller habiter la campagne. Il acheta, non loin de Perck , le château des Trois-Tours , ainsi nommé parce que trois tourelles le dominaient de leurs toits coniques. Un pont réunissait au continent l'espèce d'îlot factice où

1 Descamps, selon son habitude, rapporte ce fait d'une manière inexacte. Il dit que la Reine, ayant obtenu quelques tableaux de David, ne se contenta pas de les payer, mais lui envoya son portrait dans un médaillon. Il croyait que cet acte de libéralité avait eu lieu pendant que Christine était sur le trône.

Papebrochius rectifie cette erreur Dissimulataque persona ac sexu An-

twerpiam appnlit. Hic illa cognoscendam privatim duntaxat dédit, mansitque aliquandiu eruditis studiis occupata : die autem septembris VII ad eam salutandam Bruxellis venit archidux Leopoldus. Tome V, p. 70. — On lit dans un autre endroit ; Hune sibi donatum librum Sereniss. Christina, Sueciae Regina, Bruxellis transiens, remunerata est aureo effigiei suae numismate aareaque catena. Tome V, p. 38.

on Tavait bâti. Près du manoir, le fossé, maintenant peu étendu, formait comme une pièce d'eau, sur laquelle voguaient des oies et des canards, à l'ombre des vieux arbres, qui semblaient y admirer leur verdure.

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