DÉODAT VAN DER MONT
chef-d'œuvre, selon le témoi^çnage de Papebroeck ' . Kl le disparut quand Joseph II supprima le monastère. La confrérie des gens mariés, dont les Jésuites étaient les fondateurs et les directeurs, possédait également une Adoration des Mages y due au pinceau de notre artiste, ai un second tableau, qui représentait le Sauveur accahlr sous le fardeau de la croix '\ Anvers perdit ces grandes conqx»sitions, quand l'ordre des Jésuites fut annulé par Cb ment XIV.
La Traiisfujuration (jui oriinil jadis la cathédrale» se voit maintenant au musée d'Anvers. Elle surmontai! l'c- ])itaphe du chanoine Philipj)e-En)manuel Trogney, mort en U)l \ ; ell(î doit j)ar consécjncnt avoir été peinte peu de temps après cette dernière date. A en juger d'après la (lescri[)tion du catalogue, ce doit être une (inivre importante, mais je l'ai cherchée en vain dans les salles de la pinacothè([ue Jlamande. Les uns mOnl dit (lu'cllc était entre les mains des restaurateurs, d'autres (ju'elle avait été mise au grenier, (;e que je croirai diriicilemcnt. Le livret nous arnionce ([ue les personnages eu sont plus grands que nature ^.
Les élèves de Pierre-Paul dont il nous reste à parler,
* (( Apud Falconlinas \ero in siimino allari pinxit idem Dcodalas Doniinicu' Epiplianiae seu Adoiationis inysterium, mira venuslale coinmcmlabili' . cl aîstiinaliim pro aliis labulis quas tmii pro liac civilate, tuin pro aliis in llannonia et Flandria elaboravil, usqiic in llaliara perlalis spetiminibus. » Annules antverpienses y t. IV, p. 4o7.
- Annales antverpienses, p. 4oG-io7.
Faille de mieux, voici la descriplion du catalopruc. « Cclableaii :!.c(li\i>^c naturellement eu deux zones. Dans la /.one supérieure, le Chrisl apparaît entre Élie et Moise. A sa gauche, cl un peu plus bas, saint IMerrc, saint Jean et saint Jacques, que Jésus avait emmenés sur la monlairnc, forment un ,qroupe et semblent frappés d'éblouissement. A gauche, un homme, accompagné d'une femme et de deux personnages masculins, amène un possédé. Adroite, saint Paul, entouré de nombreux apôtres, étend les bras poar chasser le démon du corps de l'adolescent. »
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embarrassent encore plus l'historien que les précédents. Ou il n'existe d'eux aucun tableau connu, ou l'on ne possède aucun renseignement sur leur destinée , pas même les dates de leur naissance et de leur mort. Le lecteur, j'imagine, leur accordera peu d'intérêt. On ne se soucie guère, en général, de ces vaines ombres que dessine à peine un rayon de lune, dans les ténèbres de l'histoire. Et pourtant, quelques-uns de ces hommes exciteraient l'admiration de notre époque, si le temps ne les avait pas traités avec une impitoyable rudesse.
Parmi eux, il faut classer Gérard van Herp, qui passe pour avoir étudié sous les yeux de Rubens. Son nom et cette unique circonstance ne nous ont, je crois, été conservés que parla tradition. Nul historien ne le mentionne, à ma connaissance. D'une autre part, les registres de l'église Saint-Jacques, à Anvers, nous apprennent qu'il y fut baptisé le 5 octobre 1605 ; il était fils de Jean van Herp et d'Elisabeth Gelders, qui appartenaient tous deux à de très-bonnes familles. Mais voici une difficulté. Les archives de Saint-Luc constatent l'existence de dix Van Herp ayant cultivé la peinture, et pas un seul ne porte le prénom de Gérard. En 1627, Henri van Herp entra comme élève chez Adam van Noort, et fut reçu maître en 1637; en 1629, Guillaume van Herp se mit sous la direction de Jean Buurmans et fut reçu maître en 1638. L'élève de Rubens ne serait-il pas le premier, qui se façonna d'abord dans le même atelier que Pierre-Paul et vint ensuite demander au grand coloriste de plus hautes leçons? Jordaens avait procédé de la même manière. Il est remarquable d'ailleurs que pas un seul disciple de Rubens ne soit inscrit comme tel sur le Liggere. Le fameux Anversois n'aimait point à conduire les talents
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novices par la lisière. Les archiducs Albert et Isabelle l'avaient d'ailleurs affranchi des statuts qui gouvernaient la confrérie de Saint-Luc, et lui avaient permis d'enseigner librement la peinture. Mais cette dernière circonstance ne donne-t-elle pas lieu de supposer que Gérard van Herp, celui dont nous possédons facte de baptême, put être formé par l'illustre coloriste, sans qu'il nous en reste aucun témoignage écrit? De nouveaux documents sont indispensables pour résoudre ces embarrassantes questions * .
Deux tableaux que les connaisseurs lui attribuent et que possèdent deux habitants de Malines, m'ont paru des œuvres supérieures. L'un, appartenant à M. Dusart, rue de Bruhl, figure le retour de Jephté. Vainqueur des Ammonites, le juge imprudent arrive par la droite, monté sur son cheval et suivi de ses troupes. Le voilà devant sa maison, et il a fait vœu de sacrifier au Seigneur la première personne qui en sortira, pour le féliciter de sa victoire ! Comment n'a-t-il pas prévu que ce serait sa lille, sa fille unique?, L'aimable victime s'élance au devant de lui, gracieuse, légère, dansant et jouant du tambourin. A cette vue, le capitaine hébreu déchire ses vêtements et regarde le ciel avec une expression de désespoir.
1 Voici les autres peintres du nom de Van Herp que Ton trouve mentionnés sur le Liggere :
1603. Henri van Herp entre dans l'atelier de Henri van Balen.
— Nicolas van Herp devient élève du même artiste. 1626. Guillaume van Herp entre chez Damien. 1642. Herman van Herp est reçu maître et meurt la même année. 1652. Henri van Herp entre chez Thomas van Abshoven. 1665. Norbert van Herp, fils de maître, est reçu maître. 1686. Pierre van Herp, fils de maître, est reçu maître.
'— François van Herp, fils de maître, est reçu maître.
(Communiqué par M. P. Génard.)
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L'amère douleur qui contracte sa figure va bientôt remplir ses yeux de larmes. Jamais peut-être chagrin n'a été mieux rendu. Le noble maintien du chef Israélite contribue d'ailleurs à augmenter l'effet qu'il produit. Etonnée de l'affliction peinte sur le visage de son père, la jeune fille se trouble et pâlit. Quel artiste a dessiné un front plus suave, des traits plus doux et plus charmants? La désolation même y prend un air de mélancolie. Son attitude n'est-elle pas ravissante? Ses épais cheveux , qu'agitent la brise et le mouvement de la danse, ne folàtrent-ils pas autour de sa tête avec une grâce incomparable?
Les acteurs secondaires ne méritent pas moins d'éloges. Près de Jephté, sur le premier plan, un robuste soldat, portant un faisceau de licteur, considère la jeune fille avec une morne tristesse. Les autres guerriers partagent sa douleur, et un petit nègre, qu'on voit au loin, tourne vers la belle et innocente victime des yeux pleins de compassion. Quoique livré à lui-même, puisque la bride flotte sur son cou, le cheval s'arrête et s'incline en arrière, comme s'il éprouvait un sentiment d'effroi. Les compagnes de l'aimable enfant, celles qui doivent bientôt pleurer avec elle sa virginité dans les montagnes, font de la musique pour témoigner leur allégresse imprévoyante : l'une joue de la basse, la seconde du triangle, la troisième de la guitare. Quelle attrayante musicienne que la dernière î Comme ces deux plumes, rouge et blanche, parent élégamment ses beaux cheveux! Son type, sa pose, son expression, tout est parfait. Une petite fille qui chante, en se réglant d'après un livre ouvert, nous apparaît elle-même comme une incarnation de l'éternelle beauté.
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La couleur de cette toile est chaude, fine, intense, et la vigueur des ombres n'en détruit, n'en amortit point l'éclat. Le cheval annonce que l'auteur peignait rarement des animaux, et le vêtement de la jeune fille, quoique drapé avec grâce, a trop d'ampleur. Voilà les seules critiques auxquelles donne lieu le Retour de Jephté, morceau admirable de sentiment, de dessin et de coloris.
Le second tableau, qui se trouve chez M. Morissens, a pour sujet l'Enlèvement d'Europe. Il y règne presque autant de poésie que dans l'autre. Les amies de la jeune fille viennent de parer, en badinant, le magnifique taureau où elle va s'asseoir : une guirlande de fleurs entoure le cou de l'animal, une draperie rouge cache ses reins. Debout devant lui, Europe lui présente sa main droite, c[u'il lèche, pendant qu'un petit amour la tient par la gauche. Plusieurs rangs de perles ornent ses beaux cheveux, sur lesquels ondoie une plume d'un effet très-pittoresque. Ses compagnes montrent d'ailleurs des épaules magnifiques : l'une d'entre elles, à demi-nue et placée devant le taureau, a une grande tournure qui sent le style des maîtres. Des arbres, des taillis, composent un fond plein d'élégance. La couleur charme les yeux par son harmonie et sa finesse comme par son éclat. Cette toile rappelle beaucoup les petits tableaux de Rubens, ceux qu'il exécutait pendant sa vieillesse, quand la goutte lui rendait tout mouvement difflcile. On retrouve là sa manière, mais adoucie, calmée, illuminée d'un reflet poétique.
Les deux morceaux que nous venons de décrire et d'apprécier classent Gérard van Herp dans le groupe d'élèves nobles et délicats que formaient près de Rubens