‹ Rubens et l'ećole d'AnversChapitre 4 sur 58 · Toannes 7 Otho · texte numérisé non relu

Toannes 7 Otho

8 Maria 0 Gisberlvs

10 Petrvs 11 Aldegonda

12 Timannv^ 13 Agatha.

Ce tableau précieux fut acheté pour la somme modique de deux cent quarante francs, dans une vente publique faite à la salle Lebrun, en mars I sa:;.

Prince, ou demeure de nos jours M. Storms, dans la rue alors appelée Vuilnis Slraet , et maintenant Venins Straet.

Otlîo n'est guère connu hors des Pays-Bas; la France ne possède qu'un seul tableau de sa main, celui que nous venons de dé('rire ; ])artoul ailleurs ses ouvra«;es sont très-rares. Mais la Belgique en renferme un grand nombre, et, sans sortir d'Anvers, on peut exactement juger la manière de ce peintre. Six morceaux dont il est l'auteur décorent le musée, sept la cathédrale, un autre l'église Saint-André, six volets et un panneau central l'église Saint-Jacques Son style, quoique d'un mérite secondaire, a une originalité aussi grande que celui de Martin de Vos : on reconnaît sur-lochanq) les tableaux qui leur appartiennent. Dans ceux d'Otho Yenius les défauts et les qualités se balancent. La composition en est fort habile au point de vue matériel; si l'on n'y discerne aucune idée ingénieuse, aucun de ces eflets qui annoncent le penseur et électrisent le public, on ne peut nier que l'espace ne soit rempli avec une extrême adresse. Nulle fraction du tableau n'est ou vide ou sacrifiée ; partout l'œil découvre une égale quantité d'objets en saillie et en retraite.

La corrélation des lignes n'est pas ménagée avec un moindre soin, et elles forment un harmonieux ensemble ; la vue passe de l'une à l'autre sans difficulté, ne trouvant que de sinueux détours.

L'ombre et la lumière, les tons des couleurs présentent le même équilibre. Aucun endroit ne solHcite l'at-

* Voyez dans les notes la liste de tous les ouvrages d'Otho Venius, que possède Anvers. Le musée de Bruxelles renferme un triptyque de sa main, Gand possède un bon nombre de tableaux peints par lui.

tention au détriment des autres ; sur quelque point que se porte le regard, il est satisfait.

Et non-seulement les couleurs sont distribuées d'une manière savante, mais F artiste en a patiemment adouci les transitions. Ses ouvrages ont, sous ce rapport, la même finesse que ceux du Titien et du Corrége. Ses teintes se fondent l'une dans l'autre par une suite de gradations imperceptibles. L'ombre et la lumière sont associées avec une égale délicatesse. Venius est le premier peintre de la Néerlande qui ait étudié aussi profondément le clair-obscur et en ait tiré d'aussi beaux effets. Pou d'artistes l'emportent sur lui à cet égard : ses petits ouvrages spécialement bravent les comparaisons ; le coloris en est d'une chaleur, d'un éclat, d'une intensité vraiment admirables Il faut dire encore à sa louange qu'on ne trouve pas dans ses tableaux d'ombres dures et opaques ; elles y restent diaphanes au contraire, plus diaplianes que dans la nature, comme chez tous les peintres supérieurs.

Si l'on examine tour à tour ses productions et celles de Rubens, en un lieu qui permette le parallèle, comme la cathédrale ou le musée d'Anvers, on remarque surle-champ qu'ils ont employé le même système de composition pour les lignes, la lumière et la couleur. Dans k première salle du musée, deux tableaux de Venius se trouvent placés à droite et à gauche d'une fameuse page (le Rubens : le Christ entre les larrons. Sur le mur opposé brille une Adoration des Mages, par le violent dessinateur. Eh bien, la force des tons, l'harmonie du clair-obscur et, jusqu'à un certain point, la beauté des nuances, sont

» Nous recommandons surtout aux amateurs ceux de Notre-Dame d'Anvers.

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[MC^iHir c^alc» chez le iiimiIi'c cl le (lisci[)lc. D'où il l'aiil conclure <]iic l'un ;» eu cincis j'auln» dos (>Mi;^Mli(nis ossentiellos, donl on n n Icnii ( <»nij)tc. ScnlcniiMit Vcniii^ ne [lossed.M jnni;ii>^ I.m (ou( lie juulacieiise et rei niiî de son élève. Sons son pinceau, les leintes prennent connue un «spect niétalli<|ue el IotiI j)ar inouu'uts son^(;r aux lafpies chinoises. Il a aussi p(»ur raniarantlie un «ioTil prononct' tpn» l'on ne tronxe pas chez Kubeu.s.

Mais s'il se nioiitn' liahile dans la partie lual/'rieile diî ^on .lit, il es| (j'iiiie iir.inde laihiesse dan^ la partie morale : l'expre^sinn , la \ le, l ardeur lui ecliappeiil tolljouis. l île insiiinilianr»» liaintiielle emoussf» ses tvpes; |)oint de caractère, point de li;:iies vi;;oureuses, point do ces Kellcs |)livsion(unies oii resjùrent la volont/*, la l'oi'ce e| la passion. Les attitudes ont le nièiue calme letiiarliiipie ; les draperi(»s soiid)l(Mit dormir snr les uieml)r(\s en^(Mirdis. Oiiant a I àme, (piani aii\ em(>tions (pu auilenl les traits, il n'en laiil point parler: les plus lerrihles événemeiiis ne intnlileiii pa«^ le l1e;^iMe et rind(dence de ses personna^a's. Il n a, sous ce i'aj)porl, aucune similitude av<*c son tou;2ueux élève.

Tous les tableaux «l'Anvers justilient les reiuîUMpies (pi'on vient de lire et nous les ont inspirées : deux toiles seulement suir^^èrent d'autres (d)servations. Le paisible Ollio Venins s'est animé deux fois dans sa vie, et ces moments d'enthousiasme lui ont fait produire deux petits chefs-d'œuvre. L'un a pour sujet la résurrection de Lazare. Les peintres cpii ont li^niré cet épisode, se sont préoccupés en général des circonstances matérielles, voulant surtout faire ressortir ce qu'avait d'étrange le retour d'un mort à la lumière. Quelques-uns ont poussé le trivial jusqu'à mettre auprès du jeune Hébreux des individus

(jui se houelieiil 1(3 nez avec im air de dégoût. Otho Venins a c()ni])ris ce drame d'une plus noble manière, et ses sentiments délicats lui ont porté bonheur. Lazare s élance du tombeau, comme ranimé soudain par la voix toute-puissante de ^on maître. ïl était plongé dansTen- ^^ourdissement de la mort; le Christ a parlé, le voilà vivant et plein d'espérance. Il attache sur Jésus son profond regard; au moment oh il sort de la fosse avide, ce n'est pas le boîdMînr de renaître ([ui exalte son àme, mais une ardente rcion naissance. Il n«î cherche et ne voit (pie son siiUNcui" el son .imi. Pai- ^oii attitude, ses gestes, son expression, Madeleine t(Mnoigne au Christ une gratitude ninitis vive, iiiiiis aussi bien rendue. Le Fils de l'homme Jes re<iard(; l'un et l'antre avec un aHectueux intérêt; une dou(;(; majesté brilh^ sur sa ligure. Pour l'exécution, c'esf lin nmrceau (pie les plus grands peintres auraient ele joveux de signer. Je ne crois point que l'on puisse mieux ctnn|)ns<M\ e( la couleur a une linesse, une vivacité, lin eclal, (|iii lont songer aux pierres précieuses. On essaverail inutilement de surpasser la vigueur des ombres. Les lours de lorce entrepris à notre épocîue n'ont point doiuié de plus merveilleux résultats.

L'aulre (abbîau, moins complet, montre Jésus ressuscitanl le lils (1(^ la Veuve. Le jeune homme était porté à sa dernière demeure sur une civière, quand l'homme-Dieu a interrompu la marche du (^onvoi. L'adolescent se lève à demi, el, joignant les mains, paraît secouer avec peine les langueurs d(^ la mort. J.a surprise, la reconnaissance et la joie se disi)utent ses traits. Pour Jésus, qui vient d'ordonner au tondjeau de lâcher sa proie, il en garde une secrète émotion (jui augmente sa beauté. Son visage est plein de noblesse et d'harmonie. Près du brancard, la mère con-

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solée essuie ses pleurs, cl une l'eunne ièv(^ les yeux au ciel. Une vue assez poéti(jue (U^ Jérusalem l'orme la perspective (lu tahleau. Ces peintures décorent une chapelle (le l'église Notre-Dame, à Anvers.

La Cène, grande composition ([ui onie le même monument et passe pour Ir ( liel-d'œuvre de l'artiste, n'est (pi'une production hahiic et insigiiiliante, comme ses travaux ordinaire.

Cornille de Bie, l'élcgant lahclllon, parait avoir assez bien compris l'importance d'Olho van Veen dans l'histoire de l'ail llamand : il ne commet d'autre faute ([ue de l'exagérer, selon son hahitude. — « Je regarde ()l ho V'enius, dil-il, connnr la vcrilahle cause des ])rogrès de la ])einturc dans les Pays-Bas et du lustn^ dont elle y hrille; car des guerres aIVreuses et des malheurs sans nombre l'avaient tellement ruin«'(;, iui-delà des monts et chez nous, ([ue non-seulement la peinture n'existait |)lus , mais ([ue les peintres mancpniient; c'est lui qui a ranimé cet art, ([ui l'a remis en lleur »

]j)rs(pie l'archiduc Albert lit son entrée solennelle à Anvers, on chargea Otho Venius de diriger la construction des arcs de triomphe (pie l'on élevait pour exprimer la joie publirpie. 11 dé[)loya une rare habileté. Le luxe de ses inventions fut digne de l'enthousiasme populaire; le prince lui-même en (,*on(;ut de l'artiste une si bonne opinion, (ju'il l'appela bientôt à Bruxelles et le nomma surintendant des monnaies, sachant d'ailleurs (ju'il ne trouverait personne de plus estimable pour remplir ces fondions ". Quoi(pi'elles absorbassent une grande partie

1 Het Guldeii'Cahinct der V)'ij edele Schilder-Consl ; Xn\QT6, 1662. Houbraken s'exprime à peu près dans les mêmes termes. Campo Weyerraan, t. 1", p. 218.

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de ses journées, il resta fidèle à sa palette. Au nombre de ses meilleurs ouvrages furent les portraits en pied d'Albert et d'Isabelle, que les princes envoyèrent à Jacques I" S fils oublieux de Marie Stuart'\ Louis XIII ayant voulu lui faire (juitter la Néerlande, Otho rejeta ses propositions; il refusa même de tracer des modèles de tapisseries [jour le Louvre, quoiqu'on essayât de l'y déterminer par de belles j)romesses. En lui commence, pour ainsi dire, la brillante destinée de Rubens et de l'école clievaleres({ue. Il noue ces grandes relations qui devaient mêler aux puissants de la terre les peintres du xvji* siècle. L'artiste ne fut plus désormais un humble serviteur de l'idéal, on ne se contenta plus de payer ses travaux. On reconnut enlin que les talents forment une aristocratie naturelle, (ju'ils peuvent marcher de pair avec ro])ulence, la noblesse de la race et les privilèges politiques. Quand on augmente l'estime des hommes pour eux-mêmes, on leur inspire une dignité de sentiments, que, par une action contraire, l'oppression et le malheur détruisent. La tête se relève, l'attitude prend une sorte de calme lierté, les gestes deviennent d'une élégance inq)osante , l'air, l'accent, le regard, ont une expression magistrale. Elles sont lûen loin les heures de détresse, où le génie était une in([uiétude, où il n'osait se considérer lui-même sans elfroi ! Nul ne met en doute ni sa haute origine, ni les témoignages de respect qui lui sont dus. Le serf intellectuel est désormais affranchi,

> En 1G04, d'après Cornillc de Bie.

« Abhinc in servitia Alberti archiducis admissus, ejusdem et archiducisscu conjugis conficiebat effigies optimas, qua? deinde ad Jacobum Arigliœ regem transraittebantur. » Saridrart, p. 279. — Voyez aussi Houbraken et Weyernian.

aux acclamations de la multitude. Un grave changement s'opère et, à l'avenir, tout annonce dans l'honune prédestiné la conscience de sa valeur. Il semble même (jue la joie de son âme ait de l'inlluence sur ses traits, que son corps s'cnd)ellisse à mesure que son esprit s'élève et se traïKjuilliso. Les nol)les, les cliarmanles tètes que celles de Uuhens, Van J)yck, Gaspard de Crayer, Van liden, Uomhouts, François Hais, (Juellyn, Rembrandt, Plnlip[)o de Champagne et tant d'autres! Un peintre dont les muHirs ne lurent certes pas distinguées, mais qui appartenait à la même époque, Adrien Brauwer, a lui-même un visiig(î plein de linesse, avec de longs cheveux bouclés et une moustache hènnquo.

Vers raniie(5 l.V.ll, Otho é|)ousa une riche et noble demoiselle, Maria Loots, qui lui dcmna sept lilles, deux desquelles partagèrent ses goûts. Venins leur enseigna lui-même l'art de peindre. Charmante occupation pour un père que de guider sur la toile le pinceau de deux élèves bien-aimées, (jui terminent la leçon [)ar des caresses! L'une, appelée Cornélie, devint la femme d'un riche négociant d'Anvers; l'autre, qui se nommait Gertrude et passait jusqu'à présent pour être demeurée libre, comme Marguerite van Eyck, afin de se donner tout entière à son art, épousa un certain Louis Malo Ce fut elle qui exécuta le portrait d'Otho Venius, por-

* Son épitaphe, qui se trouve à l'église Saint-Jacques d'Anvers, constate ce fait d'une manière positive et nous enseigne dans quelle année est morte Gertrude. Voici l'inscription, rédigée en assez mauvais latin :

LuDOVici Malo mortales exuvias hoc expectat sepulcrum, in quo uxoris suavissimse, Gertrudis Venœ, condi placuit ista 30 junii 1643. Vitam honestam pio fine conclusit hic Benc precare animis.

Dans les deux angles supérieurs du marbre tumulaire sont sculptées les armes de la famille Malo et celles de la famille Van Veen.

trait plein d'une grâce féminine ^ Il a été reproduit [)lusieurs fois par le burin, notamment dans l'ouvrage de Sandrart

Le peintre habile partagea une singulière manie de son époque. On dessinait alors une foule d'allégories, à peine plus sérieuses que nos rébus : on les gravait sur bois ou sur cuivre, et on les publiait accompagnées d'un texte. On nommait cola des emblèmes: c'était une distraclion, un plaisir pour les dames de suivre, en feuilletant l'opuscule, tous les développements de ces ingénieuses fadaises. Les estampes représentaient aussi quel- (jiiefois des événements historiques : on y voyait se dérouler ou les (circonstances extraordinaires d'une lé- •^ende, ou la biogra])bie d'un saint, ou un épisode célèlire dans les l'asles d'une nation. Otho Yenius raconta de la sorte la vie de saint Thomas-d'Aquin, la tradition populaire des sept infants de Lara, les luttes des Bataves contre César et les forces romaines. Horace fut connnenté par lui d'après cette méthode. Il composa une suite d'images ayant pour titre : Amorum emblemata, et pour explications des vers latins, italiens, français et flamands. Juste-Lipse approuva un si utile travail et l'auteur le dédia à l'infante Isabelle. L'archiduchesse lui en Ht ses remerciments ; elle trouva ces subtilités admirables, mais, comme une vraie bigote, elle pria Otho Veuius d'exécuter une œuvre pareille sur l'amour divin. Il crayonna donc un sermon théo-

» Les autres filles d'Otlio Venius se nommaient : Anne, Suzanne, Marie, Agathe, Catherine. Il eut aussi deux fils, qui moururent en bas âge.

2 Sur une de ces gravures se trouvent de détestables vers latins, que tous les auteurs ont réimprimés, quoiqu'ils no méritassent pas la moindre attention.

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lo|^i(jue en dill'érenles scènes escortées de madri^jaux ^ Gliisl)re( lit van Yeon, son Irère, Antoine Tempestc, Qninlin Hoel et Pierre de .Iode sont les principaux graveurs (|iii ont copié ses loiles et ses dessins au crayon.

Le mai KUf), ran hiducliesse avant abattu d'un coup d'arljalèle le papegaij lixé sur la tour d(; I\otre-l)ani(3-des- Victoires, au Sahlon *, voulut perpétuer le souvenir de son adresse et octroya à la j^n-ande confrérie des arbalétriers une pension annuelle de v'\iu\ cents livres, durant sa vie, et une rente perpétuelle de deux cent cinquante livres après sa mort. Klle cbar«iea en outre Otbo Yenius de peindre un tableau «pi eib; désirait leur olïVir; le milieu leprésentait saint Geor<j:(îs, on voyait sur les ailes rima«i:e de la princess(» et le portrait de rarcliiduc. Ce travail lui p,u«' ;« l'arliste douze cents livres. Six années [>hi^ fard, il recul mille livi'es pour (I<hjx (oiles où les nobles [)ers(mna^^es etaieiil li<iurés avec le costume des eruïites.

Otbo Venins narda tou jours sa position près d'Albert et d'Isabelle : il eut la lidelité de la reconnaissance ^. Ru-

• .Nous donnons les litres de ces livres bizarres, pour ceux qui voudraient y jeter un coup d'œil.

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