RUBEN
relations rapaisement qui se fit entre les deux nations.
L'événement qui survint alors dans la vie de Rubens modifia certainement son état d'esprit, put lui faire chercher une nouvelle direction à son activité. Sa femme Isabelle aiourut à la fin de juin 1626. Il la fit inhumer auprès de sa mère, et plaça sur la tombe commune le tableau destiné à l'église Sainte-Marie de Rome, que Gonzague avait refusé d'acheter. Malgré sa force, l'équilibre de sa santé physique et de sa santé morale, cet homme, qui allait toucher à ses cinquante ans, eut la sensation qu'il avait fourni une étape, que le chemin allait se raccourcissant devant lui. Une lettre qu'il écrit alors le montre impressionné et atteint, malgré la correction, la pondération de langage dont il ne se départ pas : « En vérité, dit-il, j'ai perdu une excellente compagne... Elle n'avait aucun des défauts de son sexe ; point d'humeur chagrine, point de ces faiblesses de femme, mais rien que de la bonté et de la délicatesse... Une semblable perte me paraît bien sensible, et puisque le seul remède à tous les maux c'est l'oubli qu'engendre le temps, il faudra sans doute espérer de lui seul mon secours ; mais qu'il me sera difficile de séparer la douleur que me cause sa perte du souvenir que je dois garder toute ma vie à cette femme chérie et vénérée ! »
Dès qu'il eut rendu les derniers devoirs à la défunte, Rubens partit pour la Hollande. Voyage de distraction ou voyage diplomatique? Les deux versions ont cours et toutes deux ont chance d'être exactes. Rufens s'arrête
G8 HUBI^^NS.
d'abord à Gouda, où il fait la rencontre de Joachim Sandrart, le peintre-écrivain allemand dont les œuvres littéraires n'ont été publiées qu'après sa mort et dont les toiles sont peu connues en France. Les deux artistes continuent le voyage de concert. Après une visite à Jacques Block, ils vont à Utrecbt, où Poelenbourg, Gérard Honthorst et le vieil Abraham Blœmaert leur font un accueil fraternel, à Amsterdam où ils visitent tolis les ateliers, puis à La Haye, où les deux compagnons se séparent et d'où Rabens se dirige sur Delft.
A Delft, il se rencontre avec un agent de Charles P"" et du duc de Buckingham, Balthazar Gerbier, peintre de miniatures. Gerbier était parti de Londres avec un passeport pour Bruxelles, avait eu des entretiens secrets avec l'infante Isabelle, veuve de l'archiduc Albert, et le marquis de Spinola, commandant général des troupes espagnoles dans les Pays-Bas.
Rubens était à cette époque tout à fait qualifié pour remplir des fonctions officielles. A la date du 5 juin 1624, le roi d'Espagne, neveu de Finfante, avait accordé à « Pierre-Paul Rubens, à ses enfants et postérité » des titres de noblesse avec armoiries, et Isabelle l'avait nommé gentilhomme de sa chambre. 11 fut donc choisi vraisemblablement pour conférer avec l'envoyé anglais, puisque lui, Flamand, consentait à jouer le rôle d'agent diplomatique espagnol.
Cette partie de la vie de Rubens appartient à l'histoire politique. Le but poursuivi était de mettre fin à la guerre commencée en 1618 et dont la cause initiale était l'anta-
gonisme religieux. Le but immédiat était d'obtenir une suspension d'armes pendant laquelle on pouvait négocier les termes d'un traité. L'Espagne faisait les premières ouvertures, que l'Angleterre se montrait tout au moins disposée à accueillir.
Le premier acte de Rubens, revenu de Delft à Anvers, fut d'écrire une lettre, datée du 24 février 1627, exposant les désirs formulés par Buckingham et approuvés par l'infante. Buckingham répondit par une note, que dicta Charles I", approuvant les préliminaires de la discussion. Alors commença une série de voyages qui dura sept mois, en Hollande et à Paris. Ici, Richelieu souleva une opposition à laquelle ne fut pas étrangère sa rancune contre Buckingham qui , à l'occasion du mariage de Charles P% s'était montré trop empressé auprès d'Anne d'Autriche. Les premiers efforts de Rubens demeurèrent donc sans résultat, et Gerbier fut rappelé en Angleterre. Le ministre d'Angleterre répondit aux lettres de Rubens d'une manière courtoise et évasive, par la voie d'un représentant. Rubens fut alors appelé en Espagne, où Philippe IV fit au diplomate un accueil grandiose, et reçut l'artiste affectueusement, d'autant que celui-ci avait emporté huit toiles qu'il offrit au monarque, et qui furent acceptées avec empressement.
Les négociations en cours, Buckingham tombe, le 28 octobre 1628, sous le couteau de Felton ; tout est remis en question, la mission de Rubens est suspendue. Le diplomate en profite pour céder le pas au peintre, qui visite
les ateliers de Madrid, se lie avec Velasquez, alors âgé de vingt-neuf ans. Il se met au travail, peint, dans l'espace de neuf mois, une quarantaine de tableaux, parmi lesquels plusieurs portraits du roi d'Espagne et de sa famille, copie des toiles du Titien, et ce en dépit de plusieurs accès de goutte et de fièvre qui Tobligent parfois à suspendre ses travaux.
Le traité de paix signé aux Tuileries le 14 avril 1629 a pour effet de renouer les négociations diplomatiques. La cour d'Espagne décide que Rubens, en dépit de sa profession de peintre, ou plutôt, d'un certain point de vue, à cause de cette profession, sera employé, comme agent secret, à traiter avec l'Angleterre et les Provinces-Unies. II est nommé secrétaire du conseil privé de Philippe IV, se met en route le 26 avril, arrive à Paris le 12 mai, va prendre quelques jours de repos à Anvers, reçoit l'ordre de se rendre à Dunkerque oii, muni de ses lettres et documents, il s'embarque sur le navire du roi Charles P% à destination de Londres.
Pour dissimuler le but du voyage du peintre, le roi lui fait faire son portrait, et les entretiens politiques ont lieu au cours des séances. Charles I^"" voudrait que l'on rendît à son beau-père, le comte Palatin, les possessions dont l'Espagne a disposé en faveur de Maximilien de Bavière. Rubens a pour recommandation de ne faire aucune promesse dans ce sens, et les discussions s'éternisent sur le même point. De son côté, Richelieu a envoyé un négociateur habile, Châtcauneuf, qui doit agir
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sur Tesprit de la reine et paralyser les efforts de Uubens. (( Il sème l'or pour acheter les consciences, dit celui-ci dans sa correspondance, et raconte dans Tentourage du roi que le cardinal s'est empressé de conclure la paix avec les huguenots pour frapper plus librement la maison d'Autriche, et il y a tout lieu d'espérer qu'il lui arrachera le Palatinat, où nous reconduirons votre beau-frère au son des trompettes et des tambours. »
Rubens, lui, « délégué d'une monarchie indigente, n'avait pas à offrir une livre sterling ». 11 obtint cependant l'envoi à Madrid du chancelier de l'Echiquier, en même temps que l'Espagne déléguait à Londres Carlos Coloma. Malgré l'opposition de Richelieu, les négociations furent reprises à nouveau, une trêve intervint, et la paix entre l'Espagne et l'Angleterre fut signée le 15 novembre suivant.
Charles P% lorsque Rubens partit, le nomma chevalier de l'Éperon d'Or, lui fit don de l'épée qu'il portait au moment de la cérémonie d'investiture, et lui offrit le bordon de son chapeau et une bague en diamant.
C'est vers la fin de février 1630 que Rubens quitta Londres. xVprès un court voyage à Bruxelles, où l'appelait la formalité du serment de conseiller privé, il vint reprendre ses travaux à Anvers.