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LE CHAPEAU DE POIL

( Lond res) .

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Il a aussi la « saillie », la ronde bosse, c'est-à-dire la « prodigieuse vie ». Et Delacroix ajoute : « Sans ce don, point de grand artiste ».

11 est coloriste avec quelques couleurs, toujours les mêmes, qui viennent et qui reviennent pour commander l'harmonie, pour accorder le tableau. Écoutons parler Fromentin en écrivain qui est un technicien : « Ces couleurs sont très sommaires et ne paraissent si compliquées qu'à cause du parti que le peintre en tire et du rôle qu'il leur fait jouer. Rien n'est plus réduit quant au nombre des teintes premières, n'est plus prévu que la façon dont il les oppose; rien n'est plus simple aussi que l'habitude en vertu de laquelle il les nuance, et rien de plus inattendu que le résultat qui se produit... Des dessous bruns avec deux ou trois couleurs actives pour faire croire à la richesse d'une vaste toile, des décompositions grisonnantes obtenues par des mélanges blafards, tous les intermédiaires du gris entre le grand noir et le grand blanc; par conséquent, peu de matières colorantes et le plus grand éclat de couleilrs, un grand faste obtenu à peu de frais, de la lumière sans excès de clarté, une sonorité extrême avec un petit nombre d'instruments, un clavier dont il néglige à peu près les trois quarts, mais qu'il parcourt en sautant beaucoup de notes et qu'il touche quand il le faut à ses deux extrémités : — telle est, en langage mêlé de musique et de peinture, l'habitude de ce grand praticien. »

Cette simplicité et cette force, c'est la peinture même.

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Que Ton ^'étonne ensuite de l'influence que Rubens a exercée. Il ^tait tellement peintre qu'il a connu, accepté presque tout ce qui avait été fail a\aTit lui, et qu'il a agi sur presque tout ce qui a été fait après lui.

Après l'influence des anciens peintres flamands, du vieux Brueghel, dont il eut jusqu'à sa fin des œuvres dans son atelier, il a reçu l'influence des maîtres de Venise : Titien, Tintoret, Giorgione, Véronèse. A Mantoue, il a connu Mantegna, Jules Romain. A Rome, Micliel-Ange, Raphaël, le Caravage. A Parme, le Corrège. Il les a tous étudiés, copiés, et aussi le Vinci. Dans son inventaire, on trouve 19 TiLicn, 17 Tintoret, 7 Véronèse ; on trouve Raphaël, Ribera, avec Van Eyck, Holbein, Lucas de Leyde, Quentin Massys, Brouwer, Brueghel le Vieux. Il y a ^^2 copies de sa main, parmi lesquelles 21 portraits du Titien. Voilà qui renseigne sur ses origines et ses goûts.

L'influence qu il exerce à son tour est considérable. Avec ses élèves et contemporains, parmi lesquels les plus célèbres sont Van Dyck et Jordaëns, qui représentent les deux pôles de son talent, Téniers, Brouwer, Ostade relèvent de sa Kermesse, Terburg et Metzu ont contemplé son Jardin d'amour. C'est le paysage anglais de Gainsboroug et de Constable qui continue l'Automne et f Arc-en-cieL C'est le xvii^ siècle français auquel il impose son antiquité empanachée. C'est tout le xviii® siècle français auquel il apprend à peindre, selon l'observation admirablement développée par les Concourt : c'est Lemoyne, Watteau, Boucher, Fragonard, Greuze, La Tour,

dont les « préparations » ressemblent si curieusement aux dessins du maître d'Anvers. Et c'est Delacroix au xix^ siècle Et c'est toute la peinture qui lui est redevable d'un magnifique enseignement.

11 ordonne le tumulte. Il a le sens du mouvement à un degré qui n'a pas été dépassé.

Il introduit la réalité dans l'allégorie avec une aisance merveilleuse : ses rameuses de la galère de Marie de Médicis, ses pêcheurs de la Pêche miraculeuse^ ses sirènes, ses nymphes.

Et pour le sens de son œuvre, Rubens est optimiste, scientifique, indifférent devant toutes les manifestations du sentiment et de la passion , devant tous les événements, tous les drames, c'est-à-dire indifférent comme Shakespeare, comme Balzac, c'est-à-dire qu'zV cAoz^zY lout^ c'est-à-dire ardent, enthousiaste devant tout ce qui existe. Il est curieux de rapprocher l'opinion de Rubens de celle de Renan, remerciant le sort du « charmant voyage quïl lui a été donné d'accomplir à travers la réalité ». L'œuvre de Rubens, c'est la fête de la vie, la fête vive, violente, qui va des fastes héroïques de l'esprit jusqu'aux délices de l'amour, jusqu'aux extases sensuelles, et même jusqu'à l'ivresse de la Kermesse^ un de ses tableaux les plus caractéristiques. J'ai entendu au Louvre une femme dire, d'un raot joli, profond et expressif, qui contiep.t tout, que pour elle un tableau de Rubens était un « dimanche », un jour de soleil, de luxe et de régal. C'est toute la joie, la santé, la lumière sur les verdures, sur les étoffes, sur la

profusion de chairs éclatantes, une œuvre qui donne

l'envie de vivre, de respirer, d'être soi. Son art pourrait

se symboliser par une corne d'abondance. C'est la vie

complète.

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