NOTICE SUR LES DESSINS
Dans son testament, Rubens avait spécifié que ses dessins ne seraient pas compris dans la vente générale de ses œuvres. Ils ne devaient être vendus que dix-huit ans après sa mort, si aucun de ses fils ou aucun des maris que pourraient avoir ses filles ne se destinait à la peinture, — ce qui eut lieu. La vente se fit en 1659. Le célèbre collectionneur Everard Jabach en acquit un grand nombre, qui vinrent ensuite dans la collection de Louis XIV, directement ou après être passés dans la collection Crozat. Un autre groupe important des dessins de Rubens se trouve à Vienne (collection Albertine).
Ils présentent des caractères bien diflérents, suivant leur destination. Les uns ont été exécutés en Italie, d'après les grands maîtres de la Renaissance ou les restes de la statuaire antique. Ce sont des dessins à la pierre noire, d'une grande exactitude. Le caractère change suivant le modèle (Michel- Ange, Raphaël, Vinci, Corrège). Le crayon est fidèle, tantôt énergique et tantôt mou. C'est à peine si parfois, dans un profil de figure ou une main, Rubens se fait deviner par une rondeur plus grasse, une forme moins pure, un contour un peu lâché. Ces dessins sont quelquefois teintés de gouache. Tout cela n'est qu'aide-mémoire. Le Flamand, en bon romaniste, n'avait pas voulu rentrer d'Italie sans rapporter dans ses cartons un souvenir des reliques gréco-romaines et des richesses du Vatican et de la Sixtine.
D'autres dessins sont faits d'après les tableaux de Rubens pour servir de modèles à ses graveurs. Ceux-ci copiaient plus aisément une reproduction de petite dimension, où la transposition des tonalités en valeurs avait été fixée par le peintre lui-même. Ces dessins sont, par suite, d'une grande délicatesse, très finis ; ils sont probablement, la plupart du temps, de la main d'élèves, des meilleurs, retouchés seulement par Rubens,
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qui accentue ici et là un clair ou une ombre avec des lavis d'encre ou quelques hachures de blanc.
Mais les plus intéressants des dessins de Rubens sont les croquis pris vivement d'après nature, un corps en action, un portrait, un animal, un tronc d'arbre..., tous les éléments qui doivent être utilisés dans la composition des grands tableaux. Ils nous prouvent que, même lorsqu'il consulte la réalité, le crayon à la main, Rubens songe déjà comment il la peindra. Le trait est d'une allure remarquable, jamais repris. Il n'est pas cherché par une série de menus « à-coup », qui sont comme des approximations de plus en plus exactes. Il trace sur le papier nu ses molles et définitives sinuosités. D'ailleurs, le dessin de Rubens indique moins des contours qu'il ne suggère le jeu de la lumière. Les visages et les chairs, qui seront seulement de la clarté, sont à peine touchés. Les draperies et les robes sont, au contraire, chargées de hachures qui indiquent immédiatement les oppositions violentes d'ombre et de lumière et le chatoiement des reflets. De plus, presque toujours, ces dessins sont relevés de sanguine et de blanc. Ces notes expéditives ont le frémissement et la chaleur de la vie.