NOTICE SUR LES GRAVURES
Rubens ne néglige pas le moyen de publicité de la gravure. Grâce à ses hautes relations, il obtient en Flandre, en France, dans les Provinces-Unies, des privilèges qui le mettent à l'abri des contrefacteurs. Sa peinture, au coloris brillant, se traduit plus difficilement que toute autre par du blanc et du noir. Aussi veille-t-il avec le plus grand soin sur l'exécution de ces gravures. Il choisit parmi ses élèves ceux qui lui paraissent le mieux doués pour cet art. Afin de les guider, il leur donne des dessins très finis. Il retouche ensuite leur travail. Quelques gravures sont même probablement de la main de Rubens : [la Vieille à la chandelle, Sainte Catherine). Malgré la lenteur minutieuse et pénible du burin, il faut rappeler l'élan alerte du pinceau. Les graveurs élevés dans l'atelier du peintre se signalent par des caractères bien particuliers qui leur ont valu le titre de « graveurs coloristes ». C'est d'abord Pierre Soutman, qui reproduit d'un trait un peu brutal les scènes violentes, les chasses ; puis Lucas Vosterman, plus délicat, plus souple [Combat des amazones, en six planches), et son élève Paul Pontius, dont la gravure du Saint Roch d'Alost est illustre ; Boece et Schelte a Bolswert, qui a reproduit les paysages de Steen. Enfin, Rubens dessina lui-même sur bois ses compositions, laissant à Ghristoffel Jegher le soin de les graver. Le résultat est merveilleux par la beauté expressive des traits. De simples contours pleins ou déliés, quelques hachures bien dirigées, nous donnent du génie de Rubens, de la vitalité forte ou gracieuse de ses figures, tout ce que peut donner du noir sur du blanc (Cf. H, Hymans. La Gravure dans l'école de Rubeiîs, in-4.°. Bruxelles, 1879).