SON ENTERREMENT
de lui laisser: la moitié de ses biens, plus une part d’enfant, sa part des acquêts et des legs particuliers. Tous ses enfants du premier et du second lit étaient placés sur un pied d’égalité. Il donnait ses livres à Albert ; à Albert et à Nicolas comme prélegs ses agates et ses médailles. Il léguait des tableaux à quelques personnes et faisait quelques dons aux églises et aux pauvres. Il stipulait expressément que ses dessins ne seraient vendus que lorsque le plus jeune de ses enfants aurait dix-huit ans, et seulement si aucun de ses fils ne devenait peintre et si aucune de ses filles n’épousait un peintre renommé. Dans ce cas, les dessins tombaient en partage à à ses fils ou gendres artistes.
Sa mort. — Le danger croissait de jour en jour, et toutes les ressources de l’art furent mises en œuvre pour le conjurer. Il était traité par deux médecins d’Anvers, le docteur Lazare Marquis et le docteur Spinosa ; deux chirurgiens-barbiers, maître Hendrick et maître Hans Daepe, soignaient spécialement son pied malade; de Bruxelles, on lui envoya des médecins, probablement ceux du cardinal-infant, dans l’espoir que leur science pourrait lui être de quelque secours. Deux apothicaires, Pierre van den Broeck et J. B. Despontain lui fournissaient les médicaments, le premier lui livra aussi certaine eau pour la goutte. Rien n’y faisait. M. Pierre » Rubens est mortellement malade » écrivait, le 31 mai, Gerbier à William Murray; et dans une lettre écrite, le même jour, au roi d'Angleterre, il ajoute: Depuis que j’ai terminé cette lettre, on
» m’apporte la nouvelle de la mort de Rubens. » Le 2 juin, il écrit à Inigo Jones « Rubens est mort il y a trois jours d’une fluction qui lui est tombée sur le cœur; (1) en d’autres termes, d’une goutte remontée. Le grand artiste mourut le mercredi 30 mai 1640, vers midi. Il nous a quittez pour aller voir l’original de plusieurs belles peintures qu’il a laissé, écrivait quinze jours plus tard l’abbé de Saint-Germain à Balthasar Moretus. Vrayement, répondit celui-ci, » nostre ville a beaucoup perdu par la mort de Monsr Rubens et moy en particulier un de mes » meilleurs amis. »
On ne lui consacra ni oraisons funèbres ni notices nécrologiques. Journaux ni revues n’abondaient à cette époque. Le seul éloge funèbre du défunt que nous connaissions est une pièce de vers, terriblement pompeuse, qui se trouve dans le Antwerpschen Proteus d’Alexandre van Fornenbergh. La conclusion de ces vers porterait à croire qu’on en avait encore fait d’autres : « Les génies qui ont célébré Rubens en vers hardis, et composé en son honneur des poèmes savants, s’imaginent tous avoir remporté la palme, mais ils ont pris du charbon pour » peindre le soleil d’or. »
Le dernier vers est frappant et jamais on n'a mieux parlé de Rubens.
Son enterrement. - Le soir du décès, le corps de Rubens fut mis dans un cercueil de bois dur à nervures et placé dans le caveau de la famille Fourment, à l’église Saint-Jacques ; les religieux de six couvents accompagnaient le convoi ; chaque couvent reçut 3 florins 12 sous. Le service funèbre eut lieu le 2 juin avec 60 cierges, des croix de satin rouge et la musique de l’église Notre Dame. » On chanta avant la messe le Miserere, le Dies Irœ et les psaumes; des messes furent dites pendant six semaines. Le chœur de l’église et la maison mortuaire étaient tendus de noir. Le jour des obsèques, il y eut, suivant l’usage du temps, plusieurs banquets.
(1) Off a deflaction wich fell on his heart, after sonie dayes indisposition of ague and goutte (Sainsbury, op. cit. p. 230).