SON SECOND MARIAGE
mais il ne renoue ni avec l’un ni avec l’autre la correspondance régulière d’autrefois ; des années se passent sans qu’il donne de ses nouvelles au premier. Durant les premiers mois, il s’occupe le moins possible de politique, ayant naturellement après cette absence de plus d’un an et demi les mains pleines d’autres affaires.
Son second mariage. — Mais avant la fin de l’année, un évènement important devait avoir lieu dans sa vie. Le 6 décembre 1630, à l’âge de cinquante-trois ans, il épousa en seconde noce une jeune fille de seize ans. C’était Hélène Fourment, onzième enfant de Daniël Fourment, marchand de soie et de tapis et de Claire Stappaerts. Elle avait été baptisée à l’église N.-D. le 1er avril 1614. Son frère, Daniël, qui avait vingt-deux ans de plus, épousa en 1619, Claire Brant, sœur d’Isabelle, première femme de Rubens. Rubens était donc depuis des années en relations avec eux comme avec d’autres membres de la famille Fourment. Comme nous l’avons dit, il fit vers 1620 le portrait de Claire Fourment, sœur d’Hélène, et celui de son mari Pierre van Hecke ; une autre sœur, Susanne Fourment, la femme au chapeau de paille, était le modèle favori de l’artiste.
11 y avait des années que Rubens avait remarqué Hélène Fourment. Il la représenta dans Y Education de Marie, lorsqu’elle avait dix à onze ans, et par une sorte de pressentiment de ce qu’elle serait plus tard pour lui, il donna à sainte Anne, qui lui pose familièrement la main sur l’épaule, les traits de sa propre mère. Dès cette époque, Hélène était une enfant développée et plantureuse, débordante de vie et de santé avec des yeux bleus, des boucles blondes, de beaux traits réguliers. Sa jeunesse tint avec usure les promesses de son enfance, et au moment de son mariage, à l’âge de seize ans et huit mois, c’était une superbe jeune femme.
Gevartius, qui fit en vers latins l’épithalame de son ami, est transporté de sa beauté. « Lorsque Zeuxis, dit-il, voulut peindre Hélène la Grecque, ses yeux brillants, et son doux visage, il choisit dans la ville de Crotone cinq jeunes vierges, pour composer sa forme de toutes leurs perfections. L’une lui prêta la blancheur incomparable de son front, l’autre les boucles d’or qui encadraient son visage, une autre encore ses joues empourprées, son cou d’ivoire, ses yeux brillant comme des étoiles, ses lèvres roses, ses épaules veloutées, son sein arrondi, sa gorge de neige, ses mains blanches comme du lait, et ainsi l’artiste fondit en une seule image tous les dons que la nature leur avait répartis. Mais Zeuxis est surpassé par Rubens, dont il est difficile de dire si c’est par son art ou par son éloquence qu’il brille le plus, et voici qu’il possède la vivante image d’Hélène la Flamande, qui surpasse de bien loin celle de la Grèce. Plus blanche que la neige, elle n’est point fille du cygne trompeur de Léda. Elle n’a point entre les sourcils le stygmate, qui déparaît, dit-on, le front de la fille de Tyndare. Dans son âme pure, elle réunit tous les dons qui paraient les vierges de la Hellade et celle du Latium. C’est ainsi que Vénus aux cheveux d’or, sortit du sein des mers. C’est ainsi que Thétis devint la compagne de Pélée, an temps où la Thessalie était l’asile des grands dieux. La beauté de ses formes est surpassée par le charme de son humeur, par sa simplicité , sans tache, par son innocence et sa modestie. »
Si nous faisons abstraction des exagérations et des fleurs de réthorique que le poète érudit
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Hélène Fourment a la pelisse
(Musée Impérial, Vienne)