CHAPITRE V
aide à son frère par les nombreux dessins qu’il faisait, d’après les édifices, les statues ou les objets antiques, et lorsque, peu d’années après, Philippe, de retour à Anvers, publiait à l’imprimerie plantinienne le résultat de ses recherches sur les costumes et les usages des anciens, il pouvait V joindre l’utile commentaire de planches dont l’artiste lui avait fourni les modèles. En insérant dans ce volume l’élégie en vers latins dont nous avons déjà parlé : ad Petrum Paulum navigantem, le lettré avait bien raison d’ajouter que c’était là un témoignage de son affection et de sa reconnaissance pour «ce frère dont la main habile et le jugement aussi fin que sûr lui ont été d’un si grand secours pour cet ouvrage ».
Outre la vive intelligence, la culture littéraire et l’excellente mémoire qui le servaient dans ces études, Rubens tirait une supériorité manifeste de son talent de dessinateur. Grâce à ce talent, il pouvait fixer d’une manière plus précise dans son esprit les formes des monuments antiques soumis à son examen, les comparer entre eux afin de déterminer avec plus de netteté leur signification et leur style. Il développait ainsi en lui des facultés d’observation et comme le disait son frère « une finesse de goût et une sûreté de jugement » qui devaient à la longue le rendre un connaisseur très expert. Le Louvre possède la plupart de ces dessins faits à Rome d’après des marbres ou des médailles que renfermaient les collections célèbres de ce temps. La conscience avec laquelle ils sont exécutés va jusqu’à la timidité. Tous portent écrits de sa main les noms de leurs possesseurs. Chez Fulvio Orsini, il avait pu dessiner les bustes en marbre de Sophocle, d’Euripide, d’Aristote, de Ménandre, d’Hérodote ou de Platon, et des médailles d’Archytas, d’Homère et d’Alexandre. D’autres bustes, ceux de Lysias et de Servilius Ahala se trouvaient chez Horace Vittorio et chez le cardinal Farnese. Enfin plusieurs dessins du British Muséum nous montrent des reproductions faites par lui de camées antiques. Non content de copier ces divers objets, dès cette époque il profitait des occasions qu’il pouvait trouver d’en acquérir des exemplaires à des prix avantageux. C’est ainsi qu’il se rendit possesseur de pierres gravées et de bustes en marbre de Cicéron, de Chrysippe et de Sénèque qui formèrent le premier noyau de sa collection. Plus d’une fois, par la suite, il devait les utiliser, notamment le buste de Sénèque, qu’il introduisit dans plusieurs de ses compositions.
Mais la situation de Rubens était trop modeste, et il apportait dès lors