CHAPITRE V
cœur de finir les peintures de la Chiesa Nuova, que son départ ne lui avait pas permis d’achever. Aussi, dès qu’il en eut obtenu l’autorisation, il s’était de nouveau réinstallé à Rome, quand, vers le milieu de septembre 1606, le duc Vincent, qui avait, de son côté, regagné Mantoue, reçut de l’archiduc Albert une lettre écrite de Bruxelles le 5 août et par laquelle celui-ci le priait d’accorder à son peintre, sur la requête de la famille de ce dernier, la permission de revenir en Flandre, afin « de mettre ordre à quelques aflfaires qui le concernent et qu’il ne pourrait, étant absent, faire régler convenablement par tierces personnes ». Comme l’artiste est son sujet, l’archiduc espère que Vincent de Gonzague voudra bien lui accorder ce congé qui lui permettra de remplir ses obligations. Peut-être Rubens lui-même avait-il provoqué cette démarche des siens en leur manifestant la déception que lui causait l’avortement du projet de voyage en Flandre; peut-être aussi l’état de santé de sa mère ayant empiré, celle-ci avait-elle exprimé son vif désir de revoir son fils. Mais, bien que la lettre de l’archiduc fût correcte dans ses termes, en arguant de sa qualité de souverain du peintre son sujet, ce prince semblait réclamer comme un droit la faveur qu’il demandait. Le duc de Mantoue fut froissé du procédé, et les deux brouillons avec variantes qui existent de sa réponse (ij témoignent du dépit qu’il en éprouva. Rubens étant parti pour Rome, le duc pouvait, en toute sincérité, parler, ainsi qu’il le faisait dans le premier de ces brouillons, « de l’entière satisfaction que son peintre, comme lui-même, trouvait au contrat qui les unissait. Je ne puis croire, ajoutait-il, qu’il ait la pensée de quitter mon service auquel il se montre très attaché. II ne peut donc être question de déférer au désir de sa famille, désir qu’elle a voulu appuyer de l’autorité de l’archiduc pour le rappeler dans son pays. Tout autre est la volonté de Pierre-Paul qui est de rester, comme la mienne qui est de le retenir ». Pour être exprimé d’une manière un peu moins sèche dans le second brouillon, le refus n’était pas moins formel, et en présence de dispositions si nettement exprimées, il n’y avait pas à insister. Le duc avait-il vraiment consulté Rubens sur ses désirs et celui-ci lui avait-il manifesté son intention positive de rester à Rome? Nous l’ignorons. En tout cas, la question était tranchée, et quels que fussent ses projets pour l’avenir, le peintre n’avait pour le moment qu’à s’acquitter
(1) lls^urent écrits à trois jours d’inter\’alle, le i3 et le 16 septembre 1607.