PRODIGALITÉS DU DUC DE MANTOUE
de ses engagements vis-à-vis des Pères de l’Oratoire et à leur livrer au plus vite le tableau destiné au maître-autel de la Chiesa Nuova. Assuré de quelque répit du côté de Mantoue, il s’était donc remis à ce travail ; mais une lettre écrite par lui à Chieppio, à la date du 2 février 1608, nous tient au courant des ennuis qu’allait encore lui causer cette affaire.
Le tableau étant fini, les Pères, les amateurs et les artistes qui l’avaient vu dans l’atelier de Rubens, s’en étaient montrés fort satisfaits. Cependant, mis en place, il n’avait pas produit l’effet qu’on en attendait. Le jour sous lequel il se trouvait exposé était absolument insuffisant ; et les reflets du vernis appliqué sur la toile ajoutaient encore aux défauts de cette malencontreuse exposition. L’impression était telle qu’il n’y avait pas à laisser le tableau à cette place. Les Pères avaient donc résolu de lui substituer une copie faite sur une matière mate et absorbant la couleur, telle que l’ardoise, de façon à éviter les miroitements. L’œuvre primitive demeurant ainsi sans emploi, l’artiste avait pensé qu’elle pourrait convenir « au duc et à la duchesse qui lui avaient autrefois exprimé le désir d’avoir un de ses tableaux pour leur galerie. Il lui serait donc très agréable de voir prendre par Leurs Altesses un ouvrage auquel il avait consacré tant de soins et certainement le meilleur de ceux qu’il ait jamais produits, car il ne se résoudrait pas facilement à renouveler un pareil effort et un travail où il s’est mis ainsi tout entier. Le voulût-il d’ailleurs qu’il ne réussirait pas aussi complètement ». Quant au prix qui avait été fixé à 800 écus, Rubens s’en remettait complètement à la discrétion de Son Altesse, et si Chieppio voulait bien lui présenter cette requête et l’appuyer « il mettrait par cette faveur le comble aux obligations infinies que l’artiste avait déjà contractées envers lui ».
Le même courrier emportait à Mantoue une lettre écrite également le 2 février à Chieppio par le résident Magno pour lui recommander la requête de Pierre-Paul. Dès le i5 février, Chieppio informait Magno que, tout en professant une grande estime pour le talent de Rubens, le duc n’était pas disposé à acheter son tableau. « On marche en ce moment, disait-il, avec une extrême réserve dans la voie des dépenses. » En parlant ainsi, le bon Chieppio prenait un peu trop facilement ses désirs pour des réalités, car, en s’excusant de la hâte de sa lettre, il ajoute : « On est ici en plein carnaval et au milieu du mouvement causé par le départ de S. A. pour Turin, avec une escorte de cavaliers, la plus belle et la plus