‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 127 sur 553 · L’ADORATION DES MAGES · texte numérisé non relu

L’ADORATION DES MAGES

d’animaux et de détails de toute sorte, nous montre, réunis sous un hangar couvert d’un toit de chaume, la Vierge debout tenant l’Enfant Jésus ; derrière eux saint Joseph, autour les Mages avec leur suite nombreuse de cavaliers et de serviteurs portant des présents ; à côté, les chameaux et les chevaux qui les ont amenés. Les types les plus divers, nègres, pages élégants, guerriers bardés de fer, esclaves nus chargés d’objets précieux et vieillards aux longues barbes blanches, se coudoient dans cette étrange composition, où les réminiscences italiennes abondent et se mêlent aux inventions personnelles de l’artiste. Lui-même, d’ailleurs, s’est représenté sous les traits d’un des cavaliers de l’escorte, vu de dos, tournant à demi vers le spectateur son aimable visage. Fraîches ou basanées les carnations de tous ces personnages varient autant que leurs costumes et les manteaux de pourpre étincelants de pierreries, les robes de satin, les simarres aux vives nuances, les turbans ornés d’aigrettes et les armures reluisantes luttent d’éclat avec les vases, les encensoirs, les boîtes et les coffrets d’or qui brillent de tous côtés. L’éclairage de la scène ajoute ses violences à ce pêle-mêle bigarré de formes et de couleurs. A en juger par les torches allumées çà et là, par les étoiles qui scintillent au ciel et par la dureté des silhouettes et des ombres, c’est la nuit que Rubens a voulu peindre, et cependant, les colorations, au lieu d’être amorties, s’accusent dans toute leur intensité, comme en plein jour. Sans grand souci de l’harmonie, toutes les nuances du rouge s’opposent aux bleus les plus audacieux. Et comme si ce n’était pas assez de ce contraste tumultueux de lignes enchevêtrées et d’intonations discordantes qui se heurtaient déjà dans l’œuvre primitive, le peintre, sans doute mécontent de son aspect quand il la revit en 1628, lors de son second voyage en Espagne, accentuait encore ces disparates par des retouches qui en aggravaient le bariolage et la dureté. En dépit de ces nombreux défauts, l’ordonnance de la composition est restée magistrale et la disposition de la scène, le parti de l’architecture et des fonds, ainsi que le jeu des gris de fer si heureusement associés aux tons brillants témoignent des instincts décoratifs de Rubens. Lui seul, en tout cas, était capable de peindre à ce moment avec ce souffle puissant et cet entrain une œuvre de cette taille. Aussi le succès fut-il très vif : à peine arrivé, le jeune maître justifiait toutes les espérances de ses amis et se plaçait d’emblée à la tête de ses rivaux. La destinée même de VA doration des Mages prouve assez l’effet qu’elle produisit. Peinte pour l’Hôtel de Ville

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