CHAPITRE VI
l’acquisition de cette dernière œuvre, Rubens avait dû la garder et se l’était fait envoyer à Anvers. Peut-être la peinture roulée avant d’être complètement sèche s’était-elle altérée, peut-être aussi l’artiste avait-il été mécontent de l’effet qu’elle produisait lorsqu’il la revit ; quoi qu’il en soit, il s’était décidé à la retoucher. Tout en laissant subsister la disposition générale et même plusieurs des fautes de proportions qu’on v remarque, comme la grosseur démesurée du bras de la sainte Domitillc, il devait profondément en modifier l’aspect. La composition qui nous montre réunis sur une même toile les personnages dispersés dans les trois panneaux d’ardoise de la Chiesa Nuova est aussi simple que pittoresque. .Ainsi qu’il l’écrivait à Chieppio le 2 février 1608, Rubens y avait donné tous ses soins, et nous trouvons dans un dessin au crayon noir et à la sanguine — qui, ainsi que le tableau lui-même, appartient au Musée de Grenoble — une charmante étude faite pour les anges qui entourent l’image miraculeuse de la Vierge placée à la partie supérieure, étude que d’ailleurs l’artiste n’a utilisée qu’en la modifiant. La reproduction qui accompagne ces lignes nous dispense de décrire en détail cette composition dans laquelle l’éclat des figures de saint Grégoire et de sainte Domitille placées au centre, en pleine lumière, est encore rehaussé par les intonations puissantes des costumes des saints qui, de part et d’autre, les accompagnent. Ainsi encadrés, les clairs du tableau très habilement répartis et reliés entre eux, s’étagent suivant une ligne onduleuse, et le saint Grégoire, — un vieillard couvert d’une chape de lampas blanc semée de broderies et d’ornements d’or, — avec sa belle tête vénérable et son geste plein de foi, forme le plus heureux contraste avec la sainte Domitille debout en face de lui, une jeune fille aux traits réguliers, dont le type rappelle un peu celui de la sainte Hélène du tableau de Grasse. Son costume n’est pas moins riche que celui de saint Grégoire : un corsage rouge à manches bleues et un manteau violacé à revers jaunes dont elle retient les larges plis, d’un geste plein de grâce décente et de distinction. Les tons gris rougeâtres du portique de marbre et les gris bleus du ciel qu’on entrevoit au-dessous de la voûte soutiennent et font valoir les fraîches colorations qui égaient le centre de ce tableau. L’ensemble, â la fois brillant et doux, est d’une tenue superbe et d’un aspect plus harmonieux que toutes les œuvres antérieures de l’artiste.
Plusieurs autres tableaux de Rubens peints aussi â ce moment ne nous
IMP.DRAEGER. PARIS