‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 131 sur 553 · TABLEAUX DE CETTE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

TABLEAUX DE CETTE ÉPOQUE

sont plus connus que par les reproductions qui en ont été faites. D’après les indications fournies par M. Hymans (i) la planche de J. Matham représentant Samson endormi sur les genoux de Dalila, aurait été gravée vers i6i5 d’après une peinture de Rubens qui appartenait alors à Nicolas Rockox, « chevalier, plusieurs fois bourgmestre d’Anvers, arbitre suprême de toutes les élégances ». La composition assez banale est éclairée par la lumière que porte une vieille femme qui figure dans plusieurs des œuvres de cette période, entre autres dans une Judith et Holopherne, où nous retrouvons également, sous les traits de Judith, la Sainte Domitille de Grenoble avec son type, son abondante chevelure et son ajustement. Ce dernier épisode, tel que l’a conçu l’artiste, est horrible, et tandis que l’héroïne de Béthulie étouffe d’une main les rugissements d’Holopherne qui se tord sur sa couche, de l’autre, avec une impassibilité féroce, elle scie tranquillement le cou de sa victime. Le sang se répand à flots de tous côtés et rejaillit en trois minces filets sur les bras vigoureux de la jeune femme. Des anges aux ailes diaprées, qui rappellent ceux du Saint Sébastien de la galerie Corsini, semblent veiller sur l’accomplissement du meurtre pour assurer son impunité, et, par une ouverture pratiquée au sommet de la tente, apparaît le disque de la lune. La brutalité de la scène, la profusion du sang et quelques autres détails très vulgaires qu’il est inutile de préciser donnent à cet épisode un aspect assez répugnant. Mais de pareilles scènes étaient bien dans le goût de l’époque, et plus d’une fois nous aurons à en signaler de semblables dans l’œuvre de Rubens qui, loin d’en atténuer les violences, semble s’y complaire et ne nous épargne aucune des grossièretés que comportent ces sujets. Plusieurs copies, l’une chez M'"'= Brun à Nice, une autre qui a paru dans une vente faite à Reims en i883, donnent idée de l’exécution sèche et assez dure que devait avoir l’original aujourd’hui disparu et qui, d’après une lettre adressée le i8 mars 162 1 par T. Locke à sir Carleton, appartenait à cette date au roi d’Angleterre. Rubens, du reste, semblait médiocrement flatté de n’être représenté dans la collection de ce prince que par un spécimen aussi peu remarquable de son talent, « peint en sa jeunesse », ainsi qu’il le disait lui-même en proposant à un agent du roi l’acquisition d’une autre de ses œuvres, « bien supérieure

11) La gravure dans l’École de Rubens, 1 vol. in-4’, 1878, p. 3g.

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