CHAPITRE VI
niant « en toute humilité pour qu’on ne contraigne point la ville à s’eslargir encore davantage en l’exemption de ces accises et qu’on accepte de bonne part ses excuses au regard de Brueghel et aultres à l’avenir ».
On peut penser que le séjour de Rubens à Bruxelles ne fut pas de longue durée. 11 avait hâte de retrouver son intérieur et de reprendre ses pinceaux. Déjà très en vue, comme il l’était, les occasions de se produire allaient coup sur coup se succéder pour lui. Cette année même, en effet, il recevait une commande très importante pour une église d’Anvers, aujourd’hui démolie, celle de Sainte-Walburge. v\u mois de mai i6io, une collecte fut faite par le curé et les marguilliers afin de réunir les fonds nécessaires pour l’exécution d’un grand tableau destiné à la décoration du maître-autel. Les comptes de la fabrique de cette église nous apprennent que, peu de temps après, une somme de g florins fut dépensée à l’auberge de la Petite-Zélande, où le contrat relatif à cette affaire fut passé entre le peintre, le curé et les marguilliers. Un amateur distingué d’Anvers, Cornelis van der Geest, avait servi d’intermédiaire, car la dédicace de la gravure de Witdoeck représentant le sujet choisi, l’Érection de la Croix, le qualifie de « principal auteur et promoteur de l’œuvre ». Le prix convenu, 2 600 florins, somme considérable pour l’époque, fut versé à l’artiste en plusieurs paiements échelonnés jusqu’au V'' octobre i6i3. Dès le 10 juin, Rubens s’était mis à la besogne, et, instruit par l’expérience qu’il avait faite à la Chiesa Nuova, il s’était installé dans le chœur même de l’église pour y travailler, afin de mieux se rendre compte de la façon dont son œuvre serait éclairée. Cette précaution était d’autant plus nécessaire que le triptyque devait être exposé dans des conditions tout à fait spéciales, une rue du vieil Anvers passant sous l’autel qu’il devait surmonter. Une grande voile fut prêtée par l’amirauté pour être tendue de manière à mettre l’artiste à l’abri des courants d’air et des regards indiscrets.
Outre les trois panneaux maintenant exposés à la cathédrale d’Anvers, l’ensemble de la décoration en comprenait à l’origine un quatrième placé au-dessus de la composition centrale et représentant Dieu le Père avec deux anges, ainsi que trois prédelles disposées au-dessous : l’une, au milieu de l’autel, plus petite et cintrée avec le Christ en Croix, et, de chaque côté: la Translation du corps de sainte Catherine par des anges.