RUBENS PEINTRE DES ARCHIDUCS
violacée avec un corsage de velours s’ouvrant sur un gilet blanc à dessins brodés. Elle n’a pas d’autres bijoux qu’une paire de bracelets formés de pierres antiques, probablement achetées par Rubens en Italie et qu’il avait pris soin d’assortir pour en composer une parure à son goût. La main droite posée sur celle de son mari, Isabelle est tournée franchement de face, vers le spectateur, dans une attitude pleine de naturel et d’abandon. Sa physionomie ingénue rayonne d’un joyeux contentement, et dans ses yeux un peu malicieux se lit je ne sais quelle fierté d’avoir conquis le cœur du grand artiste qui l’a choisie pour l’associer à son existence. Quant à lui, son visage respire la sérénité, et, plein de confiance dans l’avenir, il se laisse aller à la douceur d’être ainsi aimé. Tout sourit autour d’eux et la nature en fête semble s’associer aux sentiments qui remplissent leurs âmes. L’œuvre, en effet, doublement précieuse par sa valeur propre et par sa date, a été, suivant toute vraisemblance, exécutée au début du printemps qui a suivi leur mariage, car le buisson de chèvrefeuille sur lequel se détachent en clair les deux figures, est piqué de fraîches fleurettes et au gazon verdoyant se mêlent par place de jeunes pousses de fougères et des feuilles de violettes nouvellement épanouies. La peinture elle-même, limpide et loyale, s’accorde de tout point avec le caractère de la scène, et dans les intonations plus harmonieuses, dans les carnations plus délicatement modelées en pleine lumière, dans la touche plus libre, plus caressante et plus souple, se marque l’intime contentement qu’éprouvait l’artiste à retracer ce souvenir des premiers moments de cette union si bien assortie.
Retenu à Anvers par les soins qu’il avait dû prendre, Rubens différait jusqu’au commencement de 1610 la formalité « du serment pertinent de Peintre de l’Hostel de leurs Altesses Sérénissimes » qu’il alla prêter à Bruxelles le 9 janvier, entre les mains de Ferdinand de Salinas, conseiller et maître des requêtes du Conseil privé. Notification de cette formalité fut ensuite adressée au Magistrat d’Anvers pour l’informer des franchises conférées à Rubens en vertu de sa charge de peintre de la Cour. Il ne paraît pas qu’aucune réclamation se produisît à cet égard ; mais quand, sur la prière de Jean Brueghel déjà exonéré de certaines taxes municipales, les archiducs demandèrent pour lui à deux reprises (octobre i6og et i3 mars 1610) l’extension de ces privilèges, le Conseil de la ville s’émut et objecta qu’il était bien suffisant que ces immunités eussent été déjà accordées à Octave van Veen, et plus récemment encore à P. -P. Rubens, récla-