CHAPITRE VII
l’artiste une coupe d’argent à raison des services rendus par lui à la municipalité, et sans nous renseigner sur la nature de ces services, les comptes de la ville nous apprennent qu’une somme de 82 livres 18 schellings avait été allouée à ce propos à un habile ciseleur nommé Abraham Lissau. Une lettre adressée le 1 1 mai 1610 au graveur Jacques de Bie par Rubens nous apporte d’ailleurs une preuve encore plus significative de la situation privilégiée que dès lors l’artiste avait conquise. Répondant à la proposition qui lui était faite par de Bie de prendre pour élève un jeune homme auquel ce dernier s’intéressait, Rubens s’excuse de ne pouvoir lui donner satisfaction ; mais son atelier est si couru qu’il lui est impossible d’y admettre tous ceux qui se présentent. Il a dû en éconduire déjà une centaine et parmi eux, au grand mécontentement de ses proches, plusieurs qui lui étaient recommandés par sa famille ou ses amis, notamment par le bourgmestre Rockox, son patron, et qui ont été obligés de se placer chez d’autres peintres.
Dans le post-scriptum de cette lettre, Rubens, obéissant à l’esprit d’ordre qui présidera toujours à la conduite de sa vie, informe de Bie que l’achat du tableau à’ Argus et Junon proposé par lui au duc d’Arschot ayant un peu tardé, il est maintenant en pourparlers avec un autre acquéreur; mais, avant de rien conclure, il a tenu à l’avertir. En ces sortes de négociations, « il aime à être absolument correct et à satisfaire surtout ses amis; car, quant aux princes, on ne peut toujours leur témoigner sa bonne volonté ». Non seulement l’affaire en resta là, mais aucun tableau de Rubens ne figure dans l’inventaire dressé à la mort du duc d’Arschot. L’œuvre dont il s’agit était, du reste, assez médiocre, paraît-il, et Burger qui la vit à l’Exposition de Manchester où elle avait été envoyée par son possesseur, M. Yates, trouvait que « la composition n’en était pas plus heureuse que l’exécution ».
Grâce à sa fécondité et aux prix de plus en plus élevés que lui étaient payés ses tableaux, l’aisance de Rubens allait croissant et l’appartement qu’il occupait chez son beau-père ne suffisait plus à ses besoins. On comprend qu’avec l’amour qu’il avait de son intérieur, il songeât désormais à avoir une demeure où il pourrait s’établir d’une manière définitive. Avec un logement spacieux pour lui et les siens, il lui fallait des locaux pour disposer convenablement ses collections qu’il ne cessait pas d’enrichir, un atelier de dimensions assez vastes pour y peindre les grands
iir i fii^W-^îWM