‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 156 sur 553 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

solennité, avait fait des observations pour qu’on retouchât la figure de saint Christophe dont la nudité lui semblait indécente et pour qu’on profitât aussi de cette occasion « pour voiler un sein de femme » dans un tableau de W. Coeberger et « d’autres choses encore, s’il en était besoin ».

Bien que l’exécution des volets du triptyque soit, comme nous venons de le voir, postérieure à celle du panneau central, nous ne nous y arrêterons pas longtemps. L’ordonnance de la Visitation certainement inspirée par celle de la Présentation de Titien (Académie des Beaux-Arts de Venise) offre le même arrangement avec l’escalier sur lequel monte la Vierge et le portique où sont disposés les autres personnages. Mais, au lieu de s’étaler en largeur, la composition est resserrée dans un étroit espace, et la scène, conçue d’une façon très familière, semble une transposition flamande du tableau du maître de Cadore. La Vierge, une matrone d’Anvers dont les traits rappellent vaguement ceux d’Isabelle, s’avance en baissant modestement les yeux, à la rencontre d’Élisabeth, tandis que celle-ci, d’un geste très naïf et un peu vulgaire, indique du doigt l’état de grossesse de sa jeune cousine, comme pour mieux affirmer le droit qu’elle a de figurer dans cet ensemble consacré aux Christophores. Peut-être le rapprochement du rouge et du bleu, très entiers tous deux, des vêtements de la Vierge n’est-il pas très heureux ; mais la franchise avec laquelle l’architecture et les personnages se détachent sur le fond bleuâtre dénote une entente magistrale de l’effet décoratif. Rubens d’ailleurs avait déjà pris possession de ce sujet dans un tableau exécuté peut-être pendant son séjour en Italie et qui appartient à la galerie Borghèse, œuvre bizarre, d’une réalité presque triviale, dont la disposition est presque identique, mais avec des figures plus ramassées, plus communes, notamment celle d’une maritorne qui monte l’escalier chargée d’un paquet de linge. La facture, du reste, est à l’avenant, facile et sommaire, un peu grosse et sans autre mérite que la décision qu’y montre l’artiste. Peut-être, vu le peu d’intérêt qu’elle offre, n’aurions-nous pas mentionné cette première pensée de la Visitation, si nous n’y rencontrions pour la première fois, dans la Sainte Élisabeth, les traits d’une vieille à l’air bienveillant et vénérable que nous retrouverons assez fréquemment par la suite, celle même dont la Pinacothèque nous montre un portrait dont nous avons déjà parlé et qui a longtemps passé pour celui de la mère de Rubens. Est-ce vraiment, ainsi que le croit M. Rosenberg, celui de Maria Pype-

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