‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 167 sur 553 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

invoquer l’intervention. Une lettre qu’il écrivait à l’archiduc Albert, à la date du i y mars 1614, en même temps qu’elle nous apporte un témoignage décisif à cet égard, nous fait bien connaître ce côté du caractère du maître. A la requête de l’évêque de Gand, Maes, Rubens avait entrepris la décoration du maître-autel de la cathédrale de cette ville. L’œuvre devait dépasser par son importance et sa beauté tout ce qui s’était fait jusque-là dans le pavs. L’évêque étant mort, bien que le Chapitre eût approuvé la commande, le travail avait été suspendu et les projets proposés par Rubens non seulement pour la peinture, mais pour la construction même de l’autel, étaient demeurés sans récompense. Il espérait cependant que le nouvel évêque, François van der Burch, en prenant possession du siège de son prédécesseur, aurait à cœur de réaliser ses intentions. Mais ce dernier s’était simplement borné à faire construire l’autel en marbre avec une statue de saint Bavon. Rubens avait alors réclamé l’assistance de l’archiduc qui, ayant vu son projet, l’avait trouvé à son goût. L’artiste avait prié en conséquence ce prince d’intercéder auprès du prélat. « Il ne s’agit pas tant, disait-il, de mon intérêt particulier que de l’ornement de la cité, » et ainsi qu’il l’a déjà fait et qu’il le fera maintes fois encore dans des circonstances analogues, il déclare « sur sa foi de chrétien, que ce sera là le plus bel ouvrage qu’il ait jamais produit ». Peut-être l’artiste a-t-il un peu plus qu’il ne conviendrait multiplié ces assurances qu’il se donne complaisamment à lui-même quand il veut placer des tableaux disponibles. Cette fois, malgré l’intervention de l’archiduc, il ne fut pour le moment donné aucune suite à sa requête, et ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard que le maître devait recevoir satisfaction, sous l’épiscopat de l’évêque Antoine Triest.

Les sujets religieux, on le voit, défrayaient surtout l’activité de Rubens, et bien que la souplesse de son talent le rendît propre à toutes les tâches, il n’eut d’abord que peu d’occasions de manifester la diversité de ses aptitudes, sa clientèle étant surtout composée de gens d’église. Anvers, en effet, traversait en ce moment une nouvelle crise très funeste à sa prospérité. Dans le traité conclu en 1609 avec la Hollande, l’archiduc ayant oublié de stipuler la libre navigation de l’Escaut, les effets de cette négligence avaient été désastreux pour la ville, l’activité commerciale d’Amsterdam s’étântdès lors développée au détriment de sa rivale. Un diplomate anglais, accrédité près des Provinces Unies, sir Dudley Carleton, qui, nous le verrons

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