‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 168 sur 553 · RÉPUTATION CROISSANTE DE RUBENS · texte numérisé non relu

RÉPUTATION CROISSANTE DE RUBENS

bientôt, allait entrer en relations intimes avec Rubens, communiquait en ces termes à l’un de ses amis la pénible impression qu’il avait rapportée d’une visite faite en 1616 à Anvers. « Je puis vous dépeindre en deux mots l’état de cette ville : une grande ville, un grand désert. Pendant tout le temps que nous y avons passé, nous n’avons jamais vu quarante personnes réunies dans une même rue ; pas une voiture, pas un cavalier —

« En bien des endroits, l’herbe croît dans les rues, et il est assez rare, au milieu de cette solitude, de voir des maisons convenablement entretenues. Chose étonnante, la situation d’Anvers est encore pire depuis la trêve qu’auparavant, et tout le pays ressemble à cette ville : une pauvreté magnifique, mais lamentable. »

En dépit d’un état de choses aussi fâcheux, le nombre des peintres était devenu de plus en plus considérable ; il leur fallait donc se contenter des gains les plus modestes. Rubens seul, grâce à sa renommée toujours plus grande, était assuré de commandes importantes. Son caractère obligeant dissipait les jalousies qu’aurait pu exciter sa position, et à force de bons procédés, il se faisait pardonner sa supériorité. L’intérêt seul aurait, du reste, conseillé à ses confrères de vivre en bons termes avec lui, car sa haute situation lui permettait de leur rendre des services signalés, et avec sa bienveillance habituelle il s’y employait de son mieux. Son crédit auprès des souverains s’affermissait chaque jour davantage, et sa femme lui avant donné un fils, un gentilhomme de la cour, Johan de Silva, avait été chargé de représenter l’archiduc comme parrain de cet enfant qui était baptisé le 5 juin 1614, sous le nom d’Albert, à l’église Saint-André ( i ). Rubens usait de sa faveur pour être utile à des artistes de talent moins bien partagés que lui. 11 leur adressait les amateurs qui, à raison de l’élévation graduelle du prix de ses tableaux, devaient renoncer à en acheter. Le passage suivant d’une lettre écrite vers cette époque par un de ses amis nous apprend quelle était sa façon d’agir à cet égard. « Je ne fais en ceci, dit Baltazar Moretus, qu’imiter notre célèbre peintre, mon compatriote Rubens, qui, lorsqu’il a affaire avec un amateur peu expert dans l’estimation des choses d’art, le renvoie à un peintre dont le talent comme les prix sont moindres. Quant à lui, ses peintures d’un mérite supérieur, quoique plus coûteuses, ne manquent cependant pas d’acheteurs (2) ».

(O Sa grand’mère Clara de Moy avait été sa marraine.

(2) Lettre à Philippe Peralto à Tolède, 9 avril i6i5.

17''» CHAPITRE Vm.

Son aimable humeur et la sûreté de son commerce faisaient rechercher par tous la société de Rubens. Il avait été élu doyen de l’association des Romanistes le juillet if)i3, et à cette occasion il faisait présent à la

Gilde de deux panneaux représentant saint Pierre et saint Paul, qui étaient à la fois ses patrons et ceux de cette association.

Ces panneaux ont disparu ; mais une répétition retouchée par lui et qui appartient aujourd’hui à la Pinacothèque de Munich nous montre ce qu’étaient ces deux figures de dimensions plus grandes que nature, représentées dans des attitudes un peu théâtrales.

Parmi les Romanistes, le maître retrouvait quelques-uns de ses confrères les plus en vue, comme Sébastien V r a n c x et Abraham Janssens, qui allaient devenir, peu d’années après, ses voisins, en habitant comme lui sur le Wapper. 11 vivait aussi en commerce amical avec un autre peintre de talent, Martin Pépyn, et le i5 mars i6i5, Isabelle Brant était marraine d’une fille de cet artiste, nommée Martha.

Les œuvres de Rubens déjà très recherchées en dehors des Flandres, commençaient à se répandre dans toute l’Europe, et les collectionneurs les plus distingués, les souverains eux-mêmes se montraient jaloux de les acquérir. Sa fécondité et la régularité de sa vie studieuse pouvaient seules lui permettre de suffire aux sollicitations dont il était l’objet. C’est probablement grâce aux relations conservées par lui en Italie qu’il avait reçu la commande d’un Saint Jérôme qui, après avoir fait partie de la

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