LA MORT DE JEAN RUBENS
tant d’autres, quelles dénonciations calomnieuses ou quels torts réels l’avaient une fois de plus rendu suspect ? On l’ignore ; mais une rigueur si implacable laissa les deux époux atterrés. La mesure était comble. Après avoir essayé en vain de fléchir le comte Jean, afin d’obtenir un ■sursis, poussée about par la cruauté de ses persécuteurs et par le peu de foi qu’ils mettaient à tenir leurs engagements, Maria Pypelincx, dans une lettre éloquente, leur rappelait la dureté des sacrifices consentis, la patience et la soumission absolues dont son mari et elle avaient fait preuve en face d’exigences toujours croissantes. Comprenant qu’il ne s’agit, en somme, que de tirer d’elle encore quelque argent, elle menace de réclamer cette caution qu’elle a si inutilement versée, puisque, en dépit des assurances les plus formelles, la situation de son époux est restée aussi misérable et aussi précaire. « li n’est plus tolérable, ajoute-t-elle, qu’après tant d’épreuves et de mortelles angoisses, sur le déclin de nos jours, alors que nos enfants ont grandi et que nous commencions à respirer un peu, on nous accable de nouveau sans que nous ayons donné le moindre prétexte de mécontentement. » Et c’est en suppliante, qu’après avoir nettement laissé pressentir que désormais elle est à bout, elle termine cette requête éloquente par un appel à la bonté et à la justice du comte Jean.
Le ton si ferme de cette lettre où, avec une lassitude bien légitime, éclatent çà et là des cris de douleur vraiment pathétiques, ne laissa pas de produire quelque effet sur l’esprit des Nassau. Dès le milieu d’octobre, un sursis était accordé à Rubens et à la suite d’une requête plus pressante encore, les termes d’une transaction définitive étaient arrêtés moyennant l’abandon fait par Maria Pypelincx d’une partie de sa créance. Enfin, à la date du lo janvier i583, un contrat en bonne forme assurait aux deux époux leur 'pleine et entière liberté, sans aucun recours possible contre eux. Mais Jean Rubens n’avait plus longtemps à vivre. Sa santé fort ébranlée par tant de secousses s’était gravement altérée et il mourait à Cologne le mars iSSj, à i’âge de cinquante-sept ans. Il était auparavant, ainsi que sa femme, revenu à la foi catholique, soit que cette nouvelle conversion fût sincère, soit qu’il voulût se mettre en règle visà-vis du Magistrat de Cologne. Lui mort, il n’y avait plus aucune raison pour sa veuve de prolonger son séjour à l’étranger, alors que tant d’intérêts la rappelaient à Anvers. Son parti fut bientôt pris, et, dès la